Le monde traverse une phase de recomposition stratégique sans précédent. Les équilibres hérités de l’après-Seconde Guerre mondiale sont contestés, les institutions multilatérales sont fragilisées et les crises — sécuritaires, climatiques, alimentaires et financières — frappent d’abord les pays du Sud.
Dans ce contexte, la question n’est pas simplement de savoir qui dirigera l’Organisation des Nations unies. La véritable question est : quelle voix portera les préoccupations du Sud global au sommet du système international ?
La candidature de Macky Sall au poste de Secrétaire général de l’ONU constitue, à cet égard, une opportunité historique pour l’Afrique, pour le Sénégal et pour l’ensemble des pays en développement.
L’Afrique face au paradoxe de la représentation
L’Afrique représente plus d’un milliard d’habitants. Elle est au cœur des enjeux contemporains : transition démographique, minerais stratégiques, lutte contre le terrorisme, adaptation climatique. Pourtant, elle demeure structurellement marginalisée dans la gouvernance mondiale, notamment au Conseil de sécurité où elle ne dispose d’aucun siège permanent.
Le combat pour une réforme du Conseil de sécurité est légitime et nécessaire. Mais il doit s’accompagner d’une stratégie pragmatique : occuper les espaces de décision existants lorsqu’ils se présentent.
Soutenir un candidat africain au Secrétariat général, c’est refuser la posture d’attente. C’est affirmer que l’Afrique ne revendique pas seulement une place ; elle est prête à exercer des responsabilités globales.
Une candidature qui dépasse les clivages internes
Au Sénégal, le débat politique est normal et sain. Mais l’enjeu ici dépasse les alternances partisanes. Lorsqu’un ancien chef d’État est en position de briguer la plus haute fonction administrative et diplomatique du système multilatéral, la question devient nationale et stratégique.
Le Sénégal a construit, depuis l’indépendance, une réputation de stabilité institutionnelle et d’engagement diplomatique constant en faveur de la paix. Porter un Sénégalais à la tête de l’ONU prolongerait cette tradition et renforcerait l’influence du pays dans les grandes négociations internationales.
Il ne s’agit pas de nier les divergences internes ; il s’agit de reconnaître que certaines batailles relèvent de l’intérêt supérieur de la Nation.
Un signal fort pour le Sud global
Les pays en développement partagent des défis structurels: endettement croissant, vulnérabilité climatique, dépendance aux marchés extérieurs, pressions sécuritaires.
Un Secrétaire général issu du Sud apporterait une sensibilité particulière à ces réalités. Il pourrait contribuer à rééquilibrer les priorités du multilatéralisme vers davantage de justice économique, de financement climatique équitable et de réforme des mécanismes de gouvernance mondiale.
Il ne s’agit pas d’opposer Nord et Sud, mais de restaurer un équilibre.
Renforcer la diplomatie sénégalaise
Soutenir cette candidature, c’est aussi investir dans la diplomatie sénégalaise.
La présence d’un Sénégalais à la tête de l’ONU renforcerait: la crédibilité internationale du pays, son attractivité diplomatique et économique, son rôle de médiateur régional, son capital symbolique en Afrique et au-delà.
Dans un monde compétitif, l’influence est une ressource stratégique. Le Sénégal ne peut se permettre de rester spectateur lorsque l’histoire lui tend la main.
Une responsabilité collective
L’Afrique réclame depuis des décennies une réforme de la gouvernance mondiale. Mais la crédibilité d’une revendication se mesure aussi à la capacité à soutenir ses propres talents lorsque l’opportunité se présente.
La candidature de Macky Sall n’est pas un aboutissement ; elle est un point d’appui.
Un point d’appui pour faire entendre la voix du continent.
Un point d’appui pour renforcer le rôle du Sénégal dans le concert des Nations.
Un point d’appui pour promouvoir un multilatéralisme plus inclusif et plus équilibré.
Au-delà des clivages politiques, l’heure est à la lucidité stratégique.
L’Afrique ne doit pas seulement demander une place dans la gouvernance mondiale ; elle doit la prendre lorsqu’elle se présente.
Et cette candidature en est une.
Makhète DJITE



