ÉCONOMIE / FINANCES PUBLIQUES
Le Sénégal tourne la page. Après deux années de bras de fer et de suspension du précédent programme, Dakar et le Fonds monétaire international ont conclu un accord au niveau des services pour un nouveau programme de financement de 2,2 milliards de dollars sur 36 mois, soit environ 1 240 milliards de FCFA.
L’annonce intervient à l’issue de la mission du FMI conduite à Dakar du 19 août au 1er septembre 2026. Une bouffée d’oxygène pour les finances publiques et surtout, un signal fort du retour progressif de la confiance des partenaires internationaux.
La fin d’une longue période de tension
Le nouvel accord doit couvrir la période 2026-2029. Il marque le retour du Sénégal vers les mécanismes classiques de financement international après la suspension du précédent programme.
Le FMI précise toutefois que l’accord reste soumis à l’approbation de sa direction et de son Conseil d’administration, ainsi qu’à la mise en œuvre de mesures correctrices et à l’obtention des assurances de financement nécessaires auprès des autres partenaires du Sénégal.
Le retour de la confiance et ses effets attendus
Au-delà du montant, c’est le symbole qui compte. La reprise de la coopération avec le FMI devrait rassurer les partenaires techniques et financiers et faciliter la mobilisation de nouveaux financements auprès de la Banque mondiale, de la Banque africaine de développement et d’autres bailleurs.
Pour Cheikh Diba, ministre de l’Économie, des Finances et du Plan, cette nouvelle étape ouvre une « nouvelle dynamique » pour le redressement, la relance et le développement du pays. L’objectif du gouvernement : restaurer les équilibres budgétaires, améliorer le profil de la dette et retrouver des marges de manœuvre pour financer les priorités nationales.
Les contreparties : discipline et réformes
L’argent du FMI ne sera pas sans conditions. Le nouveau programme repose sur :Une discipline budgétaire renforcée ; une meilleure mobilisation des recettes intérieures ; une rationalisation des dépenses publiques ; une réforme du système de subventions énergétiques ; un traitement de la dette publique via le nouveau Plan de Traitement de la Dette du Sénégal (PTDS).
Le gouvernement annonce aussi un ciblage plus précis des aides publiques afin de mieux protéger les ménages les plus vulnérables.300 milliards pour le secteur privé et le social. Deux mesures fortes ont été annoncées pour soutenir l’économie réelle : Le secteur privé; une enveloppe de 300 milliards de FCFA est prévue d’ici à la fin de l’année pour apurer les créances de l’État envers les entreprises.
Objectif : améliorer la trésorerie, préserver les emplois et relancer l’investissement.
Le social : Le paiement des bourses de sécurité familiale est annoncé avant la fin septembre. À partir de 2027, leur enveloppe devrait doubler, passant de 70 à 140 milliards de FCFA, avec un nombre de bénéficiaires qui devrait dépasser le million.
Un défi immense sur la dette
Le défi reste de taille. Selon le gouvernement, la dette de l’administration centrale représentait 119% du PIB à fin 2024, hors travaux de rebasage du PIB. Le service des intérêts absorbe par ailleurs une part considérable des recettes publiques.
Le PTDS doit précisément permettre de réduire cette pression et de restaurer la capacité de l’État à investir.
Une nouvelle équation pour Dakar
Le Sénégal revient donc dans le giron du FMI avec une équation nouvelle : assainir sans étouffer, réformer sans fragiliser les plus vulnérables et réduire la dette tout en maintenant l’investissement.
Après la crise de confiance, Dakar veut reconquérir sa crédibilité financière. L’accord de 2,2 milliards de dollars ne constitue pas seulement une ligne de financement : il peut devenir le point de départ d’une nouvelle séquence économique pour le Sénégal.
Par Ch. Seck NDONG



