vendredi, mars 6, 2026
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Plan de redressement: un plan d’asphyxie nationale, de punition collective- Par Mamadou DJIGO

IL NE TAXE PAS LES ENTREPRISES, IL FAIT PAYER LES POPULATIONS DÉJÀ AFFAMÉES

Sous prétexte de redresser l’économie, Ousmane Sonko applique une politique de taxation aveugle qui frappe non pas les grandes fortunes ni les multinationales, mais directement les populations déjà épuisées par une gouvernance hasardeuse. Au lieu d’encourager la production, l’innovation, l’investissement et l’emploi, le régime choisit la facilité : faire payer les plus faibles, ceux qui n’ont ni lobbys, ni relais, ni filets sociaux. En surtaxant les opérateurs économiques, les entreprises formelles, les jeux, les services de base comme Canal+, les denrées alimentaires, ou même les transferts, le gouvernement ne taxe pas les entreprises : il taxe les citoyens.

DES TAXES DÉGUISÉES QUI SAIGNENT LES MÉNAGES (DES ADOU-CALPÉS)

Sous le vernis d’un discours pseudo-souverainiste, le gouvernement Sonko a choisi la voie la plus facile et la plus injuste : faire payer la facture économique aux consommateurs. En surtaxant les opérateurs téléphoniques, les chaînes de télévision, les entreprises de services et les sociétés agroalimentaires, il donne l’illusion de s’en prendre aux puissants. Mais dans la réalité, ce sont les populations les plus vulnérables qui paient l’addition. Aucune entreprise ne supporte une taxe sans la répercuter sur ses prix. C’est une règle élémentaire d’économie. Chaque hausse fiscale appliquée à un fournisseur devient une charge supplémentaire pour le client. Résultat : les prix grimpent, les factures s’alourdissent, et les ménages déjà étouffés par l’inflation sombrent davantage dans la précarité. Prenons l’exemple criant de Canal+, compris par tous. Ce service, qui représentait pour beaucoup de foyers sénégalais le seul accès au divertissement, à l’information et aux programmes éducatifs, a vu ses tarifs exploser à cause d’une nouvelle taxe imposée par l’État. Le gouvernement savait très bien que cette taxe ne serait pas absorbée par l’entreprise, mais transférée intégralement aux abonnés. Résultat : des centaines de milliers de familles doivent désormais faire un choix cruel : se priver d’un moment de détente, d’un dessin animé pour les enfants ou d’un match pour les jeunes, ou sacrifier un repas, une dépense de santé, ou un produit de première nécessité. Ce n’est plus seulement une question de loisir, c’est devenu un marqueur de l’injustice sociale que le régime a imposée. Et le cas Canal+ n’est qu’un symbole parmi d’autres. Les opérateurs téléphoniques augmentent leurs tarifs, les prix du riz, du pain, du sucre ou du lait montent discrètement. Tout augmente, sauf le pouvoir d’achat. Et pendant ce temps, l’État persiste à parler de souveraineté économique, tout en étranglant les seules forces vives du pays : les consommateurs, les familles, les travailleurs.

UNE POLITIQUE DESTRUCTRICE POUR L’ÉCONOMIE RÉELLE

Ce qui se passe actuellement au Sénégal n’est pas un simple ralentissement conjoncturel : c’est un effondrement volontaire de l’économie réelle, orchestré par une idéologie de la haine du secteur privé. Le gouvernement, en prétendant vouloir « redresser » le pays, détruit les fondations mêmes sur lesquelles repose la croissance : l’investissement, la production, la confiance des acteurs économiques.

Le secteur du Bâtiment et des Travaux Publics (BTP), qui est historiquement l’un des principaux moteurs de l’économie sénégalaise, est aujourd’hui à l’agonie. Des milliers de chantiers suspendus, des promoteurs immobiliers étranglés, des PME en faillite, des artisans ruinés, des jeunes maçons, menuisiers, soudeurs, électriciens jetés au chômage sans aucune mesure d’accompagnement. Et cela, uniquement parce que le régime a choisi de punir les « riches » et de criminaliser le succès, au lieu de réguler intelligemment. La conséquence, c’est que des quartiers entiers laissés inachevés, une hausse des loyers par raréfaction de l’offre, un chômage qui explose chez les ouvriers et techniciens du bâtiment, et un effet domino catastrophique sur tous les secteurs en aval : cimenteries, transporteurs, quincailleries, fournisseurs d’équipements, etc.

Mais la logique punitive ne s’arrête pas là. Les hommes d’affaires sont pourchassés, humiliés publiquement, incarcérés sans procès équitable, dans une atmosphère de règlement de comptes politique. On ne distingue plus l’État de l’arbitraire. La justice est instrumentalisée pour intimider, briser, neutraliser. Toute réussite est désormais suspecte. Tout entrepreneur devient un potentiel « ennemi de la révolution ». Dans ce climat délétère, quel investisseur ; sénégalais ou étranger oserait encore injecter son argent dans le pays ? Qui accepterait de risquer ses capitaux dans un environnement où la prospérité est un délit, où la réussite attire la prison, où l’État ne garantit plus la sécurité juridique ?

En sabotant ainsi son tissu économique, le régime PASTEF ne redresse rien : il précipite le pays vers une récession profonde, une fuite des capitaux, une démobilisation des forces productives, et une dépendance accrue aux aides internationales. Ironie du sort pour un pouvoir qui prétendait vouloir la souveraineté !

UN PLAN SANS VISION STRATÉGIQUE, SANS PERSPECTIVE D’AVENIR, SANS CHIFFRAGE RIGOUREUX, SANS OBJECTIF DÉFINI

Le « plan de redressement » présenté par Ousmane Sonko avec emphase et effets de manche n’a, en réalité, rien d’un plan stratégique. Il ne redresse rien. Il ne réforme rien. Il ne prépare aucun avenir. Ce n’est ni une politique de transformation, ni un cadre de développement, ni même une tentative de reconstruction. C’est un simple exercice de matraquage fiscal, maquillé sous des discours populistes pour tenter de masquer un vide abyssal de vision stratégique. Aucune ambition industrielle. Aucun projet structurant. Aucun horizon clair. Ce plan manque cruellement de perspective d’avenir, à court, moyen ou long terme. On aurait pu s’attendre, dans un contexte aussi difficile, à un grand plan de mobilisation des ressources productives, à une stratégie d’industrialisation progressive, à un pacte avec les territoires, les entrepreneurs, les jeunes et les agriculteurs. Mais non. Ce que le pouvoir a choisi de mettre en œuvre, ce sont des taxes, encore des taxes, toujours des taxes. Le pire, c’est que ces prélèvements ne reposent sur aucun chiffrage rigoureux. Il n’existe aucun document public précisant les projections budgétaires, les impacts attendus, les bénéfices escomptés ni les risques économiques. Pas de cadre macroéconomique crédible. Pas d’analyse coûts-bénéfices. Rien qui permette à un expert, un investisseur ou un citoyen de juger sérieusement de la viabilité de ce plan. Quant à l’objectif final, il demeure flou, incertain, et non défini. Veut-on relancer la croissance ? Réduire la dette ? Réindustrialiser ? Réduire la pauvreté ? Aucun indicateur n’est fixé, aucune cible n’est annoncée, aucune feuille de route n’est partagée. Le plan donne l’impression d’une improvisation politique sans finalité.

Ce plan aurait pourtant pu être une opportunité pour amorcer une réforme structurelle de l’économie nationale : moderniser la production agricole, relancer les industries locales, renforcer les chaînes de valeur, capter les flux de la diaspora, promouvoir le made in Sénégal. Il aurait pu inclure un fonds d’investissement pour les jeunes, des mesures pour formaliser le secteur informel, ou encore des partenariats public-privé pour développer des filières porteuses. Mais ce qui a été proposé, c’est au contraire un climat d’instabilité, de peur et de méfiance généralisée. Les opérateurs économiques sont sur la défensive, les investisseurs attendent ou fuient, les ménages réduisent leur consommation, et l’économie tourne au ralenti. La seule chose qui progresse, c’est la paupérisation.

En définitive, le plan de redressement de Sonko n’est qu’un plan de régression, sans vision stratégique, sans perspective d’avenir, sans chiffrage rigoureux, et sans objectif défini. Un document creux, sans imagination, sans méthode. Et donc, sans lendemain.

UN PEUPLE DÉJÀ AFFAMÉ, AUJOURD’HUI ÉTRANGLÉ

Le plus grand paradoxe de PASTEF, c’est qu’il s’est installé au pouvoir au nom du peuple, en promettant la fin des souffrances, la justice sociale, la souveraineté économique et la dignité retrouvée. Mais aujourd’hui, ce même peuple qu’il disait vouloir libérer est plus que jamais enchaîné, affamé, trahi, sacrifié sur l’autel d’une idéologie creuse et d’une gouvernance autoritaire et incohérente.

À peine quelques mois après son arrivée, la réalité est brutale : l’espoir s’est transformé en cauchemar. Les décisions économiques prises sont non seulement absurdes, mais aussi inhumaines. La flambée des prix, les coupures de financement dans les secteurs clés, les taxes à tous les étages, la paralysie du secteur privé, la destruction du BTP, l’acharnement contre les entrepreneurs… Tout cela asphyxie les familles sénégalaises, qui ne savent plus comment survivre au quotidien.

Le président de Pastef disait vouloir faire la rupture. Mais c’est une rupture avec la réalité, une rupture avec les fondamentaux de l’économie, une rupture avec le bon sens. Il fait pire que les autres, non pas parce qu’il échoue, mais parce qu’il impose volontairement une logique punitive qui frappe d’abord les plus fragiles : les femmes qui vendent au marché, les jeunes en quête d’un avenir, les familles modestes qui n’ont plus de filet social. Il disait qu’il ne ferait pas souffrir les Sénégalais.

Mais aujourd’hui, des millions de familles vivent dans la détresse, peinent à se nourrir, à se soigner, à scolariser leurs enfants. L’inflation dévore les revenus. Le chômage explose. Les projets sont à l’arrêt. La peur remplace l’espoir. Car Pastef ne taxe pas les multinationales. Il ne taxe pas les riches. Il ne taxe pas les privilèges. Il taxe les familles. Il taxe l’effort. Il taxe l’espoir. Il taxe l’avenir. Et le plus tragique, c’est qu’il le fait au nom du peuple, tout en méprisant ses souffrances réelles. Il instrumentalise la colère, mais refuse d’écouter la douleur. Il a pris le pouvoir avec des promesses de lumière, et il gouverne dans une obscurité inquiétante. Le peuple sénégalais, déjà affamé par des années de difficultés, est aujourd’hui étranglé par une gouvernance sans cœur, sans intelligence et sans courage.

POUR TERMINER

 

Les Sénégalais n’ont pas besoin d’un plan de redressement. Ils ont besoin d’un plan de survie. Dans l’état actuel des choses, parler de « redressement » est une provocation. Comment redresser un pays qu’on est en train d’écraser ? Comment prétendre sauver une économie qu’on détruit de l’intérieur, secteur après secteur, emploi après emploi, espoir après espoir ? Ce que le Sénégal réclame aujourd’hui, ce n’est pas un plan d’austérité maquillé en discours souverainiste, c’est un plan de survie pour les ménages, pour les entreprises, pour les territoires, pour la jeunesse. Il ne s’agit pas de faire payer les pauvres pour corriger les erreurs du pouvoir. Il ne s’agit pas de multiplier les taxes sur tout ce qui bouge pour compenser l’absence d’imagination économique. Il s’agit d’oxygéner le pays, de redonner confiance aux investisseurs, de remettre en marche les moteurs de production, de consommation et d’innovation. Le Sénégal a besoin d’un chemin clair. D’un projet productif, audacieux et inclusif. D’un État stratège qui soutient ses PME, qui valorise ses filières agricoles, qui investit dans la jeunesse, qui croit en l’industrie nationale, et qui respecte ceux qui créent de la valeur. Pas d’un régime qui punit les entrepreneurs, diabolise la réussite, décourage le travail et installe une économie de la peur. Le plan PASTEF est un piège. Un piège fiscal, un piège idéologique, un piège politique. Un plan de punition collective qui frappe le peuple en prétendant le défendre. Derrière les slogans creux, il n’y a ni vision, ni stratégie, ni souffle historique. Il y a juste une gestion hasardeuse, vengeresse et profondément régressive. Au lieu de redresser le Sénégal, ce plan l’enfonce dans l’appauvrissement, la tension sociale et le désespoir collectif. Il n’est pas une solution. Il est un facteur aggravant. Il est temps de tirer la sonnette d’alarme. Il est temps de dire la vérité.

Mamadou DJIGO

Ingénieur Aménageur et Développeur de Territoires

Ancien DG de l’ANAT

Membre du SEN – APR

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