Palmarin Ngounoumane (Fatick): Le Delta du Saloum, classé patrimoine mondial de l’UNESCO et joyau écologique du Sénégal, a accueilli vendredi dernier un important panel consacré à la préservation de la biodiversité et à la justice climatique.
Organisée par la Fondation Rosa Luxemburg Stiftung en partenariat avec la Plateforme nationale des acteurs pour une justice climatique (PNA-JC), la rencontre s’inscrivait dans le cadre de l’École du Climat 2025 et a réuni chercheurs, responsables institutionnels, organisations communautaires et acteurs environnementaux.
L’objectif était de réfléchir ensemble à des solutions durables pour protéger un écosystème menacé par la salinisation, l’érosion, la perte d’espèces et les perspectives d’exploitation pétrolière.
Nécessité de trouver un équilibre
Les discussions ont mis en avant la nécessité de conjuguer savoirs traditionnels et solutions scientifiques pour préserver cet espace unique. Femmes transformatrices, jeunes acteurs et anciens du Delta ont partagé leurs expériences, mais aussi leurs inquiétudes face aux transformations rapides du littoral.
Pour le Dr Ibrahima Thiam, chargé de programme à la Fondation Rosa Luxemburg, le choix du Delta du Saloum ne doit rien au hasard. « Ce patrimoine mondial nous rappelle que la conservation commence par nous-mêmes. On ne peut pas parler de changement climatique sans parler de biodiversité », a-t-il souligné.
La Fondation entend, selon lui, jouer un rôle de facilitateur, en accompagnant des solutions endogènes à travers des formations, forums et plaidoyers en faveur d’une justice climatique inclusive.
Une justice climatique à trois niveaux
Le Dr Thiam a rappelé que la justice climatique s’articule à trois échelles : locale, en responsabilisant les communautés ; nationale, à travers le dialogue avec les politiques publiques ; et internationale, via le plaidoyer lors des grandes conférences mondiales, notamment les COP.
Chaque année, la Fondation soutient la participation d’acteurs communautaires à ces rencontres pour porter la voix des populations les plus vulnérables.
“Pertes et dommages” : le plaidoyer avant la COP30
Le coordonnateur de la PNA-JC, Cheikh Fadel Wade, a insisté sur l’importance de renforcer le plaidoyer autour du mécanisme des fonds pertes et dommages, destiné à compenser les impacts du changement climatique.
«L’Afrique ne contribue qu’à moins de 4 % des émissions mondiales, mais elle en subit les pires conséquences », a-t-il rappelé.
En prélude à la COP30 prévue à Belém (Brésil) le 10 novembre prochain, la délégation sénégalaise souhaite défendre les droits des communautés côtières du Delta et des îles voisines, particulièrement touchées par l’érosion, la submersion et la perte de terres.
Selon Aïssatou Diouf d’Enda Énergie, environ 250 millions de dollars devraient être mobilisés d’ici 2026 pour soutenir les populations affectées. Mais pour Cheikh Fadel Wade, un préalable s’impose selon elle, « avant de distribuer les fonds, il faut identifier qui a perdu quoi. Sans cela, la justice climatique restera un slogan. »
Entre fragilité et résilience : un avenir à reconstruire
Les échanges ont également mis en lumière les limites des politiques nationales, souvent freinées par un manque de ressources. À titre d’exemple, la construction d’un mur de protection à Rufisque, long de seulement 700 mètres, a coûté près de 4 milliards de francs CFA. Une réalité qui renforce l’appel à une coopération internationale accrue pour financer l’adaptation et renforcer la résilience des zones côtières.
Pour le Directeur des Parcs nationaux, Ibrahima Gueye, l’urgence n’est plus à démontrer : « nous avons dépassé l’étape des preuves. Les impacts du climat sur les populations sont évidents, notamment ici à Palmarin, frappé de plein fouet par l’érosion côtière depuis deux décennies », a-t-il déclaré.
Il a insisté sur la reconnaissance des savoirs endogènes, citant les travaux de la Plateforme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES) dont: « 80 % de la biodiversité mondiale est aujourd’hui préservée grâce aux savoirs traditionnels. Il est temps de les considérer comme un véritable outil scientifique dans nos stratégies locales».
Un appel collectif pour le Delta du Saloum
En conclusion, les participants ont lancé un appel à repenser la préservation du Delta du Saloum en valorisant l’héritage ancestral et en adoptant une approche multisectorielle intégrant à la fois les dimensions environnementales, sociales et économiques.
Un message fort, à l’image de la résilience des communautés locales, véritables gardiennes d’un savoir écologique ancestral.
M. SAGNE (avec En relief)



