DOSSIER
Les activités lancées à Toubacouta
Toubacouta: Le coup d’envoi du projet « Mesures de sauvegarde d’urgence des amas coquilliers du Delta du Saloum contre l’érosion côtière » a été donné samedi 29 novembre 2026 à Toubacouta, dans le département de Foundiougne.
La cérémonie officielle a été présidée par le Sous-préfet Amdy Moustapha Ba, représentant la gouverneure de Fatick, en présence du maire Seydou Diancko, du Directeur régional de l’UNESCO pour l’Afrique de l’Ouest, du Premier Vice-Recteur de l’UCAD et de plusieurs partenaires institutionnels.
Un patrimoine mondial menacé
L’autorité administrative a également rendu hommage aux communautés locales, véritables gardiennes du site. Leur savoir endogène, leur proximité avec les espaces menacés et leur engagement constant constituent, selon lui, des atouts indéniables pour la réussite de solutions durables et inclusives.
L’alerte de UNESCO sur l’avancée de la mer
Le Directeur régional de l’UNESCO pour l’Afrique de l’Ouest, Dimitri Sanga, a insisté sur l’urgence de contrer les effets visibles du changement climatique. Plusieurs îles du delta subissent déjà une avancée préoccupante de la mer, confirmée par des données scientifiques et des observations locales. Des arbres autrefois enracinés loin de l’eau se retrouvent aujourd’hui immergés, signe d’une dégradation rapide.
Financé par les fonds d’urgence de l’UNESCO, le projet prévoit de documenter précisément l’évolution de l’érosion, de co-construire des solutions avec les communautés et de concentrer les premières interventions sur deux îles particulièrement menacées. L’organisation prévoit également une mise à jour du plan global de gestion du site.
Un chantier pour la préservation du patrimoine national
Représentant le Secrétaire d’État chargé de la culture, le Directeur du Patrimoine culturel, Oumar Badiane, a salué une initiative « essentielle pour la protection d’un patrimoine exceptionnel ». Le Delta du Saloum, rappelle-t-il, abrite des amas coquilliers millénaires, des tumulus funéraires rares et un mode de vie façonné par un environnement littoral unique.
Mais ces richesses sont aujourd’hui fragilisées par la pression climatique et humaine. «Le défi de la préservation s’impose comme une priorité », a-t-il insisté, soulignant que le projet vise à renforcer les mécanismes de protection à travers des études et des actions préparatoires cruciales.
M. Badiane a également adressé ses remerciements à l’UNESCO et à son Directeur régional pour leur soutien constant, déterminant pour la mise en œuvre de ce programme stratégique.
Les autorités locales saluent une initiative salvatrice
Le maire de Toubacouta, Seydou Diancko, ainsi que le représentant du Président du Conseil départemental, Issa Bâ, se sont réjouis du lancement du projet, espérant qu’il permettra de restaurer et de préserver l’île de Ndiorom Boumag, véritable sanctuaire d’amas coquilliers mais aujourd’hui menacée par l’avancée de la mer. Ils ont également salué l’engagement de l’UNESCO, rappelant que l’organisation joue un rôle clé dans la promotion de la coopération internationale en matière de culture, de science et de développement durable.
Avec ce projet d’urgence, les acteurs institutionnels, scientifiques et communautaires entament une course contre la montre pour sauvegarder l’un des patrimoines les plus emblématiques du Sénégal, dont l’avenir dépend désormais de la capacité collective à freiner la dégradation en cours.
La journée a également été marquée dans la matinée par d’importantes actions de plantations de filaos le long de la plage de Toubacouta. Les acteurs veulent faire de cette zone une bande de ce écosystèmique aux propriétés d’adaptation aux sols pauvres, en particulier qui développent deux sortes de symbioses au niveau de leurs racines.
Par Mohamadou SAGNE
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L’APPEL DU PR MOUSTAPHA SALL
L’île de Njorom Bou Mack, un trésor archéologique menacé
Le Pr Moustapha Sall, archéologue à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD), lance un vibrant plaidoyer en faveur de la préservation et de la valorisation de l’île de Njorom Bou Mack. Un site unique au monde situé dans le delta du Saloum.
L’île, dont les amas coquilliers atteignaient autrefois près de 50 mètres de hauteur, constitue la plus grande structure de ce type au monde. Un patrimoine exceptionnel qui devrait, selon le Pr Sall, devenir un véritable levier de développement pour le département de Foundiougne, notamment pour Toubacouta, mais aussi pour le Sénégal.
Un patrimoine en péril
Malgré son importance, le site fait face à de multiples menaces. La première est naturelle : l’érosion et la montée des eaux grignotent progressivement les amas coquilliers, particulièrement entre Njorom Bou Mack, Tchoupane, Dionewar et Falia. « Chaque année, des parties entières disparaissent sous l’eau. Il faut agir pour stopper cette menace », alerte l’archéologue.
La seconde menace provient des activités humaines. Certains habitants tamisent et vendent les coquillages, une pratique qui, à long terme, pourrait détruire ce patrimoine classé au patrimoine mondial de l’UNESCO en 2011. Le Pr Sall préconise la mise en place d’alternatives économiques pour les populations afin d’en faire des protecteurs du site plutôt que des exploitants contraints.
Création d’un musée et d’un institut du patrimoine
Au-delà de la préservation, l’archéologue appelle à une valorisation scientifique et touristique du site. Les fouilles réalisées sur seulement deux tumulus ont déjà permis de recueillir des centaines de poteries, témoignant du potentiel immense pour alimenter un futur musée régional ou même un musée in situ.
Les chercheurs de l’UCAD envisagent d’utiliser des technologies avancées — drones, station totale, référentiels géospatiaux, et bientôt un radar à pénétration du sol — afin de cartographier et documenter les plus de 300 amas coquilliers du delta, dont certains ont disparu et doivent être répertoriés à nouveau.
Dans la même dynamique, le Pr Sall soutient l’idée de délocaliser une partie du laboratoire de l’UCAD dans la région et même d’y créer un Institut d’archéologie et du patrimoine. « Ce serait un formidable outil de formation et de valorisation, au service des collectivités territoriales », a-t-il affirmé.
Un appel à l’action
Le Pr Moustapha Sall, estime qu’il est urgent de conjuguer expertise scientifique et savoirs locaux afin de transformer ce patrimoine millénaire en moteur de développement durable. L’île de Njorom Bou Mack, dit-il, « plus que jamais, doit devenir une plus-value pour le Sénégal ». Le message est donc clair : préserver aujourd’hui pour transmettre demain.
M. SAGNE

