DABY POUYE DOCTEUR EN SCIENCES DE GESTION
Depuis deux ans, le débat sur la dette du Sénégal continue de faire l’actualité. Surtout depuis que l’ancien Premier ministre, Ousmane Sonko, avait parlé de dette cachée, avant de se rétracter pour dire qu’il n’avait pas tous les leviers, lorsqu’il en parlait. Pourtant, selon l’économiste Daby Pouye, Dr en sciences de gestion, la dette n’est pas le problème : le problème, c’est notre cadre d’analyse.
Au Sénégal, on parle beaucoup de dette, depuis deux ans. « C’est nécessaire. Mais si nous limitons le débat à la dette, au déficit, aux ratios et aux négociations avec les bailleurs, nous resterons prisonniers du même cadre d’analyse » a d’emblée souligné l’économiste Daby Pouye. Mais selon le Dr en Sciences de gestion, le vrai sujet est plus profond.
La dette publique sénégalaise a été estimée jusqu’à environ 132 % du PIB à la fin de l’année 2024, après les révélations sur les dettes non déclarées. Le déficit budgétaire, lui, aurait fortement reculé entre 2024 et 2025. Ces chiffres sont importants.
«Mais ils ne disent pas tout. Ils ne disent pas pourquoi nous dépendons autant du financement extérieur. Ils ne disent pas pourquoi notre économie transforme encore trop peu. Ils ne disent pas pourquoi nos politiques publiques sont souvent pensées avec des modèles conçus ailleurs. Ils ne disent pas pourquoi nos universités, nos chercheurs, nos entrepreneurs et notre diaspora sont encore insuffisamment mobilisés pour produire nos propres diagnostics et nos propres solutions», a mentionné le Consultant en stratégie, prospective et politiques publiques, dans une Tribune, dont nous avons une copie.
A l’en croire, la dette n’est donc pas seulement un problème financier. « Elle révèle une dépendance plus profonde : une dépendance dans la manière de penser notre développement » a-t-il soutenu. Depuis trop longtemps, beaucoup de pays africains sont évalués, conseillés et réformés à partir d’indicateurs, de modèles et de doctrines élaborés dans d’autres contextes. « Ces outils peuvent être utiles. Mais ils deviennent dangereux lorsqu’ils remplacent notre propre capacité à comprendre nos réalités » a renseigné M Pouye.
Toutefois, il avertit que le Sénégal ne sortira pas durablement de sa vulnérabilité économique en appliquant mieux les recettes classiques. « Il en sortira lorsqu’il sera capable de définir lui-même ses priorités stratégiques: produire, transformer, former, innover, industrialiser, maîtriser ses données, mobiliser sa diaspora et construire un État capable d’anticiper. Les pays qui ont réussi leur transformation n’ont pas seulement bien géré leurs finances publiques. Ils ont construit leur propre modèle » a-t-il indiqué dans sa tribune.
Pour lui, la vraie souveraineté ne commence pas dans le discours. « Elle commence dans la capacité d’un pays à poser lui-même les bonnes questions ». « Et aujourd’hui, la bonne question n’est pas seulement : « Comment réduire la dette ? ». La vraie question est : « Quel modèle de développement le Sénégal veut-il construire pour ne plus dépendre durablement des diagnostics, des financements et des solutions des autres ? » C’est là que commence le débat stratégique » a martelé M Pouye.
M. SARR

