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Les chroniques de la participation citoyenne (211)

Le Plan de Redressement Économique et Social– Une ambition audacieuse à accompagner avec rigueur

  1. Un tournant majeur dans l’histoire économique et politique du Sénégal

Le Premier ministre Ousmane Sonko a présenté, le vendredi 1er août 2025, au Grand Théâtre National, le Plan de Redressement Économique et Social (PRES), adopté quelques jours plus tôt en Conseil des ministres. Il s’agit d’une sortie de haute portée, marquant une rupture assumée avec les schémas néolibéraux classiques au profit d’une vision centrée sur la souveraineté nationale, la justice sociale et la performance publique.

Dans un contexte de crise de la dette, de perte de confiance des bailleurs et de fortes attentes populaires, le PRES se veut le socle d’une nouvelle gouvernance économique, intégrant des dimensions politiques, morales, sociales et structurelles de la transformation.

  1. Les piliers d’un projet de refondation
  2. Un leadership assumé autour d’un cap clair : souveraineté, dignité, responsabilité

Le Premier ministre s’impose comme chef d’orchestre de la rupture systémique, avec une cohérence de discours et une pédagogie politique rarement observée.

Il redonne un sens à la planification publique, en convoquant la Vision 2050 articulée autour de trois phases : redresser – impulser – accélérer.

  1. Un plan chiffré, localement financé, et stratégiquement ciblé

90 % du financement attendu à partir de ressources internes : un choix audacieux qui affirme la capacité nationale à se redresser par elle-même.

Les priorités dégagées (emploi, agriculture, éducation, santé, agropoles, logements, infrastructures) traduisent une volonté de justice territoriale et sociale.

  1. Un discours de transparence, de redevabilité et de moralisation de l’action publique

L’engagement à publier les patrimoines, à adopter une loi de protection des lanceurs d’alerte, à réformer les procédures de passation des marchés… participe à réconcilier l’État et les citoyens.

III. Réflexion critique – Pour une consolidation pragmatique du PRES

Cette ambition nationale mérite d’être saluée, mais sa réussite dépendra de certains ajustements majeurs :

⚖️ 1. Mobilisation budgétaire : entre patriotisme économique et réalisme financier

L’effort attendu (5000 milliards en 3 ans) suppose une transformation immédiate de l’administration fiscale, des circuits de collecte, et du climat de confiance. Un protocole de transition budgétaire serait souhaitable.

🏛️ 2. Capacité d’exécution : réformer les outils pour traduire la vision

Il est indispensable de désenclaver l’action publique de l’inertie administrative, en investissant dans la formation continue, la numérisation, et la responsabilisation des gestionnaires.

📈 3. Suivi-évaluation : le nerf de la redevabilité

Le PRES doit intégrer un cadre de résultats robuste, avec des indicateurs suivis trimestriellement, et une plateforme de suivi citoyen ouverte.

👥 4. Appropriation collective : de la parole publique à l’action partagée

L’ambition gouvernementale gagnerait en impact avec une large campagne d’appropriation citoyenne, impliquant :

Les collectivités territoriales,

Les jeunes et les femmes leaders,

Le secteur privé, les syndicats, les universités,

Les diasporas comme partenaires stratégiques.

  1. Recommandations stratégiques

Élaborer un plan d’action triennal aligné sur le PRES, déclinable en budgets-programmes par ministère.

Mettre en place une Cellule nationale indépendante de Suivi du PRES, rattachée à la Présidence, avec publication annuelle d’un rapport de performance.

Adopter une Loi de programmation des réformes, afin de donner une base légale aux engagements du PRES.

Créer des forums régionaux de la transformation, pour faire du PRES un projet vivant, discuté et adapté aux réalités territoriales.

Accélérer la réforme de la commande publique pour éviter les blocages dans l’exécution des projets à fort impact.

Conclusion – Un plan pour réinventer le destin sénégalais

Le PRES est plus qu’un plan économique : il incarne un projet national de réconciliation entre le politique, l’économique et le social. Il interpelle chaque citoyen, chaque acteur économique, chaque institution. Il exige un haut niveau de discipline, d’innovation et de transparence. Mais il ouvre aussi une fenêtre historique pour refonder le contrat social entre l’État et le peuple sénégalais.

Il mérite d’être accompagné, enrichi, consolidé.

Alioune Cheikh Anta Sankara Ndiaye

Expert en développement international

Écrivain, Militant de la transformation nationale

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