𝘈𝘯𝘢𝘭𝘺𝘴𝘦 𝘱𝘰𝘭𝘪𝘵𝘪𝘲𝘶𝘦 𝘦𝘵 é𝘤𝘰𝘯𝘰𝘮𝘪𝘲𝘶𝘦
𝗤𝘂𝗮𝗻𝗱 𝗹𝗲𝘀 𝘃é𝗿𝗶𝘁𝗮𝗯𝗹𝗲𝘀 𝗹𝗲𝗮𝗱𝗲𝗿𝘀 𝗽𝗲𝗻𝘀𝗲𝗿𝗼𝗻𝘁 𝗲𝗻𝗳𝗶𝗻 𝗮𝘂𝘅 𝗽𝗲𝘂𝗽𝗹𝗲𝘀, 𝗹‘𝗔𝗳𝗿𝗶𝗾𝘂𝗲 𝘀‘é𝘃𝗲𝗶𝗹𝗹𝗲𝗿𝗮.
Le Sénégal traverse l’une des crises économiques les plus graves de son histoire récente, et pourtant, l’énergie politique du sommet de l’État est mobilisée par un bras de fer institutionnel autour d’une révision constitutionnelle. Si l’intelligence et les ressources déployées paour retoucher la loi fondamentale au gré des intérêts circonstanciels étaient investies dans le traitement des urgences sociales et économiques, le peuple sénégalais s’en porterait infiniment mieux.
𝗗𝗲𝘀 𝗖𝗼𝗻𝘀𝘁𝗶𝘁𝘂𝘁𝗶𝗼𝗻𝘀 𝗾𝘂𝗶 𝗻𝗲 𝘀𝗲𝗿𝘃𝗲𝗻𝘁 𝗽𝗹𝘂𝘀 𝗹𝗲 𝗽𝗲𝘂𝗽𝗹𝗲
La Constitution des États-Unis, ratifiée en 1788, soit il y a plus de 𝟮𝟯𝟳 𝗮𝗻𝘀, continue de structurer l’une des plus grandes démocraties du monde sans que les nouvelles générations n’aient de mal à s’y retrouver. Le Royaume-Uni, quant à lui, fonctionne sans Constitution écrite unifiée, s’appuyant sur des 𝗽𝗿𝗮𝘁𝗶𝗾𝘂𝗲𝘀 𝗰𝗼𝘂𝘁𝘂𝗺𝗶è𝗿𝗲𝘀 acceptées par tous — sans que cela ne pose le moindre problème de stabilité.
Le drame de nos Constitutions africaines, et sénégalaises en particulier, c’est qu’elles servent des destins personnels et claniques bien plus que l’intérêt général. Elles sont taillées sur mesure pour répondre à des enjeux conjoncturels, non pour bâtir un pacte républicain durable. Voilà pourquoi, depuis des décennies, à 𝗰𝗵𝗮𝗾𝘂𝗲 𝗿é𝗴𝗶𝗺𝗲 𝘀𝗮 𝗖𝗼𝗻𝘀𝘁𝗶𝘁𝘂𝘁𝗶𝗼𝗻. Et rien n’indique que cette dérive s’arrêtera bientôt.
Les véritables réformes durables et pertinentes, celles qui servent réellement le peuple et l’intérêt général, sont celles qui émanent de 𝗰𝗼𝗻𝘀𝗲𝗻𝘀𝘂𝘀 𝗳𝗼𝗿𝘁𝘀, patiemment construits — pas celles imposées par une majorité mécanique ou arrachées à un partenaire politique fragilisé.
𝗟𝗲 𝘃é𝗿𝗶𝘁𝗮𝗯𝗹𝗲 𝗽𝗿𝗼𝗯𝗹è𝗺𝗲 𝗱𝘂 𝗦é𝗻é𝗴𝗮𝗹 : 𝘂𝗻𝗲 𝗰𝗹𝗮𝘀𝘀𝗲 𝗽𝗼𝗹𝗶𝘁𝗶𝗾𝘂𝗲 𝗱é𝗰𝗼𝗻𝗻𝗲𝗰𝘁é𝗲 𝗱𝗲𝘀 𝘂𝗿𝗴𝗲𝗻𝗰𝗲𝘀
Le véritable problème sénégalais, c’est le déficit d’hommes politiques humbles, consciencieux, capables de saisir à bras-le-corps les enjeux structurels du développement.
Est-il vraiment opportun d’organiser aujourd’hui un test grandeur nature de popularité entre Ousmane Sonko et le Président Bassirou Diomaye Faye, en affectant nos maigres ressources publiques à un référendum, alors même que :
Le taux de chômage élargi a atteint 𝟮𝟯,𝟯 % 𝗮𝘂 𝗾𝘂𝗮𝘁𝗿𝗶è𝗺𝗲 𝘁𝗿𝗶𝗺𝗲𝘀𝘁𝗿𝗲 𝟮𝟬𝟮𝟱, son plus haut niveau depuis 2022, en hausse de 3,3 points sur un an ;
Le chômage des jeunes atteint 𝟮𝟳,𝟰 %, et grimpe à 𝟮𝟵,𝟮 % 𝗲𝗻 𝗺𝗶𝗹𝗶𝗲𝘂 𝗿𝘂𝗿𝗮𝗹 ;
Les petits commerces s’effondrent, la consommation des ménages recule, et la cherté de la vie étrangle les foyers modestes.
𝗟𝗲 𝘃𝗲𝗿𝘁𝗶𝗴𝗲 𝗱𝗲 𝗹𝗮 𝗱𝗲𝘁𝘁𝗲 : 𝗱𝗲𝘂𝘅 (𝟬𝟮) 𝗮𝗻𝘀 𝗾𝘂𝗶 𝗼𝗻𝘁 𝗳𝗮𝗶𝘁 𝗯𝗮𝘀𝗰𝘂𝗹𝗲𝗿 𝗱𝗼𝘂𝘇𝗲 (𝟭𝟮) 𝗮𝗻𝘀 𝗱’𝗲𝗳𝗳𝗼𝗿𝘁𝘀
Il est nécessaire de rappeler des chiffres que beaucoup préfèrent ignorer. Depuis 2024, le Sénégal a été plongé dans une 𝗶𝗺𝗽𝗮𝘀𝘀𝗲 𝗯𝘂𝗱𝗴é𝘁𝗮𝗶𝗿𝗲 𝗵𝗶𝘀𝘁𝗼𝗿𝗶𝗾𝘂𝗲 :
Selon le rapport Mazars, commandité par le gouvernement lui-même et livré en juin 2025, le 𝗿𝗮𝘁𝗶𝗼 𝗱𝗲𝘁𝘁𝗲/𝗣𝗜𝗕 𝘀𝗲𝗿𝗮𝗶𝘁 é𝘁𝗮𝗯𝗹𝗶 à 𝟭𝟯𝟮 % 𝗳𝗶𝗻 𝗱é𝗰𝗲𝗺𝗯𝗿𝗲 𝟮𝟬𝟮𝟰 — un niveau jamais atteint dans l’histoire du pays ;
A cause de cette histoire de dette « cachée » d’environ 7 milliards de dollars (près de 4 250 milliards FCFA) accumulée entre 2019 et 2024, on a assisté à la 𝘀𝘂𝘀𝗽𝗲𝗻𝘀𝗶𝗼𝗻 𝗱’𝘂𝗻 𝗽𝗿𝗼𝗴𝗿𝗮𝗺𝗺𝗲 𝗮𝘃𝗲𝗰 𝗹𝗲 𝗙𝗠𝗜 𝗱𝗲 𝟭,𝟴 𝗺𝗶𝗹𝗹𝗶𝗮𝗿𝗱 𝗱𝗲 𝗱𝗼𝗹𝗹𝗮𝗿𝘀 ;
En 𝟮𝟬𝟮𝟲, 𝗹𝗲 𝗦é𝗻é𝗴𝗮𝗹 𝗱𝗲𝘃𝗿𝗮 𝗿𝗲𝗺𝗯𝗼𝘂𝗿𝘀𝗲𝗿 𝟭 𝟭𝟵𝟬 𝗺𝗶𝗹𝗹𝗶𝗮𝗿𝗱𝘀 𝗙𝗖𝗙𝗔 𝗮𝘂 𝘁𝗶𝘁𝗿𝗲 𝗱𝘂 𝘀𝗲𝗿𝘃𝗶𝗰𝗲 𝗱𝗲 𝗹𝗮 𝗱𝗲𝘁𝘁𝗲, avec un déficit budgétaire projeté à 5,37 % du PIB, soit 1 245 milliards FCFA.
En clair : 𝗹𝗲𝘀 𝗱𝗲𝘂𝘅 (𝟬𝟮) 𝗮𝗻𝗻é𝗲𝘀 𝗿é𝗰𝗲𝗻𝘁𝗲𝘀 𝗱’𝗲𝗻𝗱𝗲𝘁𝘁𝗲𝗺𝗲𝗻𝘁 𝗱𝘂 𝗻𝗼𝘂𝘃𝗲𝗮𝘂 𝗿é𝗴𝗶𝗺𝗲 𝗱é𝗽𝗮𝘀𝘀𝗲𝗻𝘁, 𝗲𝗻 𝘃𝗼𝗹𝘂𝗺𝗲, 𝗰𝗲 𝗾𝘂𝗲 𝗹’𝗘𝘁𝗮𝘁 𝗮𝘃𝗮𝗶𝘁 𝗰𝗼𝗻𝘁𝗿𝗮𝗰𝘁é 𝗲𝗻 𝗱𝗼𝘂𝘇𝗲 (𝟭𝟮) 𝗮𝗻𝘀 — avec, à l’époque, au moins des réalisations palpables (infrastructures, autoroutes, TER, BRT, universités, hôpitaux) mises en face.
Aujourd’hui, à quels investissements structurants adosser cette envolée de la dette ? Aux multiples « plans alpha et oméga » d’un leadership qui affiche chaque jour davantage sa carence de génie bâtisseur ?
𝗦𝗶𝘁𝘂𝗲𝗿 𝗹𝗲𝘀 𝗿𝗲𝘀𝗽𝗼𝗻𝘀𝗮𝗯𝗶𝗹𝗶𝘁é𝘀, 𝗮𝗱𝗿𝗲𝘀𝘀𝗲𝗿 𝗹𝗲𝘀 𝘃𝗿𝗮𝗶𝗲𝘀 𝗽𝗿𝗶𝗼𝗿𝗶𝘁é𝘀
À l’heure où ces lignes sont écrites, plus de 𝟮 𝟳𝟬𝟬 𝗺𝗶𝗴𝗿𝗮𝗻𝘁𝘀 𝗼𝗻𝘁 é𝘁é 𝗶𝗻𝘁𝗲𝗿𝗰𝗲𝗽𝘁é𝘀 𝘀𝘂𝗿 𝗹𝗲𝘀 𝗿𝗼𝘂𝘁𝗲𝘀 𝗰𝗹𝗮𝗻𝗱𝗲𝘀𝘁𝗶𝗻𝗲𝘀 𝗿𝗶𝗲𝗻 𝗾𝘂’𝗲𝗻 𝟮𝟬𝟮𝟱, avec 𝟰𝟰 𝘁𝗲𝗻𝘁𝗮𝘁𝗶𝘃𝗲𝘀 𝗱𝗲 𝗱é𝗽𝗮𝗿𝘁 𝗱é𝗷𝗼𝘂é𝗲𝘀. Une ONG estime à 𝗽𝗿è𝘀 𝗱𝗲 𝟭𝟬 𝟬𝟬𝟬 𝗹𝗲 𝗻𝗼𝗺𝗯𝗿𝗲 𝗱𝗲 𝗺𝗼𝗿𝘁𝘀 𝗲𝘁 𝗱𝗶𝘀𝗽𝗮𝗿𝘂𝘀 𝗲𝗻 𝗺𝗲𝗿 𝗲𝗻𝘁𝗿𝗲 𝟮𝟬𝟮𝟯 𝗲𝘁 𝟮𝟬𝟮𝟱 𝘀𝘂𝗿 𝗹𝗮 𝗿𝗼𝘂𝘁𝗲 𝗮𝘁𝗹𝗮𝗻𝘁𝗶𝗾𝘂𝗲.
Rien qu’en avril et mai 2026, plusieurs centaines de candidats à l’exil ont été secourus au large de Dakar et de Saint-Louis.
Mais c’est là le cadet des soucis d’une classe dirigeante dont le viseur reste politique, et qui continue d’instrumentaliser une jeunesse utilisée comme chair à canon électorale, faute de perspectives économiques crédibles.
𝗙𝗶𝗹𝗲𝘁𝘀 𝘀𝗼𝗰𝗶𝗮𝘂𝘅 : 𝗹𝗲 𝗱é𝘀𝗮𝘀𝘁𝗿𝗲 𝘀𝗶𝗹𝗲𝗻𝗰𝗶𝗲𝘂𝘅
Et que dire des filets sociaux ? Le Programme National de Bourses de Sécurité Familiale (PNBSF) et la Couverture Maladie Universelle (CMU) — piliers de la protection des ménages les plus vulnérables — ont été fragilisés.
Pour 2026, seuls 35 milliards FCFA sont prévus pour les bourses familiales et 32,2 milliards pour la CMU — 𝗱𝗲𝘀 𝗲𝗻𝘃𝗲𝗹𝗼𝗽𝗽𝗲𝘀 𝗲𝗻-𝗱𝗲çà 𝗱𝗲𝘀 𝗯𝗲𝘀𝗼𝗶𝗻𝘀 𝗿é𝗲𝗹𝘀, 𝗮𝗹𝗼𝗿𝘀 𝗾𝘂𝗲 𝗹𝗮 𝗽𝗮𝘂𝘃𝗿𝗲𝘁é 𝗽𝗿𝗼𝗴𝗿𝗲𝘀𝘀𝗲 𝗲𝘁 𝗾𝘂𝗲 𝗹𝗮 𝗰𝗹𝗮𝘀𝘀𝗲 𝗺𝗼𝘆𝗲𝗻𝗻𝗲 𝘀’𝗮𝗽𝗽𝗮𝘂𝘃𝗿𝗶𝘁.
Le gouvernement Sonko a laissé ces dispositifs s’affaisser. Heureusement, le Président Diomaye Faye semble aujourd’hui prendre ses responsabilités et remettre la protection sociale au cœur de l’agenda.
𝗟𝗲 𝗽𝗿𝗮𝗴𝗺𝗮𝘁𝗶𝘀𝗺𝗲 𝗰𝗼𝗻𝘁𝗿𝗲 𝗹𝗲𝘀 𝘀𝗹𝗼𝗴𝗮𝗻𝘀
La politique est une noble activité — à condition qu’au-delà des ambitions individuelles, elle serve la communauté et allège la souffrance du voisin., par le pragmatisme, non par des discours qui s’effondrent dès qu’ils sont mis à l’épreuve des faits.
Le Sénégal n’a pas besoin d’une énième Constitution taillée pour un rapport de force interne au sommet de l’exécutif. Il a besoin d’emplois, de pouvoir d’achat, de sécurité alimentaire, d’un remboursement soutenable de sa dette, et d’un projet de nation partagé.
𝗟𝗲 𝗽𝗲𝘂𝗽𝗹𝗲 𝗻’𝗮𝘁𝘁𝗲𝗻𝗱𝗿𝗮 𝗽𝗹𝘂𝘀.
Jean Aimé
Juriste et professionnel de la conformité certifiée
Coordonnateur de NOVIES



