Des dizaines de pêcheurs disparaissent en mer sans aucune assistance.
La Plateforme des acteurs de la pêche artisanale du Sénégal (PAPAS), en partenariat avec le Réseau des femmes de la pêche artisanale du Sénégal (REFEPAS) et la Coalition nationale pour une pêche durable (CONAPED) tirent la sonnette d’alarme sur le déficit d’assistance aux pêcheurs en mer ainsi que sur le nombre croissant de disparitions enregistrées depuis plus d’une année. Selon ces organisations de pêcheurs, des dizaines de pêcheurs ont disparu en mer sans assistance.
La conférence de presse organisée, hier, au quai de pêche de Bargny, avec la participation de plusieurs présidents d’organisations du secteur, témoigne du profond désarroi des acteurs face à la situation critique de la pêche, et plus particulièrement à l’absence totale d’assistance aux pêcheurs sénégalais évoluant dans la Zone Économique Exclusive (ZEE).
«En effet, du 1er janvier 2025 au 28 février 2026, plusieurs cas de disparition de pirogues sénégalaises, avec à leur bord des pêcheurs, ont été signalés aux services compétents du ministère des Pêches et de l’Économie maritime, sans qu’aucune issue favorable ne soit enregistrée. Plusieurs localités sont touchées par ces drames, donnant lieu à des cérémonies de deuil sans que des opérations de recherche effectives ne soient menées par les services de secours maritime», ont déploré les responsables des organisations des pêcheurs.
Pour étayer leurs propos, ils soutiennent que rien que pour la région de Saint-Louis, les données consolidées entre 2018 et mars 2026 font état de 359 accidents en mer, 218 pêcheurs décédés et 79 disparus, pour des pertes économiques estimées à plus de 1,7 milliard de francs CFA. « Derrière ces données, ce sont des vies perdues, des familles endeuillées et des communautés durablement fragilisées.
Ce drame s’étend à l’ensemble du littoral sénégalais : Lompoul (3 accidents), Cayar (2 accidents, 4 décès), Yarakh (1 disparition), Yoff (1disparition 5 décès), Yenne (3 chavirements, 6 décès), Ngaparou (1 pirogue disparue avec 3 personnes), Elinkine (1 pirogue disparue avec 8 personnes) et Kafountine où, entre janvier 2025 et février 2026, on dénombre 4 pirogues disparues, 19 naufrages (8 décès) et 11 collisions (au moins 3 morts) » ont-ils détaillé. A les en croire, la liste est loin d’être exhaustive. « Des dizaines de pêcheurs reposent aujourd’hui au fond de nos eaux, sans assistance, plongeant des familles entières dans le deuil » déplorent-ils.
Face à cette hécatombe, les pêcheurs se sentent abandonnées par l’Etat censé garantir leur sécurité et celle de leurs biens. «La PAPAS, ainsi que l’ensemble des organisations partenaires et membres de la plateforme, interpellent le Président de la République sur la gravité de la crise et sur les risques d’implosion sociale dans les communautés de pêche si des mesures concrètes ne sont pas prises pour protéger les ressources halieutiques, ainsi que la vie et les biens des pêcheurs » ont alerté les responsales des pêcheurs.
La PAPAS demande au Président de la République et à son gouvernement de prendre, en urgence, les mesures suivantes: à savoir homologuer un kit de géolocalisation des pirogues et déployer un programme d’équipement pour la pêche artisanale ; respecter les engagements relatifs aux zones de pêche, notamment la promesse de campagne de repousser les navires industriels au-delà des 12 milles nautiques ; mettre en œuvre intégralement les 13 engagements de la charte pour une pêche durable de la CONAPED ; mettre en place un programme structuré de lutte contre l’exploitation, la commercialisation et la transformation des juvéniles, au-delà des simples opérations ponctuelles et engager des mesures de gestion concertée pour sortir le secteur de la pêche de la crise.
M. SARR



