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Du débat sur les articles L29 et L30 modifiés et renvoyés à l’Assemblée nationale

La demande de seconde lecture par le président Bassirou Diomaye Faye sur la modification des articles L29 et L30 du Code électoral est un acte politiquement très significatif. Elle dépasse largement la simple technique juridique. Dans le contexte actuel, elle peut être lue comme un marqueur d’autonomie présidentielle face à la majorité parlementaire alignée sur Ousmane Sonko.

Depuis plusieurs mois, le Sénégal donne l’image d’un exécutif bicéphale où le centre réel du pouvoir paraît parfois se déplacer vers la Primature et l’appareil partisan du Pastef. En demandant une seconde lecture, Diomaye Faye rappelle qu’il demeure constitutionnellement le détenteur de la légitimité suprême de l’État.

C’est une manière de dire : « le Parlement a une majorité, mais l’arbitrage institutionnel final m’appartient encore ».

Une partie importante de l’opinion perçoit cette réforme des articles L29 et L30 comme une initiative principalement destinée à réhabiliter politiquement Ousmane Sonko sur le plan électoral.

En demandant une seconde lecture, le président tente probablement de se repositionner comme garant des principes républicains et de l’intérêt général, plutôt que comme simple accompagnateur des priorités du parti.

Diomaye Faye sait que les partenaires internationaux, les acteurs économiques et une partie des élites administratives observent avec inquiétude les tensions internes au sommet de l’État. Cette initiative peut être interprétée comme un signal de modération institutionnelle : refus de la précipitation ; recherche d’un consensus plus large ; volonté d’éviter une réforme électorale perçue comme personnalisée.

D’ailleurs, le président avait déjà publiquement exprimé son incompréhension face à la procédure d’urgence utilisée pour cette réforme.

Le fait essentiel est peut-être ailleurs : les divergences ne sont désormais plus seulement supposées ou commentées dans les médias ; elles commencent à produire des actes institutionnels concrets.

Quand un président demande une seconde lecture d’un texte porté par sa propre majorité parlementaire et soutenu politiquement par le Premier ministre, cela traduit une tension réelle dans la coordination du pouvoir.

Une bataille autour du contrôle du “Projet”.

Au fond, ce bras de fer concerne aussi le leadership symbolique du régime :

Sonko apparaît comme le chef politique du mouvement; Diomaye veut exercer pleinement la fonction présidentielle sans être réduit à un rôle d’exécutant institutionnel.

Cette séquence peut donc être comprise comme une tentative de rééquilibrage du pouvoir au sommet de l’État.

Politiquement, trois scénarios peuvent désormais émerger : un compromis discret entre les deux têtes de l’exécutif ; une montée progressive de la rivalité jusqu’à une recomposition politique ; ou une coexistence tendue durable, avec un président institutionnel et un Premier ministre dominant politiquement.

Le risque principal pour le Sénégal reste cependant l’installation d’une dualité permanente du pouvoir, source de paralysie, de confusion administrative et d’incertitude économique.

C’est généralement dans ce type de configuration que l’État devient moins lisible pour les citoyens comme pour les investisseurs.

Cette affaire est extrêmement sensible, elle est à suivre, car l’opinion nationale en boira le calice jusqu’à la lie du contenu et de l’issue.

Mamadou Biguine Guèye

Journaliste

Coordonnateur du mouvement GEUEF/Action

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