PARTI SOCIALISTE / PROCÈS EN RÉFÉRÉ
Le procès opposant la Secrétaire générale du Parti socialiste, Aminata Mbengue Ndiaye, aux contestataires regroupés au sein de « Dundal PS » doit être tranché ce lundi 2 novembre 2026 par le juge des référés. Dans une contribution datée du 30 octobre 2026, Abdoulaye Gallo Diao, membre du Bureau politique du PS, expose la position de la direction du parti et demande au juge de tenir compte du contexte statutaire et politique de la crise.
À trois jours de la décision du juge des référés, la bataille judiciaire au sein du Parti socialiste (PS) prend une tournure politique. Dans un texte rendu public, le camp de la Secrétaire générale, Aminata Mbengue Ndiaye, présente sa lecture de l’affaire et conteste la légitimité des plaignants regroupés au sein de la structure dénommée « Dundal PS ».Selon l’auteur de la contribution, Abdoulaye Gallo Diao, membre du Bureau politique, secrétaire national adjoint chargé des TIC, cette procédure ne serait pas une simple contestation interne, mais une tentative de « remettre en cause l’autorité de la Secrétaire générale et de provoquer son départ de la direction du Parti ».1. Dundal PS, une structure parallèle contestée
Premier argument mis en avant : l’existence même de Dundal PS.
Pour le camp de la direction, cette structure fonctionne en dehors des instances régulièrement établies. Elle ne bénéficierait d’« aucune reconnaissance légale et institutionnelle au sein du Parti » et sa création serait « illégale et illégitime » au regard des statuts.
Le texte invoque deux articles :
Article 7 des Statuts : « La qualité de membre du Parti socialiste est constatée par la détention de la carte de membre. Elle est incompatible avec l’appartenance à une autre organisation politique, groupement ethnique, régional ou religieux à caractère politique. »
Article 38 des Statuts : Le PS « reconnaît des Mouvements d’initiative et d’action qui souhaitent, dans divers milieux de la société, œuvrer à ses côtés, pour relayer son projet de société. Les Mouvements d’initiative et d’action sont tenus de se conformer à la ligne directrice du Parti et de respecter les décisions de ses instances de Direction. »Pour Abdoulaye Gallo Diao, aucun responsable, « quelle que soit son ancienneté ou son influence politique », ne peut s’affranchir de ces textes.2. La légitimité d’Aminata Mbengue Ndiaye
Deuxième argument : la légitimité de la Secrétaire générale.
Après le décès d’Ousmane Tanor Dieng en 2019, Aminata Mbengue Ndiaye aurait été installée par le Bureau politique, conformément à l’article 18 du règlement intérieur, pour remplacer Ousmane Tanor Dieng jusqu’au prochain congrès ordinaire.
Le texte souligne qu’« aucun acte administratif du Parti signé par Aminata Mbengue Ndiaye ne comporte la mention Secrétaire générale par intérim ».Il rappelle également deux décisions :Le congrès extraordinaire du 27 novembre 2019, qui aurait prorogé les mandats de toutes les instances, en commençant par celui de la Secrétaire générale, jusqu’au prochain congrès ordinaire ; Le deuxième congrès extraordinaire du 26 février 2024, qui aurait renouvelé cette prorogation.
L’auteur relève, à ce propos, une contradiction : les plaignants conserveraient, selon lui, leurs propres mandats de Secrétaires généraux de coordination et de responsables au sein du MNJS, prorogés par ces mêmes congrès, tout en contestant celui d’Aminata Mbengue Ndiaye.3. La commission de relance, boycottée selon la direction
Troisième argument : les initiatives de relance engagées par la direction
Le Bureau politique aurait approuvé, le 24 mai 2025, la mise en place d’une commission spéciale de relance des activités du Parti et d’organisation du congrès extraordinaire. Une circulaire du 19 juin 2025 en aurait précisé les modalités. La commission aurait été installée le 31 août 2025 sous la coordination de Mamadou Faye et Gorgui Ciss.
Selon le texte, plusieurs responsables aujourd’hui regroupés autour de Dundal PS, dont les signataires de la plainte, ainsi que Serigne Mbaye Thiam et Alioune Ndoye, auraient boycotté ses travaux « pour des raisons de positionnement et d’égoïsme politique ».
Malgré ce boycott, la commission aurait poursuivi ses travaux pendant six mois. Ses conclusions auraient été présentées le 5 février 2026, lors de la 102e session du Secrétariat exécutif national, présidée par Aminata Mbengue Ndiaye.4.
L’Assemblée générale du 13 juin 2026 et les violences de Colobane
Quatrième élément : l’Assemblée générale du 13 juin 2026.Convoquée par la Secrétaire générale, conformément à l’article 19 du règlement intérieur, pour l’application de l’article 26 des Statuts, cette rencontre des Secrétaires généraux de coordination devait examiner les modalités d’un congrès extraordinaire.
Le texte explique que le Comité central serait « profondément paralysé depuis les violences de mars 2016 ». Plusieurs membres auraient été exclus, d’autres auraient quitté le parti entre 2016 et 2024, certains seraient décédés. Dans ce contexte, les coordinations constitueraient, selon l’auteur, « la seule voie légalement possible » pour convoquer un congrès extraordinaire.
Mais, toujours selon la contribution, la tenue de cette Assemblée générale aurait été « violemment entravée » par des membres de Dundal PS regroupés autour d’Alioune Ndoye et Serigne Mbaye Thiam, qui auraient « recruté des nervis et des gros bras » pour empêcher la rencontre.
Des camarades auraient été physiquement agressés, l’accès à Aminata Mbengue Ndiaye aurait été bloqué, et les locaux de la Maison du Parti, à Colobane, auraient été le théâtre de « scènes de violence et de vandalisme ».Face à cette situation, la Secrétaire générale aurait délocalisé la rencontre à son domicile, à Sacré-Cœur.
À l’issue de cette Assemblée générale, une résolution adoptée à l’unanimité aurait demandé l’engagement de poursuites judiciaires contre les auteurs des violences et la convocation du Bureau politique pour examiner les mesures disciplinaires à prendre contre les membres de Dundal PS impliqués.
Dès le lendemain, la Secrétaire générale aurait saisi le procureur de la République par le biais de ses avocats. L’affaire serait actuellement entre les mains de la Sûreté urbaine de Dakar.5. Un précédent judiciaire du 29 septembre 2025Cinquième argument : un précédent.
Le 29 septembre 2025, une procédure engagée par les mêmes contestataires aurait été déclarée nulle par le juge des référés « pour irrégularité de fond ».Pour le camp de la direction, cela rappelle « l’importance du respect des règles de représentation et de mandat ». Les plaignants, selon l’auteur, « ne peuvent s’arroger le droit de représenter légalement et légitimement le Parti socialiste » sans mandat régulier des instances de base. « Aucun des plaignants n’est mandaté par une instance de base ou une structure régulière du Parti », affirme-t-il.
Serigne Mbaye Thiam et le blocage de la vente des cartes
Dernier argument : le rôle de Serigne Mbaye Thiam. En 2017, Ousmane Tanor Dieng l’aurait désigné à la présidence de la commission nationale de contrôle et de suivi de la vente des cartes de membre. Or, depuis cette désignation, il n’aurait « jamais convoqué cette commission ni présenté de rapport sur ses activités ».Cette situation aurait contribué, selon le texte, au blocage de la vente des cartes et du renouvellement des instances de base, étapes indispensables à l’organisation d’un congrès ordinaire.
L’auteur y voit une contradiction: «Comment peut-on prétendre défendre le renouvellement démocratique du Parti socialiste tout en ayant contribué, pendant plusieurs années, au blocage d’un mécanisme essentiel à la préparation de son congrès ordinaire ? »
Conclusion du camp de la direction
En conclusion, Abdoulaye Gallo Diao estime que le juge des référés doit apprécier l’affaire « à la lumière de son contexte institutionnel, statutaire, réglementaire et politique ».Pour lui, la direction a pris plusieurs initiatives pour assurer la continuité du fonctionnement du parti, relancer ses activités et préparer le congrès extraordinaire et le congrès ordinaire.« Le Parti socialiste ne peut être pris en otage par des initiatives individuelles, des structures parallèles ou des ambitions personnelles. Son fonctionnement repose sur des textes, des instances et des décisions collectives qui s’imposent à tous ses membres », conclut-il.
À noter : Il s’agit d’une contribution du camp de la Secrétaire générale. Les responsables de Dundal PS n’ont pas encore réagi à ce texte. La décision du juge des référés, attendue ce lundi 2 novembre 2026, dira si ces arguments seront retenus.
Abdoulaye Gallo Diao
Membre du Bureau politique du Parti socialiste, Secrétaire national adjoint chargé des TIC

