L’organisation de la Coupe d’Afrique des Nations par le Maroc s’inscrit au cœur d’une stratégie géopolitique sophistiquée, fondée sur la mobilisation du sport comme outil de soft power, de consolidation d’alliances africaines et d’affirmation d’un leadership continental. Le Royaume transforme ainsi un événement sportif en un levier multidimensionnel de rayonnement, combinant enjeux diplomatiques, économiques et sécuritaires.
Diplomatie sportive comme outil de soft power structuré
Depuis le retour du Maroc au sein de l’Union africaine en 2017, Rabat a intensifié son empreinte diplomatique en Afrique subsaharienne. La politique sportive y occupe une place centrale.
Le pays a adopté une approche structurée reposant sur trois piliers :
Infrastructure et capacité organisationnelle
Le Maroc dispose aujourd’hui de l’un des écosystèmes sportifs les plus performants d’Afrique : stades homologués, centres de formation, réseau de transport modernisé, capacité hôtelière renforcée. Ces infrastructures créent un avantage comparatif décisif pour accueillir des compétitions internationales et servir de hub sportif continental.
Institutionnalisation de la coopération sportive
Le Royaume multiplie les partenariats bilatéraux dans le domaine du football (accords fédéraux, stages, formations CAF). Cette diplomatie sportive contribue à créer des réseaux d’influence dans les fédérations africaines et au sein de la CAF.
Narratif stratégique
Le discours marocain articule sport, développement et africanité. Il positionne le Maroc comme un acteur qui investit massivement dans le progrès du football africain, renforçant ainsi sa légitimité pour orienter les décisions continentales.
La CAN comme plateforme géopolitique et instrument d’influence
L’organisation de la CAN confère au Maroc plusieurs leviers géopolitiques: Renforcement du leadership continental
La CAN devient un outil de légitimation du rôle du Maroc au sein de la gouvernance du football africain. L’événement permet au Royaume de démontrer sa capacité à garantir sécurité, logistique et stabilité politique — des critères majeurs pour la CAF et les bailleurs internationaux.
Ce positionnement renforce son poids dans les arbitrages continentaux, qu’ils soient sportifs ou politiques.
Consolidation d’un réseau d’alliances
En accueillant les délégations de dizaines d’États africains, Rabat crée un environnement propice à la diplomatie discrète: négociations bilatérales, renforcement de relations stratégiques, élargissement de la sphère d’influence vers des pays-clés d’Afrique de l’Ouest et Centrale.
Le sport devient ainsi un espace de coopération où se structurent des alliances durables.
Projection internationale et sécurisation de la candidature mondiale
La CAN sert également de répétition générale en vue de la Coupe du Monde 2030, dont le Maroc est coorganisateur.
L’enjeu est double: démontrer des standards d’organisation équivalents à ceux attendus par la FIFA, consolider le positionnement du Maroc comme puissance montante du sport mondial.
Enjeux économiques et sécuritaires : au-delà du sport
Hub économique régional : L’événement se veut un catalyseur d’investissements, principalement dans le tourisme sportif, les infrastructures, les PME locales, les services numériques et médiatiques.
La CAN s’insère dans la stratégie marocaine de diversification économique et de promotion du pays comme plateforme régionale entre Afrique, Europe et Moyen-Orient.
Sécurité et stabilité régionale
La réussite d’un événement de masse constitue un argument majeur pour asseoir la crédibilité du Maroc dans la gestion de la sécurité des grands rassemblements.
Ce savoir-faire contribue à renforcer la position du Royaume comme partenaire fiable dans les questions régionales (immigration, lutte antiterroriste, coopération sécuritaire).
Vers une hégémonie douce en Afrique ?
La CAN devient, pour le Maroc, un instrument d’hégémonie douce, combinant influence culturelle (football), influence institutionnelle (CAF, fédérations), influence économique (investissements régionaux) et influence politique (alliances bilatérales renforcées).
Cette stratégie s’inscrit dans une vision plus large : repositionner le Maroc comme acteur central du système africain d’ici 2030.
Mamadou Djité, Directeur Cams



