Depuis la dernière élection présidentielle, le Sénégal a fait le choix du renouveau. Ce choix, porté par le peuple souverain, a permis l’émergence d’un nouvel élan, symbolisé par la jeunesse, la rupture, la souveraineté, la justice sociale et la redevabilité. Ce moment historique a vu l’arrivée à la tête de l’État du Président Bassirou Diomaye Faye, figure de sérénité et de rassemblement, et la nomination de M. Ousmane Sonko, Premier ministre, porteur d’un engagement de longue date pour la transformation structurelle de notre pays.
Nous saluons sincèrement cette volonté de redonner sens à la chose publique, de remettre les citoyens au centre de l’action de l’État, et de moraliser la vie politique. Ces ambitions rencontrent d’ailleurs, sur de nombreux points, les préoccupations constantes de la société civile sénégalaise depuis des décennies.
Toutefois, dans un climat national encore fragile et marqué par des douleurs récentes, nous devons tous faire preuve d’une responsabilité historique et d’un sens élevé de l’État. La stabilité d’une nation, surtout après une période de tension, repose sur la capacité de ses dirigeants à rassurer, à rassembler et à inclure. Et dans cette dynamique, la société civile joue un rôle irremplaçable.
C’est à ce titre que nous avons été interpellés par les propos récents du Premier ministre à l’égard des organisations de la société civile, laissant entendre une volonté d’encadrer, voire d’interdire, le financement étranger à ces structures. Nous comprenons la préoccupation légitime de souveraineté. Mais nous pensons qu’il est essentiel de distinguer entre l’ingérence politique extérieure et l’appui technique et financier légitime que de nombreux partenaires mettent à disposition d’acteurs locaux, dans la transparence et le respect des lois sénégalaises.
Les OSC sénégalaises, dans leur grande majorité, sont au service du bien commun. Elles travaillent dans les domaines de l’éducation, de la santé, de l’environnement, de la démocratie, de la paix, du genre, des droits humains. Elles accompagnent l’État, complètent son action, alertent quand il le faut, et forment des générations entières de citoyens engagés.
Certaines de ces structures jouissent d’une reconnaissance internationale, collaborent avec l’Union africaine, les Nations Unies, l’Union européenne, et d’autres instances multilatérales. Les réduire à des instruments d’influence ou de subversion serait non seulement injuste, mais aussi contre-productif pour notre diplomatie et notre image dans le concert des nations.
Nous voulons croire que ces propos sont le fruit d’une tension passagère, d’une volonté mal interprétée ou d’un malentendu à dissiper. En tant qu’acteurs responsables de la société civile, nous restons ouverts au dialogue, au partenariat sincère avec l’État, et nous espérons que les autorités sauront voir en nous des alliés pour construire un Sénégal inclusif, pacifié et prospère.
Par ailleurs, nous attirons l’attention sur le climat social préoccupant marqué par des convocations et arrestations de citoyens dont l’engagement n’a souvent rien à voir avec le trouble à l’ordre public. Le pays a besoin d’apaisement, de pardon, de justice, mais aussi de paix des cœurs. Le Sénégal post-2024 ne peut pas être une revanche, il doit être une réconciliation.
Monsieur le Premier ministre,
Vous avez l’intelligence politique, le courage et la légitimité populaire nécessaires pour ouvrir cette voie du rassemblement. Le Président Diomaye Faye, par son calme et sa posture d’écoute, a lui aussi l’opportunité historique d’être le Président de la réconciliation nationale. Ce duo peut devenir un exemple en Afrique, à condition d’écouter toutes les voix constructives, même critiques, qui ne veulent qu’une chose : un Sénégal debout, digne, uni, respecté.
La République est un projet collectif. Il ne peut se faire ni sans l’État, ni sans la société civile. Nous pouvons, ensemble, donner corps à ce modèle de gouvernance partagée qui fera date dans l’histoire politique du Sénégal.
Il est encore temps d’instituer ce dialogue, de refuser les divisions, d’écarter les extrémismes, et d’écrire, ensemble, cette nouvelle page de notre destin commun.
Khalil Guèye Directeur Exécutif du RIDHA (Réseau International pour la Démocratie, le Développement et les Droits Humains en Afrique)



