Malgré un potentiel exceptionnel, la région peine à s’imposer comme une destination touristique de premier plan au Sénégal. En cause, le manque de vision stratégique, une coordination déficiente et un investissement limité.
Classé Réserve de biosphère par l’UNESCO et inscrit au patrimoine mondial depuis 2011, le Delta du Saloum est l’un des trésors naturels du Sénégal. Il abrite une biodiversité remarquable, des écosystèmes préservés, ainsi qu’un riche patrimoine culturel et immatériel et est même membre du Club des Plus Belles Baies du monde.
Un joyau naturel et culturel sous-exploité
Mais ce tableau idyllique contraste avec la réalité. La destination peine à émerger sur le marché touristique, à la fois national et international. Contrairement à la Petite-Côte ou à la Casamance, le Sine-Saloum souffre d’un manque de visibilité, de structuration et de stratégie marketing.
« Pourtant, tout semble réuni pour réussir, mais rien n’est fait de façon coordonnée », regrette El Hadji Baba NDAO, promoteur hôtelier à Sokone.
Une absence de vision partagée
À l’inverse, des régions comme la Casamance ont su capitaliser sur des événements structurants, comme le Festival Kom-Kom, pour construire une identité touristique forte. Ces initiatives sont souvent appuyées par des actions médiatiques, comme des éductours de presse.
Un tourisme de passage peu rentable
Le Sine-Saloum attire un tourisme de découverte, souvent éphémère, avec des visiteurs qui ne dorment pas sur place faute d’infrastructures adaptées. Le résultat est que peu de retombées économiques locales, et un affaiblissement progressif des structures existantes sont engrangés.
Ce phénomène est accentué par la prolifération des résidences secondaires, souvent informelles, échappant à la fiscalité et à la régulation. Une situation dénoncée par les acteurs traditionnels qui peinent à rester compétitifs.
«Aujourd’hui, le Sénégalais parle de résidence, pas d’hôtel. Ce glissement cache une réalité qui entre autres, une formalisation du secteur», explique un professionnel du tourisme.
Diversifier et moderniser pour se relancer
Pour inverser la tendance, plusieurs voix appellent à une diversification de l’offre touristique. À travers l’écotourisme, le tourisme culturel, solidaire et gastronomique, etc.
Ibrahima SARR, hôtelier à Palmarin, en est un exemple. Ce cadre du secteur hôtelier de Saly, a investi 600 millions FCfa dans un projet de relance locale avec le King Baobab Lodge, un écolodge quatre étoiles. Son objectif : créer jusqu’à 100 emplois locaux et positionner Palmarin comme une destination durable, accessible en 1h30 depuis l’Aeroport international Blaise Diagne (AIBD) de Diass.
Un financement structurant attendu
Un salon régional, levier stratégique
Pour construire une identité touristique forte et fédérer les initiatives, les acteurs appellent à la tenue d’un salon régional du tourisme dans le Sine-Saloum. Selon le Pr Ibrahima DIOUF, de l’Université du Sine Saloum, «ce salon permettrait de créer une vitrine régionale et de mobiliser l’écosystème touristique autour d’un objectif commun».
L’événement pourrait valoriser tous les atouts du territoire : bolongs, mangroves, villages culturels, festivals, artisanat, gastronomie, et circuits fluviaux.
Un geste présidentiel symbolique
La visite du président Bassirou Diomaye Faye et de la Première dame dans le Delta a marqué les esprits. Leur immersion dans la nature, loin des sentiers battus, a été saluée comme un signal fort de promotion du tourisme local.
Plantation de palétuviers, observation ornithologique, immersion dans les bolongs : autant de gestes simples, mais puissants, pour attirer l’attention sur une destination encore trop méconnue.
Le Sine-Saloum n’a plus à prouver, mais à convaincre
Le Sine-Saloum dispose de tous les atouts pour devenir une destination phare du Sénégal. Ce qu’il lui manque, ce n’est ni la beauté des paysages, ni l’authenticité culturelle, mais une stratégie claire, partagée, structurée et soutenue. Il est temps de passer de la parole à l’action.
Dossier réalisé par Mohamadou SAGNE

