jeudi, avril 23, 2026
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Pastalibérie: Le chant de cygne d’un gourou

Dans le théâtre politique sénégalais, la scène s’assombrit et le rideau semble sur le point de tomber sur une tragédie aux accents burlesques. « Pastalibérie », cette République imaginaire façonnée par les excès du pouvoir Pastef, incarne aujourd’hui le chant de cygne d’un gourou politique dont l’ombre plane sur le pays : Ousmane Sonko. Ce dernier, Premier ministre « super fort » autoproclamé de facto, joue une partition dissonante, oscillant entre la posture de l’opposant vindicatif et celle d’un homme d’État en quête de légitimité. Mais derrière cette façade se cache un spectacle absurde où la gouvernance vacille, la liberté d’expression se délite, et la cohésion nationale s’effrite.

Le Sénégal traverse une crise politico-judiciaire sans précédent, marquée par une fracture interne au sommet de l’exécutif entre le président Bassirou Diomaye Faye et le Premier ministre Sonko. Cette rivalité, loin d’être un simple différend d’ego, illustre une lutte de pouvoir qui paralyse l’action gouvernementale et nourrit un climat d’incertitude. Comme le souligne Alioune Tine, il faut « arrêter tout de suite cette crise » avant qu’elle ne dévaste davantage la fragile stabilité institutionnelle.

L’obsession du contrôle s’est traduite par une répression accrue de la liberté d’expression avec la prise d’otage de personnalités publiques telles qu’Abdou Nguer, Moustapha Diakhaté, Bachir Fofana. Le cas emblématique de Badara Gadiaga, chroniqueur arrêté et poursuivi pour avoir exercé son droit fondamental à la critique, est symptomatique d’un régime qui confond dissidence et subversion. Il paraîtrait que Sonko « l’effaceur » tient une liste d’une centaine de citoyens engagés qui le dérangent. Un Ibou Fall (Sénégalaiserie) ou un Omar Faye (Léral Askan Wi) sont désormais prévenus. Le Parti socialiste et d’autres acteurs politiques dénoncent cette dérive autoritaire, rappelant que « les libertés démocratiques sont des conquêtes de haute lutte » qu’il faut impérativement préserver. Le journaliste emprisonné devient ainsi une icône de la résistance, un « esprit » qui refuse de se taire malgré la machine judiciaire mise en branle.

Sur le plan économique, le Sénégal, malgré une croissance affichée à 8,4% en 2025, ploie sous le poids de la vie chère et du chômage galopant, surtout chez les jeunes. Les mesures gouvernementales, souvent perçues comme des coups de communication, peinent à masquer une réalité sociale douloureuse. La diplomatie contradictoire entre le président et son Premier ministre, entre recentrage africain et postures populistes, ajoute à la confusion et fragilise la crédibilité du pays sur la scène internationale.

Il est tentant de comparer cette situation à d’autres tentatives de partage ou de dépôt du pouvoir exécutif dans le monde. En Russie, entre Vladimir Poutine et Dmitri Medvedev, un tel exercice a connu un semblant de succès, bien que controversé. En Afrique, en revanche, toutes les tentatives similaires ont échoué : Mauritanie, Niger, Congo, Gambie… Ces expériences douloureuses témoignent de la difficulté à conjuguer ambitions personnelles et stabilité institutionnelle dans des contextes où la démocratie peine à s’enraciner.

Dans cette farce tragique, le Premier ministre Sonko multiplie les coups de communication, usant d’une rhétorique virulente sur les réseaux sociaux, mais sans parvenir à incarner l’homme d’État que le Sénégal attend. Baba Dieng résume cette posture en parlant d’une « farce tragique » où un homme politique en position de pouvoir persiste à agir comme un opposant vindicatif, au détriment de la stabilité institutionnelle.

Le peuple sénégalais, loin d’être un simple spectateur passif, observe avec un mélange d’amertume et de vigilance. Talla Sylla le rappelle avec force : « Il ne faut jamais confondre un peuple silencieux avec un peuple qui se tait ». Ce silence apparent est une attente, un avertissement que le pouvoir ferait bien de ne pas ignorer sous peine d’être balayé par la vague du mécontentement.

Dans ce contexte, la société civile, bien que parfois attaquée et stigmatisée, dont les membres ont été taxés de « fumiers » par le gourou, demeure un acteur essentiel de régulation et de veille. Son rôle est d’autant plus crucial que le pays semble s’enfoncer dans une « ère de post-vérité », où les faits dérangeants sont réduits à de simples opinions, et où la démocratie est mise à mal par la peur et la censure.

Pour sortir de cette impasse, il faudra plus que des gesticulations politiques ou des gestions à court terme. Il faudra un sursaut collectif, un retour à l’essence même de la démocratie : le respect des institutions, la liberté d’expression, la justice indépendante, et une gouvernance tournée vers le bien commun. Comme le disait Franklin D. Roosevelt, « la seule chose que nous ayons à craindre, c’est la peur elle-même ». Le Sénégal doit dépasser ses peurs, ses divisions, et ses illusions pour écrire une nouvelle page de son histoire.

Pastalibérie, ce théâtre de l’absurde et de l’illusion, pourrait bien être le dernier acte d’un gourou politique en déclin. Mais c’est aussi, et surtout, un appel à la vigilance citoyenne, à la renaissance démocratique et au sursaut d’un mandat présidentiel enfin assumé. Le rideau n’est pas encore tombé, mais le spectacle doit changer de décor, sous peine de sombrer dans l’oubli.

Dr. Papa D. Faye, citoyen engagé

Courriel : papa.faye6369@gmail.com

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