samedi, mars 14, 2026
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Guerre au Moyen-Orient: l’économie sénégalaise face aux risques d’un nouveau choc pétrolier

Une escalade militaire entre Israël, les États-Unis et l’Iran pourrait avoir des répercussions économiques bien au-delà du Moyen-Orient. Pour un pays comme le Sénégal, fortement dépendant des importations énergétiques, un tel choc pourrait modifier sensiblement les équilibres macroéconomiques. L’analyse des documents budgétaires, notamment le Rapport économique et financier (REF) annexé à la Loi de finances 2026, permet d’identifier les principaux canaux de transmission.

 Risques sur l’approvisionnement énergétique et les chaînes logistiques

L’Iran occupe une position stratégique dans le système énergétique mondial. Le détroit d’Ormuz, par lequel transite près de 20 % du pétrole mondial, constitue un passage essentiel pour les exportations du Golfe.

En cas de guerre ouverte, plusieurs perturbations pourraient apparaître : hausse des primes d’assurance pour les pétroliers, perturbations logistiques et tensions sur la disponibilité des cargaisons.

Pour le Sénégal, la situation est sensible. Malgré la production du champ pétrolier Sangomar, le pays reste fortement dépendant des importations de produits pétroliers raffinés pour les transports, l’industrie et une partie de la production d’électricité.

Une perturbation majeure du commerce maritime pourrait donc provoquer des retards d’approvisionnement et une hausse des coûts logistiques, avec des effets immédiats sur les prix de l’énergie.

 Hausse du baril : inflation et ralentissement de la croissance

La Loi de finances 2026 repose sur une hypothèse de prix du pétrole autour de 64,3 dollars le baril, avec une croissance économique projetée à environ 5 %.

Un conflit majeur au Moyen-Orient pourrait faire grimper le baril au-delà de 75 ou 80 dollars. Dans les économies importatrices d’énergie, un tel choc entraîne généralement une hausse des coûts de transport et de production.

Au Sénégal, cela pourrait se traduire par :

une augmentation des coûts logistiques ;

une hausse des coûts de production des entreprises ;

un renchérissement de l’électricité et de certains biens de consommation.

Ces effets alimentent l’inflation et peuvent ralentir l’activité économique, alors même que la croissance estimée entre 3 et 5% est incapable d’absorber près de 200 000 nouveaux entrants sur le marché du travail chaque année.

 Impact budgétaire et conséquences sur les coûts de refinancement de la dette

Les subventions énergétiques constituent le principal canal de transmission vers les finances publiques.

Le scénario de base du budget 2026, présenté dans le REF, repose sur un baril autour de 64,3 dollars et prévoit environ 250 milliards FCFA de subventions énergétiques.

Dans un scénario de choc, avec un baril à 77,2 dollars, les subventions pourraient atteindre 408,4 milliards FCFA, soit un surcoût d’environ 158 milliards FCFA.

Si le baril atteignait 100 dollars, les subventions pourraient dépasser 600 milliards FCFA, soit plus du double du niveau prévu dans la loi de finances. Un tel niveau représenterait près de 1,5 % du PIB, exerçant une forte pression sur le déficit budgétaire.

Une hausse durable du prix du pétrole pourrait également compliquer la gestion de la dette publique. L’augmentation des subventions énergétiques accroît le déficit budgétaire et les besoins d’emprunt de l’État.

Dans un contexte d’incertitude internationale, les tensions géopolitiques peuvent aussi entraîner une hausse des taux d’intérêt, rendant la gestion active de la dette plus coûteuse. Les charges d’intérêts pourraient alors augmenter et réduire les marges budgétaires disponibles pour financer les investissements publics.

 Des ajustements déjà observés dans plusieurs pays

Face à la hausse des prix du pétrole, plusieurs pays ont déjà commencé à ajuster leurs prix de carburants en mars 2026.

Égypte : augmentation des prix des carburants jusqu’à 30 % le 10 mars.

– Afrique du Sud : hausse de 20 cents par litre pour l’essence et de plus de 60 cents pour le diesel.

– Nigeria : l’essence dépasse 1 000 nairas dans certaines zones malgré le statut de pays producteur.

– Somalie et Sierra Leone : fortes hausses liées aux perturbations logistiques et aux tensions sur l’approvisionnement.

Ces exemples montrent que de nombreux pays sont contraints de répercuter une partie de la hausse des prix sur les consommateurs afin de limiter le coût budgétaire des subventions énergétiques.

 Recommandations : Face à ces risques, plusieurs mesures peuvent être envisagées.

À court terme, il serait important de sécuriser l’approvisionnement énergétique, de renforcer les stocks stratégiques et, si nécessaire, de rationner temporairement la distribution de carburant à la pompe afin d’éviter la constitution de stocks spéculatifs en cas de perturbation des flux maritimes. Un réajustement progressif des prix domestiques des carburants, comme l’ont fait certains pays, pourrait également limiter l’augmentation des subventions.

À moyen et long terme, l’une des priorités consiste à accélérer la transition énergétique vers le gaz domestique dans le cadre du programme Gas-to-Power et à développer le raffinage local du pétrole produit à Sangomar. Ces orientations permettraient de réduire la dépendance aux importations de produits raffinés et de limiter la vulnérabilité du budget national aux chocs pétroliers internationaux.

Pr Amath Ndiaye

FASEG-UCAD

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