mercredi, septembre 9, 2026
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Dialogue National sur le Système Politique: l’intégralité du discours du Facilitateur Général Dr Cheikh Guèye, à la cérémonie d’ouverture

Excellence, Monsieur le Président de la République, Bassirou Diomaye Diakhar Faye,
Mesdames et Messieurs les représentants des institutions de la République,
Mesdames et Messieurs les représentants des partis politiques, des organisations de la société civile, des autorités religieuses et coutumières, des syndicats, du secteur privé, des milieux culturels et médiatiques, de notre jeunesse si dynamique, et de nos vaillantes femmes,

Chers compatriotes,

C’est avec humilité et un profond sens du devoir que je prends la parole en ce jour solennel, marqué par l’ouverture officielle du Dialogue national sur notre système politique.

Je tiens tout d’abord à exprimer ma sincère gratitude à Son Excellence, Monsieur le Président de la République, pour la confiance qu’il a bien voulu placer en ma modeste personne en me désignant Facilitateur Général de cet exercice démocratique d’une portée majeure. Je m’y engage avec loyauté, pleinement conscient de la mission exigeante qui m’est confiée, mais aussi fort de l’esprit d’ouverture, d’écoute et d’inclusion que le Chef de l’État a tenu à inscrire comme boussole de notre démarche.

Ce dialogue n’est pas un simple événement : c’est un moment de refondation, un jalon historique dans la trajectoire de notre nation plurielle et millénaire, riche de ses valeurs ancestrales de solidarité, de bienveillance mutuelle et d’ouverture. Il s’agit d’un espace sacré de parole et d’écoute, un creuset où toutes les sensibilités se rencontrent pour penser ensemble l’avenir de notre République.

Depuis la transmission des termes de référence provisoires, il y a un mois et demi, vous avez été nombreux à contribuer par vos analyses, suggestions et reformulations. Ce foisonnement d’idées a permis d’enrichir et de densifier le cadre initial. Les termes de référence qui ont été reformulés et stabilisés ne sont pas figés : ils servent de balises dynamiques, appelées à être rediscutées au sein des trois commissions de travail, qui structureront nos échanges autour d’axes clairs, cohérents et inclusifs.

Le Sénégal est un peuple de dialogue, cela est ancré dans notre ADN collectif. À chaque carrefour de son histoire, notre nation qui émerge des limbes d’une Afrique berceau de la civilisation et de la foi, a su puiser dans les ressources inestimables de la teranga, de la sagesse partagée et du respect des différences, pour ouvrir des voies d’apaisement, de progrès et de renouveau.

Aujourd’hui, nous sommes réunis pour corriger ce qui doit l’être, consolider ce qui fonctionne, et innover avec audace là où cela s’impose. Ce dialogue appelle au dépassement de soi, à la lucidité, à l’écoute active et à la construction collective d’un nouveau pacte démocratique.

Ce processus n’appartient à aucun camp, ni politique, ni social, ni institutionnel. Il est l’affaire de tous : majorité, opposition, société civile, syndicats, jeunesses, femmes, diaspora, confessions religieuses, autorités traditionnelles, acteurs culturels, médias, etc. Il vise un seul objectif : servir l’intérêt supérieur du peuple sénégalais.

Conformément aux objectifs définis, ce dialogue vise à :

  • Évaluer de manière lucide les forces et les faiblesses de notre système politique, les convergences structurelles et les désaccords circonstanciels ;
  • Formuler des réformes structurantes et prospectives en faveur d’une démocratie plus participative et plus sincère, et d’un État de droit plus robuste;
  • Renforcer considérablement la confiance des citoyens dans les institutions qui régissent et régulent le processus électoral.

En acceptant cette mission, je ne poursuis qu’un seul agenda : celui du Sénégal. Mon rôle sera de garantir avec l’appui des services étatiques, les modérateurs et les rapporteurs, un cadre de confiance, sécurisé, inclusif et respectueux, propice à l’expression libre de toutes les voix, dans la dignité et sans crainte d’exclusion.

Je remercie chaleureusement tout le cabinet du Président de la République, la Direction Générale des élections sous les directives de Mr Jean Baptiste Tine, Ministre de l’intérieur et le Ministère de la Communication et de la Transformation Numérique pour leur appui efficace et engagé depuis ma nomination. Je remercie également tous les acteurs politiques qui m’ont accueilli chaleureusement durant mes consultations avec un sens de l’écoute bienveillante et une véritable passion pour le Sénégal. Dans le même ordre d’idée, je rends hommage à toutes les autorités religieuses du pays qui ont béni ce dialogue et qui subliment tous les jours leur rôle de pilier de notre contrat social national et de notre vivre ensemble.

Je me réjouis d’avoir pu rencontrer et échanger avec les organisations de jeunes qui à Guédiawaye, mais également, les consultations régionales organisées dans les 14 régions du Sénégal, par la Plateforme des Acteurs Non Étatiques (PFAnE), à travers l’initiative DIISSO les SPACES de la twittosphère et surtout la plateforme JUBBANTI ont largement participé à ce dialogue.

Dans la même veine, d’autres organisations de la société civile se sont également fiévreusement mobilisées pour apporter leurs contributions en produisant des propositions sur toutes les questions que ce dialogue va aborder. Les initiatives de SURSAUT CITOYEN, du COSCE, de L’IPAR, du RESEAU SENEGALAIS DES THINK TANKS, du RAPPORT ALTERNATIF SUR L’AFRIQUE (RASA), de L’INITIATIVE MESURE, du Consortium Jeunesse Sénégal, du Forum Civil, et de beaucoup d’autres organisations rendent compte de la proactivité de la société civile et de son expertise. Les médias également n’ont pas été en reste.

Plusieurs principes fondamentaux guideront nos travaux :

  1. La transparence, afin que chaque étape soit intelligible et accessible à tous, y compris à nos concitoyens qui nous suivent avec espérance ;
  2. L’inclusion, car aucune voix, aucune sensibilité, aucun territoire ne doit être laissé en marge ;
  3. L’objectivité, pour que nos diagnostics soient fondés sur les faits, et non sur les postures;
  4. L’engagement, car nous sommes ici non en tant que spectateurs, mais comme acteurs du changement.

Notre peuple nous observe. Il attend des résultats concrets :

  • Des institutions stables, crédibles et équilibrées ;
  • Un système électoral transparent, fiable et consensuel, qui inspire confiance à tous les acteurs ;
  • Un cadre démocratique renforcé, garantissant les libertés fondamentales dans le respect des règles ;
  • Un système politique tourné vers l’avenir, capable d’anticiper les transformations majeures induites par le numérique, l’intelligence artificielle et les mutations géopolitiques ;
  • Une gouvernance plus proche des citoyens, plus équitable, plus éthique, plus efficace.

Ce dialogue est un rendez-vous avec l’Histoire de notre pays, mais également de toute l’Afrique qui nous considère comme une locomotive démocratique historique et crédible. Ce que nous bâtirons ici et maintenant peut redessiner les contours de notre démocratie, lui insuffler un souffle nouveau, et refonder un pacte républicain fort, inclusif, résilient, capable de porter les aspirations de notre jeunesse et les rêves partagés de notre peuple.

Je vous invite, avec solennité et fraternité, à vous engager dans cet exercice avec sincérité, lucidité et un profond patriotisme. Nous ne réussirons que si chacun d’entre nous place l’intérêt supérieur de la Nation au-dessus de toute autre considération.

Que le Sénégal s’élève par la démocratie.
Que le peuple renoue avec la confiance dans ses institutions.
Et que notre République, une et indivisible, en sorte renforcée et plus grande.

Je vous remercie.

Marché de l’Unité14 de Keur Massar: Bras de fer entre le maire Adama Sarr et les commerçants

La tension est montée d’un cran à Keur Massar Nord autour du marché de l’unité 14. Le délégué du marché, M. Egoul Sène, a organisé un point de presse pour dénoncer ce qu’il qualifie de «forfaiture orchestrée par le maire Adama Sarr». En cause, la gestion du marché et les travaux de reconstruction prévus par la municipalité.

Dans sa déclaration, Egoul Sène ne mâche pas ses mots. Il accuse le maire d’être à l’origine des difficultés que traversent les commerçants du marché. «Nous n’accepterons pas qu’il nous dépouille de nos biens. Nous sommes bien organisés pour que cette forfaiture ne passe pas » a t’il lancé, menaçant même de mettre en place «d’autres stratégies de lutte pour obtenir gain de cause». Selon lui, les commerçants sont en droit de choisir eux-mêmes l’entrepreneur chargé des travaux de réhabilitation.

Le délégué invite également les nouvelles autorités de l’État à intervenir en tant qu’arbitres dans ce bras de fer qui dure depuis plusieurs mois. Face à ces accusations, le maire Adama Sarr a réagi fermement. Il rejette en bloc les reproches qui lui sont adressés. «Le marché a été endommagé depuis les inondations de 2005. Dès notre élection, nous avons recensé tous les marchés de la commune, y compris celui de l’unité 14 », a t’il expliqué.

Selon l’édile de Keur Massar Nord, le marché ne disposait d’aucun registre officiel au niveau de la mairie. «Le délégué disait en avoir, mais il n’a jamais pu les présenter. Nous l’avons convoqué plusieurs fois pour discuter. La commune a le devoir d’avoir une base de données claire sur les commerçants » a-t-il précisé. Le maire affirme qu’un recensement a été effectué avec la participation des commerçants eux-mêmes.

Une première phase est déjà bouclée, et une deuxième est en cours. «Après la Tabaski, nous allons discuter avec les détenteurs de cantines pour planifier la reconstruction. Le marché est un patrimoine de la commune. Le délégué peut organiser les commerçants, mais il n’a pas le pouvoir légal de délivrer des autorisations de construction », a insisté M. Sarr.

Malgré la polémique, le maire se veut rassurant: «Je ne reculerai pas tant que je suis dans mon droit. Beaucoup de commerçants ont compris notre démarche. Nous allons les accompagner pour reconstruire un marché neuf et bien organisé».

Accès à l’eau à Guédiawaye: Beaucoup d’efforts à faire dans l’arrondissement de Wakhinane Nimzatt, selon la FSH

La Fédération sénégalaise des habitants (FSH), sous l’égide de la Sous-Préfet de l’arrondissement de Wakhinane Nimzatt, a organisé hier un comité local de développement (CLD), axé sur la problématique de l’accès à l’eau et à l’assainissement dans les structures publiques dans l’arrondissement de Wakhinane Nimzatt, qui regroupe les communes de Wakhinane Nimzatt, de Ndiarème Limamou Laye et de Médina Gounass.

La rencontre avait pour thème : « L’accès à l’eau et à l’assainissement dans les structures publiques : enjeux, problématiques et role des parties prenantes ». Au cours de cette rencontre, les études menées sur le terrain le terrain ont été restituées. Elles montrent que l’accès à l’eau et à l’assainissement dans les écoles, les structures de santé et les marchés est une vraie problématique. « Les enquêtes ont révélé une insuffisance vraiment des infrastructures d’assainissement.

Dans les écoles et dans les marchés, nous notons une insuffisance totale. Exemple, dans une école où il y a 1020 élèves, il n’y a qu’un seul point d’eau. Ça c’est insuffisant. Donc nous faisons le plaidoyer devant l’autorité administrative et les collectivités territoriales pour dire qu’il y’a urgence d’augmenter les points d’eau dans les écoles, les points d’eau dans les marchés», a expliqué Astou Mbengue.

La responsable de la collète de données ç la Fédération sénégalaise des habitants (FSH) plaide pour la réhabilitation des infrastructures d’assainissement dégradées dans les marchés et autres. « Ces infrastructures doivent etre augmentées pour faire un bon maillage de l’ensemble des bénéficiaires qui les utilisent tant au niveau des écoles, des structures de santé qu’au niveau marché», a-t-elle souligné.

Le CLD a été présidé par l’adjoint au Sous-Préfet de l’arrondissement de Wakhinane Nimzatt. Selon Boubacar Ba, le Cld est d’importance capitale car il touche des problèmes qui sont récurrents ; des problèmes auxquels les populations de l’arrondissement font face, c’est-à-dire l’accès à l’eau dans les structures publiques, à savoir les écoles, les postes de santé, les marchés et également l’assainissement au niveau des trois communes qui constituent ou qui composent l’arrondissement de Wakhinane-Nimzatt», a soutenu M Ba.

A l’en croire, les résultats de l’enquête ont montré qu’il y a encore des efforts à faire. « Il reste des défis majeurs auxquels nous devons faire face ou bien des défis auxquels nous devons trouver des solutions. Donc, notre rôle en tant qu’autorité, c’est d’abord de les accompagner, de faire le plaidoyer, également de remonter les informations qui seront mises à notre disposition au plus haut niveau pour que des solutions soient prises pour régler définitivement ces problèmes.

Ce qui est sûr, c’est que nous allons faire de notre mieux pour les accompagner au niveau des collectivités territoriales, faire le plaidoyer pour que ces collectivités-là accompagnent davantage cette fédération, mais également au plus haut niveau pour que l’autorité supérieure en soit informée » a promis Boubacar Ba.

  M. Sarr

 

 

 

Sénégal: Le théâtre des vanités- (Par Vieux Macoumba Mbodj) 

Il est des moments dans l’histoire d’une nation où les masques tombent, où les grandes figures supposées de la conscience collective se révèlent être de simples figurants dans le théâtre des vanités. Le Sénégal contemporain, embourbé dans des débats médiatiques creux et des proclamations de vertu sur commande, offre le triste spectacle d’un pays où certains imams jouent les juges de la morale publique, pendant que certains professeurs d’université se prennent pour des oracles omniscients. Deux extrêmes d’un même égarement : celui de croire que la posture remplace la profondeur.

L’imam qui devrait guider les âmes, élever les consciences, consoler les cœurs et rappeler l’essentiel devient parfois un acteur politique à peine voilé, un chroniqueur déguisé en prédicateur, un faiseur d’opinion se croyant missionné pour imposer sa lecture unique de la foi. La foi musulmane, dans sa sagesse, est fondée sur la sincérité, la discrétion, la miséricorde. Mais ici, la piété se crie sur les plateaux, se poste sur Facebook, s’achète dans les conférences de presse. Ils ne sont plus des bergers spirituels, mais des gendarmes culturels, obsédés par la tenue des femmes, le contenu des clips, ou la silhouette des danseuses. Pendant ce temps, ils détournent pudiquement le regard des vrais délinquants : ceux qui pillent l’argent public, qui volent des terres, qui trahissent les générations futures.

Face à eux, l’autre extrémité du spectre : ces professeurs de faculté, bardés de titres ronflants, qui aiment répéter à l’envi leur grade comme si l’on était encore à Versailles. Ils n’enseignent plus ; ils pontifient. Ils ne dialoguent plus ; ils dominent. Ils n’écrivent presque rien, mais parlent de tout. L’un est professeur assimilé, l’autre exceptionnel, et un troisième émérite – mais aucun ne semble capable de s’asseoir humblement pour écouter, lire, apprendre encore. Le véritable intellectuel, disait Michel Foucault, est celui qui dérange les certitudes, pas celui qui les installe. Ces messieurs confondent l’université avec le confessionnal, la science avec le statut, l’idée avec l’ego.

Et pourtant, le pays est malade. Malade de ses débats frelatés. Malade de ses autorités sans autorité morale. Malade de ses faux modèles. Malade de cette intelligentsia qui croit que la connaissance confère un droit divin à mépriser les masses, et de ces religieux qui pensent que Dieu leur a donné la clé du jugement dernier. Entre eux, le peuple s’égare, étouffé par tant de vacarme vide.

Le mal est profond car il est enraciné dans la structure même de notre vie publique. On a troqué la rigueur contre la notoriété. On préfère l’apparence au fond. On adore le verbe, on méprise l’action. L’humilité est vue comme faiblesse, la nuance comme trahison. Le respect du silence et du doute, si cher à Confucius et Kocc Barma, est balayé par le tintamarre des certitudes hurlées.

Le Sénégal ne manque pas d’intelligence, il manque d’éthique. Il ne manque pas de science, il manque de conscience. Il ne manque pas d’écoles, il manque de maîtres. Il ne manque pas de religion, il manque de spiritualité. Il ne manque pas de grades, il manque de grandeur.

Ce pays n’a pas besoin de maîtres arrogants ni de prêcheurs incendiaires. Il a besoin d’hommes et de femmes debout, modestes, lucides, capables de dire : « Je ne sais pas », ou encore : « Ce n’est pas à moi de juger ». Il a besoin de ceux qui cherchent, non de ceux qui imposent. De ceux qui éclairent, non de ceux qui aveuglent.

Les vrais bâtisseurs de nations sont ceux qui parlent peu, mais agissent avec droiture. Le reste n’est que théâtre, et le rideau commence à tomber.

Vieux Macoumba Mbodj, Sociologue

Renforcement des Capacités sur la SND 2024-2029: Pour une prise en compte des ODD et une inclusion des personnes handicapées

Par Ch. S. NDONG

Le Conseil des Organisations Non Gouvernementales d’Appui au Développement (CONGAD), en partenariat avec l’Union des Associations d’Elus Locaux (UAEL) et l’appui de Sightsavers, a organisé hier un atelier national de renforcement des capacités sur le Plan national de développement 2025–2029 et de plaidoyer pour la prise en compte des ODD et de l’inclusion des personnes handicapées.

Dans le cadre de la mise en œuvre de l’agenda national de transformation «Sénégal 2050», la société civile joue un rôle crucial en tant que catalyseur de changements durables et inclusifs. Cette vision place l’engagement citoyen et la participation active de la société civile au cœur des réformes et des politiques publiques, visant à renforcer la démocratie et à favoriser une croissance inclusive.

L’implication de la Société Civile dans la mise en œuvre de la SND 2025-2029 marque une volonté manifeste d’accompagner le Gouvernement dans la vulgarisation ainsi que dans la mise en œuvre, afin de répondre aux aspirations légitimes des populations sénégalaises.

Dans la lignée de son engagement international en faveur du développement durable et de sa mobilisation, le Sénégal s’est engagé, avec l’implication des organisations de la Société civile, à mettre en œuvre les ODD et à rendre comte annuellement des résultats à travers l’élaboration des rapports. C’est dans ce cadre d’ailleurs que la Direction Générale de la Planification et des Politiques Economiques (DGPPE) avec l’appui du PNUD et de la société civile a validé en décembre 2022, la stratégie nationale «ne laisser personne en rade» (LNOB) et le Plan d’action de la Charte des données inclusives (IDC).

Le principe fondamental des ODD est de «ne laisser personne en rade» dans sa mise en œuvre et son suivi. Ce principe découle des recommandations des acteurs, notamment des organisations de la société civile pour exiger de leurs dirigeants qu’ils hissent les besoins et les intérêts des plus pauvres, marginalisés et défavorisés au rang de priorité du développement durable.

Il faut rappeler que le Sénégal a adopté en octobre 2024, l’Agenda national de Transformation (ANT) «Sénégal 2050», nouveau référentiel de la politique économique et sociale. Cette vision s’inscrit dans un contexte marqué par des défis multiples, parmi lesquels des disparités régionales en matière d’accès aux services sociaux de base et aux opportunités économiques, en particulier pour les jeunes et les femmes.

La Stratégie nationale de Développement (SND) 2025-2029, déclinaison quinquennale de cette vision, ambitionne de promouvoir un développement endogène et durable, porté par des territoires responsabilisées, viables et compétitifs, en jetant les bases de la souveraineté nationale. Elle est articulée autour de quatre axes stratégiques : (i) Economie compétitive, (ii) Capital humain de qualité et équité sociale, (iii) Aménagement et développement durables et (iv) Bonne gouvernance et engagement africain.

 

Lettre ouverte adressée au Président de la République Bassirou Diomaye Faye

Mon cher président, je fais partie de ces millions de jeunes sénégalais qui ont vu une lueur d’espoir naître en eux lors de votre accession au pouvoir.Je me permets de m’adresser à vous tout en ayant conscience des lourdes tâches que vous accomplissez au quotidien. Je sais également que l’inclusion des personnes porteuses de handicap est l’une de vos préoccupations.

Je n’ai pas la prétention de parler au nom de tous les handicapés du Sénégal car à chacun son histoire mais je suis sûre que beaucoup se reconnaîtront à travers la mienne. J’ai eu la poliomyélite à l’âge de 2 ans et ce fut le début d’une longue bataille contre les aléas de la vie. J’ai eu la chance d’être scolarisée mais quand on vit avec un handicap on doit faire 10 fois plus d’efforts que les autres pour s’en sortir.

J’étais très bonne élève, toujours parmi les 2 premiers, plusieurs fois des prix d’excellence mais il m’a fallu beaucoup de courage pour y arriver. J’ai connu la stigmatisation à l’école, un groupe d’élèves me poursuivait à l’arrêt du bus pour me tabasser parce qu’ils trouvaient injuste qu’une élève aussi absentéiste soit toujours 1ère de la classe, c’est un exemple parmi tant d’autres. J’ai affronté les regards malveillants dans la rue, malgré tout je continue de lutter, toujours et encore parce qu’abandonner c’est un luxe, un privilège dont je ne pourrai me permettre.

Mon cher président, les personnes handicapées doivent faire partie des grandes instances de décision parce qu’avec toute la bonne volonté du monde personne ne pourra se mettre à notre place au point de ressentir les choses que nous vivons au quotidien avec la même intensité. Nos proches sont pour la plupart bienveillants et animés de bonne foi mais les moyens leur font défaut. Aidez-nous à avoir notre autonomie pour pouvoir préserver notre dignité. La plupart d’entre nous n’ont malheureusement pas eu la chance d’aller à l’école ni d’avoir un métier et c’est encore plus difficile.

Je suis née rêveuse, altruiste, pleine de créativité avec une immense joie de vivre, je me battrai pour que cela ne s’éteigne jamais. Pendant plusieurs années j’ai souffert en silence pendant que tout le poids de mon corps tenait sur une seule jambe lors de mes longs trajets dans les transports en commun. Je ne saurais citer le nombre de fois où je me suis évanouie dans les mini bus « TATA » et les bus « DDD » pleins à craquer, mais l’abandon n’a jamais été une option.

Ma « sweety »(ma jambe) ne m’a jamais lâchée malgré les dures épreuves de la vie de tous les jours. Elle a dû puiser dans ses dernières réserves pour me porter et je sais que je lui en ai demandé plus qu’elle n’en pouvait mais la cruauté du monde actuel ne m’a pas laissé le choix. Je ne compte plus le nombre de chutes et de faux pas mais y’a toujours cette petite voix qui me dit relève toi et continue d’avancer quoi qu’il arrive. J’ai toujours eu cette capacité à me réinventer, à renaître après chaque période difficile.

Après avoir fait le tour des centres d’appareillages orthopédiques au Sénégal je n’ai pas réussi à avoir un appareil orthopédique adapté à mon handicap parce que y’en avait pas tout simplement. Depuis bientôt 3 ans je vis au Maroc et j’ai travaillé dans les centres d’appels comme beaucoup de sénégalais afin que je puisse subvenir à mes besoins et payer mes frais médicaux mais c’est au-dessus de mes moyens.

Aujourd’hui je ne peux plus travailler à cause des séquelles physiques de mon handicap qui sont la scoliose lombaire, la scapulalgie, les douleurs cervicales pour ne citer que cela, je suis en déséquilibre total…J’ai parfois l’impression d’être réduite en miniature et enfermée dans une bouteille, j’ai beau crié mais personne ne m’entend. Ces douleurs insupportables me font passer des nuits blanches, je trouve du réconfort à me confier à mon fidèle ami et confident, Allah Ajawajal, je lui parle à haute voix comme on parle à son meilleur ami, jusqu’à ce que je m’endorme. Grâce à Lui je l’ai toujours vécu positivement c’est ce qui m’a permis de tenir jusqu’ici.

Mon cher président, je vis ce calvaire depuis plus de 30 ans et je ne saurais vous dire combien d’autres sont dans la même situation que moi voire pire. Je sollicite votre soutien et votre bienveillance ainsi que toutes les bonnes volontés pour avoir une prise en charge médicale. J’ai le « diom »,  » foula » et   « fayda » qui coulent dans mes veines, mon seul souhait aujourd’hui c’est de retrouver mon autonomie et vivre à la sueur de mon front.

Je vous adresse mes salutations les plus distinguées.

Dieynaba Wele

Dialogue national: Les recommandations du Forum civil pour les besoins du consensus

Dans l’optique de contribuer aux résultats recherchés par le Dialogue national, le Forum Civil, section Sénégalaise de Transparency International a proposé des recommandations dans le sens d’améliorer le système démocratique Sénégalais.

Cadre juridique

–           Instaurer et maintenir un cadre de dialogue pluriel et non partisan en perspective de toute discussion du cadre juridique portant sur le modèle électoral sénégalais

–           Instituer une structure indépendante, hors de la tutelle du ministère de l’Intérieur en charge de la gestion du processus électoral

–           Conserver dans l’attelage la Commission électorale nationale autonome et œuvrer à ce qu’elle exerce la plénitude de ses missions et de ses prérogatives

–           Réformer la CENA en renforçant ses missions et ses prérogatives

–           Revoir les formats de revue du Code électoral notamment dans la composition des parties prenantes. A ce propos, intégrer des experts électoraux et d’autres spécialistes tels que des démographes, des sociologues, etc.

–           Effectuer une revue du Code électoral en visant, entre autres, les points suivants :

          Rendre le fichier électoral accessible à tout moment en modifiant le Code électoral afin de garantir l’exercice plein et permanent du droit de regard et de contrôle sur la tenue du fichier électoral aux parties prenantes, avec des garanties appropriées pour la protection des données personnelles.

          Permettre un accès permanent au fichier électoral

          Adopter le bulletin unique

          Prendre en compte le retrait du droit de vote aux condamnés proportionnellement à leur condamnation

          Revoir la question du parrainage et ses principes

          Veiller à ce que la CENA exerce la plénitude de ses prérogatives conformément à l’article 11 si une nouvelle structure n’est pas mise en place

          Revoir les articles 29 et 30 du Code électoral statuant sur la perte de la qualité d’électeur et d’éligibilité à reformuler en cas de crime ou décidé par le juge

–           Ratifier la Charte africaine de la démocratie, des élections et de la gouvernance qui a été signée depuis le 15 décembre 2008 et qui promeut la bonne gouvernance et une bonne gestion électorale, entre autres

–           Réfléchir à aménager des mesures dans le Code électoral permettant aux citoyens en détention préventive de pouvoir voter

Cadre institutionnel

–           Revoir l’agencement institutionnel et garantir l’indépendance des institutions en charge de la gestion du processus électoral.

–           Instituer une structure constitutionnelle indépendante en charge du contrôle, de la supervision, de l’organisation et de gestion des financements des partis politiques par exemple une Haute Autorité chargée des élections et de la promotion de la Démocratie1 ;

–           Garder l’option de confier à cette structure une contribution à l’élaboration du cadre juridique, à la gestion du fichier électoral en collaboration avec la Direction de l’automatisation des fichiers, à la planification et à la budgétisation, aux opérations électorales, à la communication, à la sensibilisation, à la gestion du matériel électoral, l’organisation du scrutin.

–           A défaut de confier à cette structure la gestion du fichier électoral, confier la gestion du fichier électoral à une instance indépendante du profil de l’Agence nationale de la statistique et de la démographie (ANSD) à l’instar du modèle français qui a confié la gestion du fichier électoral à l’INSEE

–           Le contentieux sera toujours confié aux structures actuelles qui en ont la charge :

          Le Conseil constitutionnel est compétent pour la recevabilité des candidatures à l’élection présidentielle, le contentieux des candidatures aux élections législatives, la proclamation définitive des résultats et le contentieux de ces deux types d’élections.

          La Cour suprême est juge de cassation des décisions des tribunaux départementaux sur le contentieux de la révision des listes électorales et d’appel en dernier ressort du contentieux des élections départementales, municipales

          Les Cours d’Appel sont compétentes en premier ressort pour le contentieux des élections départementales, municipales.

          Les Tribunaux d’instance quant à eux sont habilités à traiter, en premier et dernier ressort, du contentieux de la révision des listes électorales

–           Donner une autonomie totale à ladite structure en la soustrayant de la tutelle du ministère de l’Intérieur

–           Garder l’option d’un modèle mixte d’OGE, intégrant une composante gouvernementale et une composante indépendante qu’est la CENA et les doter d’une plus grande indépendance de fait à travers le choix des intervenants et dans leur mode de désignation. Cela peut se faire par une nomination de leurs membres par une variété d’institutions et d’acteurs différents : parlementaires, société civile, experts électoraux, professionnels universitaires et juridiques, etc. Soustraire la nomination du président de la CENA par le président de la République et la confier aux membres de la CENA, dont le président sera donc choisi selon l’approche de la nomination par les pairs.

–           Veiller au respect scrupuleux de la durée d’exercice des mandats des membres de la CENA

–           Privilégier l’expertise électorale dans le choix des acteurs intervenant dans le processus électoral

–           Doter l’organe de régulation des médias de moyens logistiques et techniques modernes pour qu’il puisse documenter ses décisions sans équivoque et avec célérité

–           Afin de garantir la transparence des activités de l’organe de régulation, il est recommandé de s’assurer de la publication des informations sur sa composition, notamment sur son site web, et, en période électorale, de publier régulièrement les rapports du monitoring des médias, les infractions détectées, les décisions ainsi que les communiqués de presse.

1-  Pour rappel, les Assises de 2008 avaient proposé une Autorité de Régulation de Démocratie

–           S’accorder sur un modèle adapté à l’évolution démocratique du Sénégal, en privilégiant l’esprit de capitalisation des acquis enregistrés

–           Privilégier la recherche du consensus entre les acteurs

–           Institutionnaliser l’organe de gestion afin de mieux garantir son autonomie financière,

–           Mettre en place un cadre permanent de concertation et de suivi du processus électoral

–           En perspective des réformes, il est important de conserver la DGAT notamment dans le dispositif, une option qui est pertinente pour une optimisation des dépenses électorales.

Planification, budgétisation et mise en œuvre

–           Garantir plus de transparence et d’inclusion dans la budgétisation, la planification des activités pré – électorales, électorales et post – électorales.

–           Garantir la transparence dans la passation et l’exécution de la commande publique relative aux élections

–           Intégrer dans la communication avec les parties prenantes, le partage du calendrier de mise en œuvre des opérations électorales dès sa finalisation.

–           Donner une autonomie financière à la CENA et soustraire son budget au ministère de l’Intérieur dont elle est censée superviser les activités.

–           Renforcer les moyens de la CENA et de ses démembrements (Commissions électorales départementales autonomes) à la dimension des prérogatives qui lui sont assignées

Éducation et formation : formation opérationnelle, éducation civique, information des électeurs

–           Développer une meilleure sensibilisation et une information des électeurs notamment durant les phases de révision ordinaire et exceptionnelle du fichier électoral avec une forte implication de la société civile

–           Renforcer les capacités de l’administration décentralisée sur les questions électorales en formation initiale (à l’École nationale d’administration) ou/et en formation continue durant les périodes électorales, en confiant la formation à des experts électoraux.

–           Les partis politiques doivent reprendre leur mission originelle de formation des militants et de prise en charge de leurs représentants durant les élections (des critères du financement des partis politiques)

–           Développer des programmes d’éducation civique et d’éducation à la citoyenneté en relation avec les partis politiques

–           Développer des synergies dans l’information,la sensibilisation (État,société civile,partis politiques) et l’inscrire dans la durée, même en période non électorale, pour garantir une meilleure gestion du fichier électoral.

–           Éviter les restrictions et les coupures d’internet notamment durant les périodes électorales.

–           Adopter la loi sur l’accès à l’information publique qui intègre les informations électorales. Le principe d’accès est un des principes directeurs de la problématique électorale.

–           Introduire dans le Code électoral et rendre obligatoire le débat télévisé entre les candidats surtout au second tour

–           Mettre en place un mécanisme efficace pour faire face aux fake news, à la désinformation et à la manipulation en période électorale.

–           Renforcer la liberté des journalistes en période électorale pour garantir un accès sans restriction dans les centres et bureaux de vote.

Inscriptions et candidatures : inscription, enregistrement des électeurs, gestion des stocks de cartes et distribution des cartes d’électeur, accréditation des observateurs, partis et candidats

–           Confier la gestion du fichier électoral à une structure indépendante (Ex.ANSD) administrativement et financièrement, en collaboration avec la Direction de l’automatisation des fichiers.

–           Prévoir les périodes de révision exceptionnelle assez longues permettant aux citoyens de s’inscrire sur le fichier électoral.

–           Communiquer massivement autour des périodes de révision ordinaire pour garantir un traitement permanent du fichier électoral, permettant ainsi d’éviter les goulots d’étranglement, les ruées vers les commissions administratives en période de révision exceptionnelle.

–           Informatiser la distribution des cartes d’électeur par une mise en place d’un réseau d’information connecté aux commissions de distribution pour une gestion plus efficace et une mise à jour quotidienne des cartes distribuées et de celles restantes au sein des commissions administratives. Un effort important d’amélioration de la traçabilité et de la transparence de la distribution des cartes CEDEAO/Électeurs est nécessaire. Cette initiative doit intégrer le New Deal Technologique

–           Revoir la durée de la phase contentieuse des périodes de revue exceptionnelle.

–           Revoir la question du parrainage :

o          En reprécisant le nombre

o          Opter pour un nombre absolu

o          Revoir les principes de la régularisation des doublons et la durée requise à cet effet

o          Digitaliser le processus de traitement du parrainage

o          Revoir les articles relatifs aux sanctions des fraudes et infractions liées aux opérations de parrainage qui ne sont pas opérationnelles

o          Soustraire le contrôle du parrainage au Conseil constitutionnel et le confier à la CENA ou à une commission spéciale, dans des conditions clairement définies

o          Impulser des processus plus transparents dans la conception du logiciel de contrôle du parrainage

–           Découpler la carte d’électeur et la carte nationale d’identité pour éviter les mentions « ne peut pas voter ».

–           Démocratiser l’accès au fichier à tous les acteurs politiques et en permanence pour éviter les suspicions.

–           Éviter l’option de la facilité consistant à verser automatiquement dans le fichier électoral tout citoyen sénégalais ayant l’âge de voter et privilégier l’inscription sur la base de l’expression de la volonté du citoyen de s’inscrire. Une telle option viendrait remettre en question le principe de l’inscription volontaire dans un système où le vote n’est pas obligatoire. Par ailleurs, le défaut d’adressage au Sénégal risque d’être un gros obstacle au moment de la distribution des cartes. En outre, la non fiabilité du fichier d’état civil est un autre facteur de risque. Enfin, les conséquences économiques et logistiques méritent réflexion.

Campagne électorale, financement, accès aux médias, etc.

–           Introduire la question du financement politique (partis politiques et campagnes électorales) dans le Code électoral. A ce niveau, il y a des principes et des règles à respecter. Il faut définir des critères d’éligibilité et d’allocation objectifs pour le financement public. Il faut définir des cadres de limitation ou d’interdiction des financements privés et des dépenses. Il faudrait mettre en pratique le principe de la redevabilité car, les citoyens auront besoin de savoir l’utilisation de leurs ressources par les partis politiques bénéficiaires des financements.A cet, ils doivent déposer des rapports financiers et narratifs auprès de l’organe compétent mais aussi que ces rapports soient rendus publique. Le financement des partis politiques est nécessairement accompagné par un dispositif de contrôle mais aussi d’un dispositif de sanction en cas de manquement. Les partis politiques devront avoir les possibilités de pouvoir contester auprès d’un organe compétent (juridiction ou organe de gestion des élections.

–           Repréciser les modalités et le principe de la pré – campagne dans le Code électoral en tenant compte de la période de collecte des parrainages.

–           Mettre en place un dispositif de contrôle et de vérification des comptes de campagne d’amont en aval du processus électoral.

–           Proposer une loi sur les partis politiques en y intégrant la question du financement des partis.

–           Accompagner financièrement les médias privés en période électorale par l’État du Sénégal.

–           Aller vers la création d’une Haute Autorité chargée des Elections et de la promotion de la Démocratie avec la mise en place de Pôles dont un Pôle sur le financement et l’évaluation des activités des partis politiques

–           Prévoir la Déclaration de patrimoine par tous les acteurs politiques

–           Soustraire les partis politiques du joug du Code des obligations civiles et commerciales.

–           Intégrer les indicateurs femmes et jeunes dans la définition des critères pour le financement des partis politiques.

Scrutin proprement dit

–           Digitaliser l’identification des électeurs le jour du scrutin.

–           Réduire les abris provisoires pour le vote notamment dans le département de Mbacké (Touba).

Résultats provisoires et définitifs

–           Informatiser le mode de transmission des procès-verbaux des CDRV vers la CNRV même si la transmission des PV physiques reste de rigueur.

–           Publier les résultats officiels définitifs en ligne après leur proclamation par l’autorité compétente.

–           Publier les résultats par bureau de vote.

Synthèse : Ch. S. NDONG

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’intellectuel de cour, ce traître moderne- (par Vieux Macoumba Mbodj)

L’intellectuel de cour est une figure ancienne, mais son visage moderne est plus inquiétant que jamais. À l’heure des grandes mutations politiques, économiques et sociales, il incarne la trahison silencieuse des savoirs, la compromission élégante de l’esprit critique et la prostitution honteuse de l’intelligence au profit du pouvoir.

Hier penseur libre, aujourd’hui valet du prince, l’intellectuel de cour n’écrit plus pour éclairer ses semblables, mais pour conforter son protecteur. Il trahit sa vocation essentielle: penser contre, et non penser pour. Albert Camus rappelait que « la mission de l’intellectuel n’est pas de se mettre au service de ceux qui détiennent le pouvoir, mais de défendre ceux qui en sont dépourvus. »

Or, à notre époque, ce traître moderne est omniprésent : il valide les décisions iniques, justifie les abus d’autorité, légitime les pires injustices, maquille la répression sous des mots doux, et habille la forfaiture d’arguments savants.

« Ku japp sa yaram, do nga japp sa bopp. » (Qui vend son corps ne peut plus se dire maître de son âme), enseigne un proverbe wolof.

Sociologiquement, l’intellectuel de cour est la résultante d’une logique clientéliste où les diplômes servent de carte d’accès aux cercles du pouvoir, et non à la transmission désintéressée du savoir.

Psychologiquement, il souffre d’un profond besoin de reconnaissance ; il préfère la flatterie du roi à l’estime du peuple, la faveur du moment à l’honneur éternel. Sa peur viscérale d’être marginalisé l’entraîne à choisir la servitude dorée plutôt que la liberté exigeante.

Anthropologiquement, il appartient à cette catégorie d’hommes qui, dans toutes les sociétés, échangent leur dignité contre un peu de confort et un miroir aux alouettes. Ce sont les mêmes profils que décrivait Montesquieu dans De l’esprit des lois : ceux qui préfèrent la sécurité offerte par le tyran au risque de l’autonomie.

En science politique, l’intellectuel de cour est l’agent actif du despotisme soft : il donne une couverture idéologique aux abus de pouvoir, il invente des discours pour expliquer que l’injustice est parfois « nécessaire » ou que « le peuple ne comprend pas la complexité des enjeux ».

Son rôle est d’autant plus pernicieux qu’il endort les masses et freine leur éveil.

En psychanalyse, il est le produit d’une névrose de soumission : au fond de lui, il sait qu’il trahit, mais il rationalise son abdication par des justifications pseudo-philosophiques. Freud aurait dit qu’il est dans un « mécanisme de défense permanent » : il nie la réalité de sa lâcheté pour ne pas sombrer dans la honte.

À travers l’histoire, chaque grande période de déclin a eu son cortège d’intellectuels de cour:

À la cour de Versailles, ils chantaient les louanges de Louis XIV pendant que le peuple mourait de faim.

Sous les empires coloniaux, ils justifiaient la mission civilisatrice pendant que des millions de vies étaient broyées.

Sous les dictatures africaines post- indépendances, ils écrivaient des hymnes creux pendant que la démocratie était étranglée.

Aujourd’hui encore, sous toutes les latitudes, l’intellectuel de cour prospère : il se fait ministre, conseiller, chroniqueur officiel, professeur courtisan. Il est sur les plateaux télévisés, dans les salons dorés, dans les publications académiques captives.

« Un arbre dont les racines sont vendues finit toujours par tomber. »

Le plus grand danger est que ces traîtres modernes sapent la confiance dans l’intellectuel libre. Ils banalisent la compromission au point que le public ne sait plus distinguer le penseur sincère du propagandiste intéressé.

Or, les peuples ne peuvent s’émanciper sans penseurs libres, sans esprits courageux capables de dire non au roi, au parti, au groupe, au consensus bêlant.

Oui, l’intellectuel authentique dérange, choque, bouscule. Il est, selon la belle formule de Julien Benda dans La Trahison des Clercs, « celui qui ne confond jamais la vérité avec l’intérêt du moment. »

Le combat contre les fossoyeurs de la vérité est un combat pour la survie même de la civilisation :

  • Un pouvoir sans contre-pouvoirs est une tyrannie.
  • Un savoir sans liberté est une imposture.

Un intellectuel sans courage est un complice du pire.

Il est temps de rappeler que penser n’est pas flatter. Écrire n’est pas légitimer. Enseigner n’est pas soumettre.

Et comme le disait un proverbe africain : « Le griot qui loue un tyran récoltera le mépris des ancêtres. »

Vieux Macoumba Mbodj, Sociologue

Mbour/ 6eme édition du Tournoi régional de Karaté: L’organisateur Mamadou Diouf exprime son satisfecit de la belle prestation des jeunes

Mbour a abrité, samedi dernier, un tournoi régional de karaté organisé par Sensei Mamadou Diouf. Pour cette 6éme édition, il s’agit en fait de la coupe Cheikh Diouf de l’Atlantic karaté club porté sur les fonts baptismaux en 2001.

Lors de cette manifestation sportive qui a drainé du monde, de nombreux jeunes talents, de toutes catégories, venus de différents clubs ont rivalisé d’ardeur pour offrir au public un beau spectacle. Au finish, les vainqueurs ont reçu des trophées tandis que les autres vont devoir travailler dur pour se hisser au sommet pour les prochaines éditions. Très satisfait de la belle prestation des jeunes karatéka, Sensei Mamadou Diouf a rappelé que l’Atlantic Karaté clubs a été créé en 2001 à Mbour.

Entre autres objectifs, a-t-il souligné, l’Atlantic karaté clubs vise l’éducation de la jeunesse, la maîtrise de soi, la discipline, la rigueur, le respect de soi et de l’autre, la culture de la responsabilité, le fair-play. Il faut retenir que Mor Diop et Mbagnick Guèye ont été les parrains tandis que Mme Aïcha Dramé a été la marraine de cet important rendez-vous sportif.

Oumar Ngatty Ba

Sursaut historique ou statu quo cosmétique? Le RASA choisit la refondation

Le Sénégal se trouve à un moment charnière de son histoire politique, marqué par une crise profonde de légitimité institutionnelle, une polarisation accrue de l’espace public, et une dépolitisation ou une désaffection progressive des citoyens vis-à-vis de la politique. Dans ce contexte, le Dialogue national récemment initié par les nouvelles autorités représente une opportunité rare, mais il ne saurait se limiter à une réforme technique des mécanismes électoraux. Pour être à la hauteur des attentes populaires et des défis systémiques, il doit viser une refondation politique intégrale.

C’est dans cette perspective que s’inscrit la contribution du Rapport Alternatif sur l’Afrique (RASA). Structure panafricaine indépendante portée par des institutions et des intellectuels de renom, le RASA entend repenser les cadres de gouvernance à partir de savoirs endogènes, de diagnostics rigoureux et d’aspirations citoyennes. Sollicité pour amender les Termes de Référence du Dialogue, le RASA propose une lecture critique et constructive visant à élargir la portée du processus, à le rendre plus inclusif, plus légitime, et résolument tourné vers une transformation systémique du contrat politique sénégalais.

Après avoir salué la décision du Chef de l’Etat d’initier un dialogue sur le système politique, le RASA, a mis d’abord en évidence, dans son analyse, les limites conceptuelles des TDR. Le système politique y est abordé de manière réductrice, principalement à travers le prisme électoral, alors qu’il devrait être compris comme l’ensemble des institutions, acteurs, normes, pratiques et représentations qui organisent l’exercice du pouvoir, la définition de l’intérêt général et la mise en œuvre des politiques publiques. Une telle approche doit nécessairement inclure les dimensions sociales, économiques, culturelles, environnementales et territoriales, ainsi que les formes de gouvernance informelles ou traditionnelles.

Le système politique sénégalais actuel est caractérisé par des dysfonctionnements profonds. Malgré les alternances démocratiques, les pratiques clientélistes, la centralisation du pouvoir, les violences politiques et la fragilisation de la cohésion sociale persistent. À cela s’ajoute une crise axiologique majeure : les repères collectifs sont flous, instrumentalisés, voire inversés, ce qui compromet la capacité des institutions à refléter les valeurs, les priorités et les aspirations de la société sénégalaise. Cette crise de sens trouve en partie ses racines dans l’héritage du système colonial, dont les logiques de domination, d’exclusion et de prédation continuent de structurer les rapports entre gouvernants et gouvernés.

Le RASA souligne également que le paysage politique est fragmenté et inefficace, dominé par une prolifération de partis sans réelle assise populaire ni démocratie interne. Ces partis deviennent souvent des instruments d’ascension personnelle, alimentant la transhumance et le clientélisme, au détriment de l’éthique et de l’intérêt général. Par ailleurs, le processus électoral reste opaque, sous-évalué et marqué par une faible participation citoyenne réelle, révélant un grave déficit de confiance envers les institutions démocratiques.

Face à ce constat, le RASA formule plusieurs propositions pour améliorer les Termes de Référence. Il plaide pour une redéfinition des objectifs du dialogue afin d’inclure, au-delà des élections, des questions aussi essentielles que la redéfinition des finalités du système politique, la construction d’une culture politique fondée sur l’éthique, la compétence et le service public, la reconnaissance des institutions sociales légitimes, et l’élaboration d’une vision partagée d’un État stratège au service de l’intérêt général.

De nouveaux résultats attendus sont proposés pour traduire concrètement ces objectifs. Parmi ceux-ci figurent l’élaboration d’un référentiel national enraciné dans les valeurs culturelles, la mise en place de critères de moralité et de compétence pour l’accès aux fonctions publiques, l’institutionnalisation de la gouvernance locale, ou encore la création de mécanismes permanents de concertation citoyenne.

Le RASA recommande aussi d’enrichir les thématiques du dialogue pour y intégrer la justice sociale, l’équité territoriale, la durabilité environnementale, la culture et l’information, ainsi que la formation du capital humain. La société civile, les autorités coutumières et religieuses, les organisations communautaires, les syndicats, les jeunes, les femmes et les personnes vivant avec un handicap doivent être pleinement associés au processus, dans une logique d’inclusivité réelle.

Pour garantir la légitimité et l’efficacité du dialogue, le RASA propose une méthodologie rigoureuse, articulée autour de plusieurs phases : un pré-dialogue sectoriel, une territorialisation du processus à travers des consultations régionales, communales et locales, un forum national représentatif des divers segments de la société, et des mécanismes transversaux de légitimation, de transparence et de participation numérique. Il insiste sur la nécessité d’adosser le dialogue aux acquis des Assises nationales de 2008 et de la CNRI de 2013, tout en les actualisant à l’aune des évolutions sociales, politiques et technologiques.

Enfin, la contribution se conclut par des propositions de réformes ambitieuses dans toutes les sphères institutionnelles. En matière politique, le RASA propose la création de nouvelles institutions de régulation, une meilleure représentativité des citoyens à la base, une refonte du système électoral (y compris l’expérimentation du vote électronique sécurisé), et une redéfinition du rôle des partis. Sur le plan social, il prône l’institutionnalisation des normes endogènes, la reconnaissance des savoirs locaux et la participation des autorités traditionnelles. Sur le plan économique, il recommande la création d’un Conseil national des intérêts stratégiques, une loi de programmation économique à portée constitutionnelle, et une intégration des objectifs de souveraineté dans les politiques publiques. Sur le plan environnemental, il appelle à un changement de paradigme en reconnaissant les droits des écosystèmes dans la Constitution et en ren​forçant l’ambition écologique des politiques nationales. Enfin, il propose de repenser la souveraineté budgétaire et monétaire pour mieux aligner les finances publiques sur les priorités nationales.

En somme, la contribution du RASA au Dialo​gue national sur le système politique invite à un sursaut historique. Elle propose un chemin de transformation profonde, ancré dans la souveraineté populaire, la justice sociale, la durabilité écologique et la légitimité endogène. Elle constitue un plaidoyer pour un nouvel État sénégalais, refondé sur ses propres valeurs et porté par la voix de toutes ses composantes.

PAR :

▪Dr Aliou Gori DIOUF

▪ M. Oumar BA

▪ M. Ibrahima Nour Eddine DIAGNE

▪ M. Boubacar DIALLO

▪ M. Coumba Ndoffène DIOUF

▪ Dr Cissé KANE

▪ M. Elimane Haby KANE

▪ M. Fatoumata Sissi NGOM

▪ M. Amadou Moctar NDIAYE

▪ M. Ismaïla NDIAYE

▪ Prof Olivier SAGNA

▪ M. Mouhamadou Moustapha SECK

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