A Fatick, le Centre départemental d’assistance et de formation des femmes (CEDAF) a abrité, ce jeudi, un important atelier de sensibilisation sur la justice énergétique.
L’événement dont l’ouverture a été présidée par Ousmane Ndour au nom de la directrice du centre départemental d’assistance des femmes, a réuni plusieurs acteurs locaux (chefs de services, journalistes, représentants d’ONG et de la société civile). Ceci, dans le cadre de l’initiative: « Parlons justice énergétique avec les communautés ».Ceci, dans le cadre de l’initiative « Parlons justice énergétique avec les communautés », AJE – Action pour la Justice Environnementale en partenariat avec la Fondation Heinrich Böll et le CEDAF de Fatick.
Un accès encore inégal à l’énergie
Bien que le taux d’accès à l’électricité avoisine 70 % au niveau national, de fortes inégalités persistent entre les zones urbaines et rurales. À Fatick, en particulier dans les zones périphériques, les populations font face à une précarité énergétique aiguë : dépendance au bois de chauffe, coût élevé des sources alternatives, manque d’éclairage public, ou encore faible accès à l’information sur les énergies renouvelables.
Cette situation affecte directement les conditions de vie des ménages et freine le développement local. Les femmes et les jeunes, souvent en première ligne des activités économiques et domestiques, en sont les principales victimes.
Enjeux de la transition énergétique
Mme BENGELOUNE Ngara Diouf, présidente de l’ONG Femmes, Enfance et Environnement (FEE), a salué l’organisation de cet atelier, en partenariat avec l’ONG AGIE, membre de l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE) au Sénégal.
« Nous avons été associés à ce projet pour présenter les enjeux de la transition énergétique, les questions de justice et d’équité, ainsi que les risques pour les communautés locales », a-t-elle expliqué. « L’objectif est de faire comprendre que l’énergie n’est pas un luxe, mais un droit. »
Mme Diouf a évoqué le projet GTA (Grand Tortue Ahmeyim) axé sur le gaz naturel, ainsi que le programme JETP-I (Just Energy Transition Partnership Initiative), récemment contracté par l’État du Sénégal. Elle a insisté sur la nécessité de rendre ces informations accessibles aux citoyens pour qu’ils puissent exercer un contrôle citoyen sur les politiques énergétiques.
Donner la parole aux communautés
De son côté, Adja Natta GUEYE, chargée des programmes à l’ONG Action pour la Justice Environnementale (AJE), a souligné l’importance de l’implication des communautés dans les processus décisionnels.
«Aujourd’hui, le constat est que les communautés ne participent pas suffisamment aux décisions qui les concernent. Confrontées qu’elles sont à l’accès à l’information qui constitue l’un des principaux obstacles à une justice énergétique réelle », a-t-elle déclaré. Selon Mme GAYE, « le coût élevé de l’énergie, la non-implication des populations dans les projets, et le manque de transparence dans les partenariats énergétiques (comme le JETP-I) freinent l’autonomisation énergétique des communautés ».
Au moment où, il est indiqué que l’accès équitable, abordable et durable à l’énergie demeure un défi majeur au Sénégal. Car, avec un taux d’accès à l’électricité qui avoisine 70 % à l’échelle nationale, de fortes disparités subsistent entre zones urbaines et rurales.
Dans la région de Fatick, et plus particulièrement dans les zones périphériques, les populations sont confrontées à une précarité énergétique persistante.
Plusieurs intervenants sont revenus sur ces problématiques lors des débats qui ont suivi les différentes présentations. Ils ont évoqué la dépendance massive au bois de chauffe pour la cuisson, des difficultés d’approvisionnement en électricité pour les petites unités économiques locales, le coût élevé des sources alternatives d’énergie, le manque d’éclairage public et une faible diffusion d’informations sur les opportunités offertes par les énergies renouvelables.
Autant de contraintes qui affectent directement les conditions de vie des ménages et compromettent la productivité locale tout en accentuant les inégalités sociales. Les femmes et les jeunes, souvent au cœur des activités domestiques et économiques, en sont les premières victimes. À cela s’ajoute un déficit d’information et de sensibilisation sur les enjeux de la transition énergétique et sur les impacts sociaux et environnementaux liés à l’exploitation des ressources naturelles.
Au début de ce projet, la commune de Bargny a bénéficié d’activités de formation et de sensibilisation sur la justice énergétique et les enjeux liés à l’exploitation des hydrocarbures. Une première expérience qui a démontré l’importance de renforcer les capacités des communautés et des acteurs relais, afin de stimuler un débat inclusif et d’informer la population sur ses droits énergétiques et environnementaux.
Un plan de plaidoyer en préparation
Aujourd’hui, l’initiative se poursuit dans la région de Fatick, où la précarité énergétique reste prononcée, mais où les dynamiques communautaires offrent une opportunité de mobilisation forte. À l’issue de l’atelier, les organisateurs ont annoncé une tournée dans les 13 quartiers de la commune de Fatick afin de recueillir les perceptions et besoins des citoyens en matière d’énergie. Ces contributions serviront à élaborer un plan de plaidoyer participatif, qui sera soumis aux autorités compétentes que sont : la Senelec, l’Agence nationale pour l’électrification rurale (ANER), le ministère de l’Énergie et collectivités territoriales, entre autres…
Ce document visera à exprimer les attentes des communautés en termes d’autonomie énergétique, d’équité tarifaire et de justice environnementale. Il sera co-construit avec les habitants et porté par les organisations partenaires, avec le soutien de la Fondation N’Bushpole.
Trois piliers pour une transition juste
La rencontre a mis en lumière le rôle fondamental de trois catégories d’acteurs dans le processus de justice énergétique dont: Les journalistes, vecteurs d’information et de conscientisation, les Organisations de la Société Civile (OSC), les relais de proximité des revendications communautaires, les services techniques, garants de la mise en œuvre concrète des politiques publiques, entre autres.
Donc, dans un contexte où la transition énergétique s’accélère au Sénégal, cet atelier de Fatick marque une étape clé vers une meilleure appropriation des enjeux énergétiques par les citoyens. L’initiative appelle à une gouvernance plus inclusive, transparente et équitable dans la gestion des ressources et les projets énergétiques.
Par Mohamadou SAGNE



