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Pont De Sakhor (Fatick): La République doit agir avant le drame

Il y a des infrastructures dont la fragilité révèle les fissures d’un territoire. Et il y a des silences qui pèsent plus lourd que le béton.

À Sakhor, dans la commune de Loul Sessène, arrondissement de Fimela, région de Fatick, un pont construit en 1988 par Caritas, menace, aujourd’hui, gravement ruine. Ce pont n’est pas un ouvrage secondaire. Il est l’unique lien terrestre entre une île habitée et le reste du Sénégal.

Lorsqu’un pont menace de s’effondrer, ce n’est pas seulement une structure qui vacille. C’est la continuité territoriale. C’est la sécurité des populations. C’est le principe d’égalité républicaine.

Depuis plusieurs années, les habitants vivent au rythme de l’angoisse, surtout à l’approche de l’hivernage. Les premières fortes pluies aggravent les fissures, fragilisent les appuis, rendent le passage dangereux. Les charrettes sont interdites. Les déplacements deviennent un risque calculé. L’accès aux soins, à l’école, au marché, dépend d’un ouvrage qui ne tient plus qu’à la prudence et à la prière.

Faut-il attendre qu’un drame survienne pour agir ? Un État responsable n’intervient pas après la catastrophe. Il anticipe. Il prévient. Il protège.

La reconstruction du pont de Sakhor n’est pas une faveur locale. Ce n’est pas un privilège demandé au nom d’une quelconque appartenance. C’est une exigence nationale. Une question de sécurité publique. Une question de dignité.

Le Sénégal parle de désenclavement, d’équité territoriale, de développement inclusif. Ces mots doivent trouver une traduction concrète dans les territoires périphériques. La République ne peut investir massivement dans les grands pôles urbains et laisser ses îles habitées suspendues au-dessus du vide.

La région de Fatick, berceau historique et culturel, mérite la même attention infrastructurelle que n’importe quel autre territoire. La cohésion nationale ne se décrète pas. Elle se construit, pont après pont, route après route, service public après service public.

Le pont de Sakhor est un test. Un test de réactivité. Un test de cohérence. Un test de responsabilité.

Reconstruire cet ouvrage, c’est protéger des vies. C’est rétablir la confiance. C’est envoyer un message clair : aucun citoyen sénégalais n’est périphérique dans la République. La République ne doit pas attendre qu’un pont s’effondre pour prouver qu’elle tient debout. Il est encore temps d’agir. Mais, le temps, lui, s’effrite comme le béton.

Babou Biram Faye

Journaliste,

Citoyen du SINE

 

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