64ème ANNIVERSAIRE DE L’UPF-SENEGAL
Invité à introduire le thème « Le sport, outil de transformation économique et de promotion sociale inclusive » pour les 64 ans de l’UPF au Sénégal, l’Inspecteur Moussé Dior Diop, coordonnateur de l’IFM-Sports, a livré une plaidoirie pour une économie du sport structurée, inclusive et créatrice de richesses.
« Les meilleures chaussures sont sport, les meilleures voitures sont sport, les meilleurs vêtements sont sport. Le sport cultive la performance à tous les niveaux. » C’est par cette formule que Moussé Dior Diop, Inspecteur de l’Éducation populaire, de la Jeunesse et des Sports et coordonnateur de l’Institut de Formation aux Métiers des Sports (IFM-Sports), a entamé sa communication ce 17 octobre 2026 à la Maison de la Presse, à l’occasion du 64e anniversaire de l’Union de la Presse Francophone au Sénégal.
Devant les journalistes, l’expert en planification des politiques publiques a défendu une thèse centrale : le sport ne doit plus être perçu comme un simple loisir, mais comme un enjeu économique et social majeur.
Un thème qu’il juge d’une brûlante actualité, au cœur de l’Agenda National de Transformation « Sénégal 2050 », qui consacre le sport comme levier de développement, d’innovation, d’inclusion, de création d’emplois et de valorisation du capital humain.
Le Sénégal, un cas d’école
Pour Moussé Dior Diop, le potentiel sénégalais est immense et doit être exploité comme un segment du marché national. Il rappelle les chiffres : 75% de la population a moins de 35 ans, 18 millions d’habitants, 603 collectivités territoriales, 14 958 villages, 65 organismes nationaux de sport (48 fédérations, 11 CNP, 6 groupements) et plus de 9000 ASC. Autant de hubs potentiels pour produire des biens et services sportifs et densifier le tissu des PME/PMI.
Pourtant, le poids économique reste faible : 1 à 2% du PIB dans les pays développés, seulement 0,5% en Afrique. Au Sénégal, les ménages ne consacrent que 0,6% de leurs dépenses aux loisirs et spectacles selon ESAM, et la Ligue Sénégalaise de Football Professionnel ne capte que 0,3% de son potentiel de revenus de propriété intellectuelle, tandis que 90% des produits dérivés vendus localement sont de la contrefaçon.
Transformation économique : 7 conditions à remplir
Selon l’expert, la transformation économique par le sport suppose de passer d’activités à faible productivité à des activités à forte valeur ajoutée (professionnalisation, grands événements, innovation).Pour y parvenir, il décline sept conditions :1. Un cadre juridique approprié : Le nouveau Code du Sport introduit le statut de société sportive (art.21), les ligues professionnelles, l’obligation d’autorisation préalable pour les centres de formation (art.23) et confie les contentieux au Tribunal de Commerce. Il est complété par le nouveau Code du travail et Code de la sécurité sociale.2. Une gouvernance productrice de confiance : Avec la création de la Commission nationale du sport de haut niveau (CNSHN), l’agrément, la délégation de pouvoir, les conventions d’objectifs et les procédures alternatives de résolution des conflits via le CNOSS. Transparence financière et éthique (art.9 et 58).3. Des ressources humaines compétentes : Face à un chômage de 20,3% (ANSD 2024) et une offre de formation jugée très insuffisante, l’expert annonce une avancée : pour la première fois, trois BTS d’État sont validés cette année à l’initiative de l’IFM-Sports : BTS Marketing du Sport, BTS Management du Sport et BTS Technicien supérieur formateur en Sport.4. Des financements innovants: Au-delà du financement public, il propose la patrimonialisation des clubs : « Une société sportive, un titre foncier de 50 ha » grâce aux collectivités territoriales, pour servir de garantie bancaire et assurer l’indépendance financière.
Il cite aussi le PPP, les assureurs, les fonds souverains et l’entrepreneuriat des anciens sportifs comme Sadio Mané.5. Produire et vendre des biens conformes : Investir dans toute la chaîne de valeur et transformer les stades en source de profits directs et indirects.6. Développer l’entrepreneuriat sportif : L’article 21 du Code ouvre la voie à un statut particulier pour les sociétés sportives. Des segments porteurs existent : construction d’infrastructures, organisation d’événements, marketing, sécurité (stadiers). L’IFM-Sports enseigne d’ailleurs un module « Inventer et grandir avec son entreprise dans le sport ».7. Le rôle de la presse : L’économie du sport est en gestation et méconnue du patronat et des assureurs. Les médias doivent devenir des « acteurs plénipotentiaires » et porter un plaidoyer fondé sur la R&D.
Promotion sociale inclusive: démocratiser et corriger
Seconde partie de sa communication : l’inclusion. Rappelant l’article 3 du Code du Sport qui fait du sport une mission de service public, il pose trois conditions :1. Démocratiser la pratique : Pratiquer le sport de son choix grâce au programme national d’Infrastructures Sportives de Proximité (ISP) multi- disciplinaires (basket, volley, hand, baseball 5) et garantir l’accessibilité en levant les barrières physiques, financières et culturelles, notamment pour les personnes vivant avec un handicap.2. Garantir l’accès équitable aux richesses : Le sport est à 99% informel. Beaucoup de jeunes se forment pour émigrer. Il faut corriger les dysfonctionnements qui excluent les plus faibles.
Sur la question des femmes, l’expert est tranchant. Citant les deux ministres des Sports, Khady Diène Gaye et Djirèye Clotilde Coly, de même que trois présidentes de fédérations (Awa Nar Fall – Roller, Albertine Goncalves – Gymnastique, Cécile Faye – Escrime), il explique cette faible présence par des stéréotypes (« le sport fait perdre la féminité ») et le contrôle social du corps féminin.
Il propose trois mesures : imposer la parité homme/femme dans les organisations sportives en élargissant la loi n°2010-11 du 28 mai 2010, mettre en œuvre des stratégies de formation des femmes, et lutter contre les propos sexistes.3. Lutter contre les dérives : Violence, corruption, dopage, racisme. Le Code du Sport prévoit des sanctions exemplaires à mettre en perspective avec le Code pénal. « Parmi les meilleurs produits, sinon le meilleur produit d’exportation du Sénégal, il y a le sport », a conclu Moussé Dior Diop.
Il recommande : d’étendre la loi sur la parité aux organisations sportives, d’étendre la loi PPP de 2021 aux infrastructures sportives, de réaliser des études sur les besoins en ressources humaines, d’exploiter les ISP avec les 603 collectivités comme lieux de vie, de développer le « country branding » et la diplomatie sportive, et de faire du sport-santé une stratégie majeure pour capter les flux financiers de la santé.
Synthèse: Cheikh Seck NDONG




