L’espace médiatique sénégalais est le miroir de nos passions, de nos débats, mais aussi de nos tensions. Récemment, l’actualité a été marquée par le cas d’une journaliste, une affaire qui, au-delà des faits, nous invite à une réflexion profonde sur le rôle et les responsabilités du journalisme dans notre société.
Entre les plaintes pour injures publiques, les convocations à la cybercriminalité et les agressions physiques subies lors d’une couverture de manifestation, le parcours de cette professionnelle est devenu un cas d’école. Il pose une question fondamentale, essentielle à l’heure où le pays se tourne vers l’avenir : quelle est la mission du journaliste dans un débat politique ? Est-ce de s’attaquer personnellement, avec une virulence inouïe, à des individus pour leurs actions ou leurs positions ?
Le journalisme, une mission, pas une vendetta personnelle
Le premier principe du journalisme est d’informer, d’analyser et de mettre en lumière les enjeux d’intérêt public. Il s’agit d’une quête de vérité, étayée par des faits, des sources croisées et des preuves. Le journalisme de qualité ne s’en prend pas à la personne, il questionne les actions. Il ne dénigre pas, il favorise un débat sain et contradictoire.
La personnalisation de la vindicte, qui consiste à transformer la critique politique en une attaque personnelle, est une déviation dangereuse. Elle déplace le débat des idées vers les querelles de personnes. Ce faisant, elle dessert à la fois la profession et la société.
Des dérives aux conséquences inattendues
La dérive vers le journalisme d’agression personnelle entraîne des conséquences à la fois imprévues et contre-productives et une crédibilité mise à rude épreuve. Les réactions, qu’elles soient de la part d’hommes politiques qui écartent un micro ou de militants qui se montrent violents, peuvent à la limite trouver une justification dans les relents d’un sentiment d’injustice, voire d’un coup médiatique politicien.
Cependant, lorsque qu’un journaliste s’en prend aux Hommes plutôt qu’aux faits, il s’expose et perd la protection implicite qui vient avec l’exercice de son métier. En devenant un acteur direct du conflit, il ne peut plus prétendre à un traitement impartial. Il perd sa légitimité, cette présomption d’honnêteté intellectuelle vis-à-vis des faits, qui est le fondement même de sa profession.
Par ailleurs, la polémique crée un brouillard qui masque l’essentiel. Ce qui est en train de se passer est une distraction pour la Nation. C’est au moment même où le Premier ministre Ousmane Sonko sillonne le monde pour chercher des solutions économiques, au moment où le Forum Invest in Senegal 2025, un rendez-vous majeur s’inscrivant dans la Vision Sénégal 2050, se prépare à accueillir à Dakar plus de 3 000 décideurs économiques, avec l’ambition de recueillir plus de 10 000 milliards de francs CFA en promesses d’investissement. C’est au moment où le ministre de l’Hydraulique et de l’Assainissement, Dr Cheikh Tidiane Dièye, a réussi l’exploit de confirmer Dakar comme co-organisateur de la Conférence des Nations Unies sur l’eau 2026, une reconnaissance majeure du leadership sénégalais. C’est au moment où le ministre Alioune Sall met en place le New Deal Technologique pour assurer la souveraineté numérique du pays, et que le ministre Mabouba innove dans le monde rural.
Ces actions concrètes et stratégiques, qui attirent les regards du monde et construisent l’avenir du Sénégal, sont éclipsées par des débats de personnes. Le Président Bassirou Diomaye Faye, dans sa « master class » de sérénité sur France 24, a montré qu’il traitait ces questions avec une froideur responsable, refusant de s’y laisser entraîner par le journaliste. Donc ces polémiques créées par des journalistes, même si elles semblent défendre une cause, nuisent en réalité à la cause qu’elles semblent vouloir servir. Elles détournent l’énergie du gouvernement et du peuple et en obscurcissent les réalisations.
Il est légitime pour une publication ou un journaliste d’avoir une ligne éditoriale, une préférence politique. Des exemples existent partout dans le monde, de Fox News aux États-Unis à des médias comme La Voie en Cote d’Ivoire. C’est leur droit. Cependant, la démarche éthique est de ne pas attaquer personnellement des individus, car même dans le cadre d’un journalisme de conviction, la dignité humaine n’est pas négociable. On peut critiquer un homme politique pour ses actions, pointer du doigt ses échecs, ou célébrer exclusivement les réussites d’un camp en s’appuyant sur des faits. C’est le rôle de l’observateur engagé. Mais la frontière est franchie lorsque l’on s’en prend à la nature même de l’individu, en proférant des insultes ou en créant des informations dans le seul but d’humilier ou de dénigrer.
Le journaliste, même engagé, doit se souvenir qu’il n’est ni un politicien, ni un citoyen lambda. On attend de lui qu’il vérifie ses sources et qu’il fonde ses accusations sur des preuves. Accuser personnellement, sans décision de justice, c’est faillir à un devoir fondamental. L’éthique journalistique impose un respect inconditionnel de la personne, même si l’on critique fermement son action.
Pour retrouver la sérénité nécessaire au développement de notre nation, les esprits doivent se ramener aux bases. L’exercice du journalisme doit rester un service public d’information. C’est en dénonçant ces dérives que la profession pourra retrouver sa noblesse et sa crédibilité, garantissant ainsi son rôle essentiel de quatrième pouvoir, respecté et respectueux.
Et c’est un cri du cœur qui doit être lancé à tous ceux qui, par partisannerie ou par amour pour ce nouveau régime, ont à cœur l’avenir de ce pays : arrêtez de créer les conditions potentielles de la peur de la « destination Sénégal ». Alors que les autorités travaillent à attirer le regard positif du monde sur le pays, les querelles personnelles, les polémiques et les violences verbales ne construisent pas l’image d’un pays stable et sûr. L’amour d’une patrie se manifeste d’abord par le respect de sa dignité et la préservation de son climat de sérénité. Faisons de cette conviction notre force, pour le bien de tous.
Doudou NDIAYE
Expert international en Communication,
Relations publiques et presse
Auditeur qualifié Journalism Trust Initiative (RSF)



