mercredi, octobre 21, 2026
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Economie du Sénégal: Ma contribution dans l’effort de redressement en cours  

La quatrième dégradation de la note souveraine du Sénégal par Moody’s, désormais abaissée à Caa2 avec perspective négative, intervenue le 28 août 2026 constitue un signal d’alarme majeur. Elle intervient en pleine mission ( du 19 août au 1 septembre) du FMI au Sénégal .Les difficultés mises en avant concernent notamment les besoins élevés de refinancement, le poids de la dette, les tensions sur la liquidité et l’absence d’un nouveau programme avec le FMI qui limite l’accès du pays à des financements concessionnels et accroît sa dépendance au marché financier régional. Elle traduit, selon l’agence, une hausse du risque de défaut du Sénégal, dans un contexte marqué par des tensions persistantes sur les finances publiques, alors que Dakar cherche à restaurer la confiance des investisseurs et à améliorer la soutenabilité de ses finances publiques.

Quelles mesures pour redresser l’économie et restaurer la confiance ?

Cette quatrième dégradation de note doit surtout être considérée comme un avertissement sérieux appelant une réponse forte, cohérente et crédible. Au-delà de la notation elle-même, l’enjeu fondamental est la restauration de la confiance : confiance des citoyens, des investisseurs, des partenaires techniques et financiers, des entreprises et des marchés.

Face à cette situation, le Sénégal doit engager un véritable plan national de redressement économique et financier, ( PNREF) fondé sur les mesures prioritaires suivantes :

1. Conclure  un accord avec le FMI

À l’issue d’une mission menée à Dakar du 19 août au 1er septembre 2026, Le  Fonds monétaire international (FMI) et les autorités sénégalaises sont parvenus à un accord de 36 mois au titre de la facilité élargie de crédit (FEC) d’un montant d’environ 2,2 milliards de dollars pour  appuyer le programme de réformes économiques et financières du Sénégal. Le programme envisagé accorde une place importante au redressement des finances publiques  tout en protégeant les ménages vulnérables .La stratégie budgétaire reposera notamment sur « le renforcement de la mobilisation des ressources intérieures et la rationalisation des dépenses », tout en consolidant les filets de protection sociale.

Il ne s’agit pas seulement d’obtenir de nouveaux financement , la conclusion de ce  nouveau programme tant attendu  permettra de restaurer la confiance des partenaires et de faciliter l’accès à des financements moins coûteux. Le Sénégal  devra poursuivre les réformes destinées à renforcer la gestion des finances publiques, la gouvernance budgétaire , la transparence et la gestion de la dette.

  1. Mettre en place un plan réaliste de maîtrise de la dette

Le Sénégal doit procéder à une revue complète de sa dette publique, de ses garanties et de ses engagements éventuels afin de disposer d’une vision exhaustive et transparente de la situation financière de l’État. A cet effet, le Gouvernement vient d’annoncer la mise en place d’un Plan de Traitement de la Dette du Sénégal ( PTDS) .

Il est nécessaire de :

  • privilégier les financements concessionnels et à maturité longue ;
  • limiter le recours aux emprunts coûteux à court terme ;
  • améliorer la gestion des échéances de remboursement ;
  • réduire progressivement le poids du service de la dette dans le budget ;
  • éviter que l’endettement ne serve principalement à financer des dépenses de fonctionnement.

Chaque nouvel emprunt devrait être soumis à une exigence claire : quel impact économique, quelle rentabilité et quelle capacité de remboursement ?

3. Accélérer l’assainissement budgétaire sans casser la croissance

La croissance de 6,7% de 2025 est liée à la première année complète  de production pétrolière. Hors hydrocarbures, elle n’a été que de 2,2%.elle a cependant rebondi à 4,7% au premier trimestre 2026, soutenue par la consommation privée .La réduction du déficit budgétaire est indispensable. Il convient  tout de même de préciser qu’il est passé de 13,4% du PIB en 2024 à 6,4% du PIB en 2025 .L’État doit réduire en priorité les dépenses inefficaces, les gaspillages et les doublons administratifs. A titre d’exemple, plusieurs Agences ayant des conflits de compétence, comme l’ASEPEX, le Bureau de Mise à Niveau, l’ADEPME et le CICES pourraient être regroupées en une seule grande Agence au titre de la rationalisation des dépenses publiques. Il faut aussi  préserver les dépenses qui préparent l’avenir : éducation, santé, infrastructures prioritaires, agriculture, industrie, numérique et formation professionnelle (à ce titre nous suggérons aux Autorités de  s’abstenir de dissoudre l’ANAMO) .L’objectif doit être de passer d’une logique d’austérité subie à une logique de discipline budgétaire efficace.

4. Élargir l’assiette fiscale plutôt qu’augmenter continuellement la pression sur les mêmes contribuables

Il convient de signaler que 28,6% des recettes fiscales  mobilisées provient de l’impôt sur le revenu (IR).L’amélioration des recettes publiques doit reposer sur une fiscalité plus juste et plus efficace.

Cela suppose notamment :

  • une meilleure lutte contre la fraude et l’évasion fiscales ( chaque année le Sénégal perd environ 161 milliards de FCFA en raison de ces deux fléaux) ;
  • la digitalisation complète des administrations fiscales et douanières ;
  • la réduction des exonérations fiscales injustifiées ;
  • l’intégration progressive des activités informelles dans l’économie formelle ;
  • une meilleure taxation des activités fortement rentables, dans le respect de la compétitivité nationale.

Le Sénégal doit rechercher davantage de recettes sans étouffer les entreprises et les classes moyennes.

5. Faire de la production nationale la priorité absolue

Le redressement financier ne sera durable que s’il repose sur une économie productive. Le Sénégal doit réduire sa dépendance excessive aux importations ( à fin juin 2026 elles se chiffraient à 3284 milliards de FCFA) en soutenant davantage :

  • l’agriculture et la transformation agroalimentaire ;
  • la pêche et l’économie bleue ;
  • l’industrie manufacturière ;
  • l’élevage ;
  • le tourisme ;
  • le numérique ;
  • les petites et moyennes entreprises.

L’objectif doit être simple : produire davantage au Sénégal, transformer davantage au Sénégal et exporter davantage depuis le Sénégal.

6. Apurer progressivement la dette intérieure de l’État

Les retards de paiement de l’État fragilisent les entreprises, réduisent leur trésorerie et limitent leur capacité à investir et à créer des emplois.

Un plan transparent et progressif d’apurement de la dette intérieure doit donc être mis en œuvre, en donnant une priorité aux petites et moyennes entreprises les plus vulnérables. Fort heureusement 300 milliards de FCFA sont inscrits dans le budget 2026.La relance de l’économie passe également par la restauration de la confiance entre l’État et le secteur privé.

7. Restaurer la transparence  de l’État

La confiance se reconquiert d’abord par la transparence. Les autorités doivent communiquer régulièrement sur :

  • le niveau réel de la dette ;
  • l’exécution du budget ;
  • les engagements financiers de l’État ;
  • les résultats des réformes engagées ;
  • l’utilisation des ressources publiques.

Le Sénégal doit mettre en place un véritable tableau de bord public du redressement économique, permettant aux citoyens, aux investisseurs et aux partenaires de suivre objectivement les progrès accomplis.

8. Mettre en place une cellule nationale de suivi du redressement économique

Une cellule de crise économique et financière, placée sous l’autorité du Ministère de l’économie des finances et du plan , pourrait assurer le suivi régulier des principaux indicateurs : déficit budgétaire, dette, service de la dette, recettes fiscales, investissements, dette intérieure et croissance. Cette structure devrait produire régulièrement un rapport public sur l’état d’avancement des engagements pris.

9. Retrouver un consensus national sur l’économie

Le redressement du Sénégal ne peut être l’affaire exclusive du Gouvernement. Il doit associer l’État, le secteur privé, les syndicats, les collectivités territoriales, les universitaires, les experts et la société civile.

Un Pacte national pour la stabilité et le redressement économique permettrait de définir des priorités communes et de donner une visibilité à moyen et long terme aux acteurs économiques. La crédibilité financière du Sénégal  se construira  par la transparence, la rigueur, la production et la constance dans les réformes.

Marie Bâ AIDARA

Economiste/Ecrivain

Ancien Ministre

mariebabacarba@gmail.com

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