Sénégalaises, Sénégalais,
À tous ceux qui aiment ce pays, à tous ceux qui ont cru en l’espoir porté par le projet de changement, aux militants, sympathisants et responsables engagés aux côtés du président de la République, Bassirou Diomaye Faye, comme aux côtés du président du PASTEF, Ousmane Sonko, il faut adresser un appel ferme, lucide et responsable.
Ce qui vient de se passer n’était pas le souhait de départ. Le souhait de départ était une marche commune, une entente solide, une complicité politique assumée, une intelligence partagée au service exclusif du Sénégal. Beaucoup de Sénégalais avaient espéré voir ces deux figures travailler dans une parfaite coordination, dans une confiance réciproque et dans une discipline collective à la hauteur des attentes immenses du peuple.
Mais les divergences sont apparues. Elles se sont installées, aggravées, amplifiées. Le désalignement est devenu visible. La dualité est devenue réelle. Lorsque l’unité devient impossible dans les faits, il vaut mieux une séparation claire qu’une cohabitation permanente dans la confusion.
Cette séparation, cependant, ne doit pas être transformée en inimitié. Elle ne doit pas devenir une haine, une rancune, une détestation ou une guerre ouverte entre camps politiques. Elle ne doit pas être interprétée comme une autorisation donnée aux militants de dresser les Sénégalais les uns contre les autres.
Il faut éviter l’invective. Il faut éviter les accusations permanentes. Il faut éviter les règlements de comptes. Il faut éviter les discours de revanche. Il faut éviter que des soutiens récents, des ralliés de circonstance ou des militants emportés par la passion transforment une relation ancienne, complexe et profonde en affrontement brutal.
Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko ont une histoire qui dépasse beaucoup de ceux qui parlent aujourd’hui en leur nom. Leur relation humaine date de plus de vingt ans. Leur relation politique date de plus de dix ans. Ils ont partagé des combats, des épreuves, des sacrifices, des moments de confiance et une forme de fraternité politique et humaine. Ceux qui n’étaient pas là au début de cette histoire ne doivent pas être les premiers à la salir par la haine.
Il faut également éviter de replonger le pays dans une dynamique de tension permanente et de violence, semblable à celle que le Sénégal a connue entre 2021 et 2024. Les Sénégalais n’ont pas voté pour une nouvelle crise. Ils ont voté pour que leur vie change. Ils attendent des réponses concrètes face au chômage, à la cherté de la vie, aux difficultés économiques, à la dette, aux contraintes financières, aux urgences sociales et aux incertitudes du quotidien.
Une confrontation radicale affaiblirait l’État, fragiliserait la démocratie, découragerait les citoyens et détournerait le Sénégal de ses vraies priorités. Dans une telle situation, les grands perdants seraient toujours les populations : les familles, les jeunes, les femmes, les travailleurs, les paysans, les commerçants, les étudiants et les citoyens ordinaires.
Il faut donc éviter que cette séparation politique devienne une crise institutionnelle. Il faut éviter l’instabilité politico-sociale. Il faut éviter toute situation de violence pouvant entraîner des pertes en vies humaines ou la destruction de biens publics et privés. Personne n’a le droit de jouer avec le feu. Personne n’a le droit de sacrifier la paix civile sur l’autel des ambitions, des frustrations ou des ressentiments.
Le Sénégal ne peut pas être pris en otage par les querelles de leadership, les blessures politiques ou les calculs partisans. Que personne ne mette le feu à la maison commune pour défendre son camp. Que personne ne confonde loyauté politique et aveuglement. Que personne ne transforme l’amour d’un leader en haine d’un autre.
Dr Aliou Gori DIOUF



