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Chute historique des cours mondiaux du riz en 2025: une opportunité à double tranchant pour le Sénégal

Le marché mondial du riz connaît en 2025 une correction d’ampleur exceptionnelle. Les prix internationaux ont chuté à des niveaux jamais atteints depuis près d’une décennie, sous l’effet combiné d’une offre surabondante et d’un ralentissement de la demande. Si cette évolution peut sembler favorable aux pays importateurs comme le Sénégal, elle comporte également des risques majeurs pour la production locale et, à terme, pour la souveraineté alimentaire nationale.

Des prix mondiaux au plus bas depuis 2017.

Selon les dernières données de la FAO, l’indice FAO All Rice Price (FARPI) a reculé de 1,5 % en novembre 2025, pour s’établir à 96,9 points. Sur un an, la baisse avoisine les 20 %, un niveau inédit depuis 2017. Sur les marchés spot, les prix du riz 5 % brisé d’origine indienne et thaïlandaise poursuivent leur repli, oscillant entre 340 et 435 dollars la tonne FOB, contre plus de 500 dollars en 2024.

Cette tendance baissière s’explique principalement par une production mondiale record. Pour la campagne 2025-2026, la FAO estime la production à 558,8 millions de tonnes, portée par des récoltes exceptionnelles en Asie. L’Inde, premier producteur mondial, a accru son offre de près de 7 millions de tonnes et prévoit des exportations avoisinant 22,5 millions de tonnes, à la suite de la levée complète des restrictions sur ses ventes à l’international. Ses stocks publics atteignent par ailleurs un niveau historique, dépassant 57 millions de tonnes début décembre 2025.

Une offre excédentaire face à une demande en retrait

Au-delà de l’Inde, la concurrence accrue des autres grands exportateurs asiatiques, notamment le Vietnam et la Thaïlande, accentue la pression sur les prix. Dans le même temps, la demande marque le pas dans plusieurs pays importateurs traditionnels, tels que la Chine et l’Indonésie.

Conséquence directe : les stocks mondiaux de riz atteignent des niveaux record, contribuant à détendre durablement le marché. À titre d’exemple, selon S&P Global Platts, les prix FOB du riz brisé indien sont tombés à 434 dollars la tonne dès janvier 2025, leur plus bas niveau depuis 19 mois.

Un soulagement pour les consommateurs, une menace pour la production locale

Pour le Sénégal, fortement dépendant des importations de riz en provenance d’Inde et d’Asie du Sud-Est, cette conjoncture mondiale offre, à première vue, une perspective favorable. La baisse des cours internationaux pourrait alléger les coûts d’approvisionnement des opérateurs et, à terme, contribuer à une détente des prix à la consommation, malgré le poids persistant des frais logistiques et de fret.

Mais cette dynamique cache un revers préoccupant. La chute des prix internationaux risque de fragiliser davantage une production locale déjà vulnérable. Il y a encore quelques semaines, près de 300 000 tonnes de riz local demeuraient invendues dans la vallée du fleuve Sénégal, faute de débouchés compétitifs face au riz importé, souvent moins cher et immédiatement disponible sur les marchés urbains.

Dans ce contexte, l’écart de compétitivité entre le riz local et le riz importé tend à se creuser. Si les prix internationaux restent durablement bas, les efforts consentis ces dernières années pour stimuler la production nationale pourraient être compromis, décourageant les producteurs et désorganisant les circuits de commercialisation locaux.

Souveraineté alimentaire : un objectif mis à l’épreuve

Si la baisse des prix mondiaux du riz peut apparaître comme une aubaine pour le pouvoir d’achat des ménages sénégalais, elle met surtout en lumière une fragilité structurelle de la politique agricole nationale. La souveraineté alimentaire, régulièrement affichée comme une priorité stratégique, se heurte aux réalités d’un marché international volatil et peu prévisible.

Le riz, pilier de la consommation nationale, illustre ce paradoxe. Malgré des politiques volontaristes visant à réduire la dépendance aux importations et à alléger la facture extérieure, la filière rizicole locale demeure fragile. Confrontés à une concurrence étrangère soudainement moins chère, les riziculteurs peinent à aligner leurs coûts de production, voient leurs débouchés se contracter et leur rentabilité s’éroder.

Trouver l’équilibre entre consommation et production

À moyen terme, le défi pour le Sénégal consiste à arbitrer entre deux impératifs contradictoires : protéger le pouvoir d’achat des ménages, pour lesquels le riz représente une part essentielle du budget alimentaire, tout en préservant une filière rizicole nationale viable, créatrice d’emplois, de valeur ajoutée et de résilience économique.

La réponse ne saurait se situer ni dans un protectionnisme rigide ni dans un laisser-faire intégral. Elle passe par la mise en place d’outils publics plus sophistiqués et réactifs : politiques d’achats et de stockage stratégiques, renforcement des capacités de transformation locale pour améliorer la qualité et la compétitivité du riz sénégalais, mécanismes de régulation capables d’amortir les chocs externes. Des droits de douane variables, des subventions ciblées et temporaires ou encore des instruments d’assurance pour les producteurs pourraient contribuer à stabiliser le marché.

Dans un environnement international marqué par les aléas climatiques, les tensions géopolitiques et les ruptures des chaînes d’approvisionnement, la souveraineté alimentaire ne peut se limiter à un slogan. Elle exige une vision cohérente, des investissements durables et des choix politiques courageux. L’épisode actuel de chute des prix du riz constitue un signal d’alerte : sans alignement clair entre les discours et les actes, l’autonomie alimentaire restera un horizon lointain. Le Sénégal se trouve aujourd’hui à la croisée des chemins, appelé à inventer un modèle conciliant résilience interne et ouverture maîtrisée sur le monde.

Par Libasse Sow, économiste

 

 

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