Le Parti Socialiste monte au créneau. Dans une note politique au ton très critique, Abdoulaye Wilane, porte-parole du PS, démonte la communication du ministre de l’Économie, des Finances et du Plan, Cheikh Diba, sur la situation financière du pays.
Pour lui, les annonces du gouvernement ne suffisent pas. « La communication ne peut jamais se substituer à la démonstration », assène-t-il, réclamant rigueur, transparence et précision sur la dette, le déficit et les dépenses.
«Un accord technique n’est pas 2,2 milliards disponibles»
Premier point de friction : l’accord conclu avec le FMI pour 2,2 milliards de dollars sur 3 ans. Abdoulaye Wilane rappelle que cet accord au niveau des services n’est pas un décaissement. « Les procédures d’approbation doivent encore être franchies et certaines conditions restent à satisfaire ». Il invite le gouvernement à faire la distinction entre « ce qui est acquis, ce qui est négocié, ce qui est espéré et ce qui reste à démontrer ».
Le PTDS : Wilane veut le contenu, pas l’acronyme
Le porte-parole socialiste s’attaque aussi au Plan de Traitement de la Dette du Sénégal (PTDS). S’il reconnaît la nécessité d’améliorer le profil de la dette, il exige des détails.« Reprofilage, rééchelonnement, échange de titres ou restructuration ? Quels créanciers ? Quelles maturités ? Quelles contreparties ? » s’interroge-t-il.
« Les Sénégalais ont besoin du contenu du plan, pas seulement de son acronyme », martèle-t-il.
Les 300 milliards pour les entreprises : « Sont-ils sécurisés ? »Autre zone d’ombre : l’annonce de 300 milliards de FCFA pour payer les créances de l’État aux entreprises. Wilane souhaite que les entreprises soient payées, mais demande si cette enveloppe est « déjà disponible et sécurisée » ou si elle dépend encore de financements conditionnés. Une question cruciale pour la trésorerie de l’État et des banques.
Déficit, dette, social: l’équation jugée incohérente
Le PS pointe aussi des incohérences dans les engagements : réduction du déficit, renforcement de la protection sociale, maintien des investissements et paiement des entreprises en même temps.
Abdoulaye Wilane réclame la démonstration : « économies prévues, recettes supplémentaires, hypothèses de croissance, impact réel sur le déficit et la dette». Il s’interroge aussi sur le doublement des bourses de sécurité familiale annoncé à 140 milliards en 2027. Mesure « légitime » selon lui, mais qui doit avoir « un financement clairement identifié».
Subventions énergétiques : réclamer la méthodologie
Sur les subventions, le PS ne rejette pas le principe d’un meilleur ciblage. Mais il exige la méthodologie derrière le chiffre de « 65% des subventions qui bénéficient aux 20% les plus aisés ». Même exigence sur l’annonce d’une baisse du coût de l’énergie de 30% : « trajectoire précise, calendrier et mécanismes de protection » sont réclamés.
Le coût de l’emprunt, « le véritable test »
La critique la plus sévère porte sur le financement. « La vraie question est : à quel prix le Sénégal peut-il encore emprunter ? » Wilane rappelle la dégradation de la note souveraine par Moody’s, passée de Caa1 à Caa2 perspective négative, et les taux proches de 8% lors de la dernière adjudication du 28 août. «Conserver l’accès au marché ne signifie pas nécessairement pouvoir se financer dans de bonnes conditions».
« La situation est trop sérieuse pour les effets d’annonce »
En conclusion, Abdoulaye Wilane durcit le ton : il n’attend pas du ministre qu’il rassure par « la multiplication des annonces » mais par « la maîtrise de son dossier ». «Lorsqu’un ministre des Finances manque de précision, ce n’est pas seulement sa communication qui s’affaiblit. C’est la crédibilité financière de l’État qui est engagée », avertit le porte-parole du PS.
Une sortie qui met le gouvernement face à une exigence : au-delà des intentions, démontrer chiffres à l’appui que l’équation financière tient.
Ch. Seck NDONG (avec En Relief)



