RAPPEL À DIEU DU KHALIFE GÉNÉRAL DE L’AFRIQUE DE L’OUEST
La disparition de Cheikhna Cheikh Saadbouh TaqiouLah Ould Cheikhal Khalifa Ould Cheikhna Cheikh Saadbouh, affectueusement appelé «Yagueun», ne marque pas seulement la fin d’une vie consacrée à la spiritualité et à l’adoration. Elle ravive également la nécessité de rappeler une vérité historique et institutionnelle au sein de la Khadriya : Cheikh Saadbouh TaqiouLah était bien le Khalife général des Khadres de l’Afrique de l’Ouest.
Cette précision revêt une importance particulière au regard de certaines affirmations récentes ayant laissé entendre l’existence de plusieurs « Khalifes généraux autoproclamés ». Une telle présentation mérite d’être replacée dans son contexte, à la lumière de la tradition successorale de la famille de Cheikhna Cheikh Saadbouh et des décisions prises par ses anciens.
Une succession fondée sur l’ancienneté et la concertation
Le 17 avril 2022, après le rappel à Dieu de Cheikh Aya Ould Cheikh Talibouya, huitième Khalife, la question de la succession s’est posée au sein de la grande famille de Cheikhna.
Selon la tradition établie, le principe retenu repose sur l’ancienneté, la consultation des doyens et la reconnaissance du plus âgé des membres de la famille habilités à assurer cette responsabilité.
À cette époque, Cheikh Saadbouh TaqiouLah était le plus âgé des membres de la famille de Cheikhna Cheikh Saadbouh.
Les doyens et Khalifes des grandes familles concernées par le Khalifat se sont alors accordés sur sa désignation. Les familles de Cheikh Atkhana, Cheikh Makhfou, Cheikh Bounnene et Cheikhal Khalifa, notamment, ont participé à cette concertation.
Il ne s’agissait donc pas, selon cette tradition, d’une proclamation individuelle ou d’une démarche personnelle de conquête d’un titre. Il s’agissait d’une succession décidée dans le cadre d’un mécanisme traditionnel de consultation et de reconnaissance des anciens.
De Nimzath à Ngoumba, une reconnaissance consacrée
La désignation de Cheikh Saadbouh TaqiouLah fut d’abord consacrée à Nimzath, avant d’être confirmée par l’assemblée réunie à Ngoumba Guéoul le 23 juillet 2022.
Cette réunion revêt une importance particulière puisqu’elle a permis aux représentants des différentes familles concernées de confirmer la succession et d’arrêter un principe destiné à prévenir les divergences futures : à la disparition du Khalife en exercice, le plus âgé devait lui succéder.
C’est dans ce contexte qu’est apparue l’appellation de « Khalife des Khoulafaous », consacrant la place de Cheikh Saadbouh TaqiouLah comme figure de référence de la Khadriya issue de Cheikhna Cheikh Saadbouh.
Dès lors, réduire son accession au Khalifat à une simple « auto-proclamation » ne correspond pas au récit de la succession établi par les anciens et aux étapes de reconnaissance intervenues entre Nimzath et Ngoumba.
Une tradition qui remonte à Cheikhna Cheikh Saadbouh
La légitimité de cette succession trouve également son fondement dans l’histoire même de la famille.
À la disparition de Cheikhna Cheikh Saadbouh, ses fils avaient désigné leur frère aîné Sidibouya, connu sous le nom de Cheikhal Khalifa, pour lui succéder, conformément à la recommandation laissée par leur père.
Cette règle de transmission par l’aîné s’est ainsi inscrite dans la mémoire et la pratique de la famille.
Un siècle plus tard, Cheikh Saadbouh TaqiouLah, petit-fils de Cheikhna, a été appelé à exercer cette responsabilité en raison de son ancienneté et de la reconnaissance dont il bénéficiait auprès des différentes composantes concernées.
Loin d’être une circonstance fortuite, sa désignation s’inscrivait donc dans une continuité successorale revendiquée et assumée par les anciens.
Yagueun : un Khalife dans la discrétion et la continuité
Ceux qui ont connu Cheikh Saadbouh TaqiouLah décrivent un homme profondément attaché à la discrétion, à l’humilité et à l’adoration.
Son comportement était d’ailleurs à l’opposé de toute recherche de prestige ou de notoriété.
Son autorité s’exerçait davantage par la confiance, la sagesse et la continuité que par l’affirmation publique d’un pouvoir.
Un élément illustre particulièrement cette confiance : Cheikh Sidibouya Ould Hadramy Ould Bounnene Ould Cheikhna Cheikh Saadbouh fut régulièrement appelé à représenter son grand frère.
Il lui confia notamment des responsabilités majeures, parmi lesquelles la direction du Khayma en son absence et la conduite de la prière à Nimzath.
Ces responsabilités ne constituent pas, à elles seules, un acte juridique de succession, mais elles témoignent de la place particulière que Yagueun accordait à son frère et de la confiance qu’il lui portait.
Une succession qui confirme la continuité
À la disparition de Cheikh Saadbouh TaqiouLah, la même logique successorale a conduit à la désignation de Cheikh Sidibouya Ould Hadramy Ould Bounnene Ould Cheikhna Cheikh Saadbouh comme Khalife général des Khadres de l’Afrique de l’Ouest.
Cette succession vient précisément illustrer le principe arrêté par les anciens en 2022 : la continuité du Khalifat par l’ancienneté et la reconnaissance des doyens.
Autrement dit, la succession de Yagueun ne constitue pas une rupture avec l’histoire de la Khadriya. Elle en constitue, au contraire, la poursuite selon les règles traditionnelles établies au sein de la famille de Cheikhna.
Face aux polémiques, les faits plutôt que les déclarations
Dans ce contexte, les affirmations présentant Cheikh Saadbouh TaqiouLah comme l’un des prétendus « quatre Khalifes autoproclamés » apparaissent, au regard des éléments de succession rapportés, comme une lecture réductrice d’une réalité beaucoup plus complexe.
La question du Khalifat ne peut être appréciée uniquement à travers une déclaration individuelle ou une appréciation personnelle. Elle doit être replacée dans l’histoire de la famille, la tradition successorale, la consultation des anciens et les décisions collectives prises à Nimzath et à Ngoumba.
Or, les éléments rappelés établissent une séquence claire : décès du précédent Khalife, désignation de l’aîné, reconnaissance à Nimzath, confirmation à Ngoumba, puis exercice effectif du Khalifat par Cheikh Saadbouh TaqiouLah jusqu’à son rappel à Dieu.
C’est cette continuité qu’il convient de retenir.
Une vérité historique à préserver
Au-delà des divergences de lecture ou des polémiques de circonstance, une chose demeure : Cheikhna Cheikh Saadbouh TaqiouLah a exercé la fonction de Khalife général des Khadres de l’Afrique de l’Ouest dans le cadre d’une succession consacrée par les anciens de la famille et confirmée à Ngoumba.
La disparition de Yagueun appelle donc moins à la polémique qu’au devoir de mémoire.
Son héritage appartient désormais à ceux qui auront la responsabilité de préserver l’unité de la Khadriya, de respecter ses traditions et de transmettre aux générations futures l’histoire de cette grande famille spirituelle.
Que Allah SWT fasse miséricorde à Cheikhna Cheikh Saadbouh TaqiouLah, élève son rang auprès de Lui et récompense son œuvre.
Qu’Il accorde longue vie, santé et réussite à son successeur, Cheikh Sidibouya Ould Hadramy Ould Bounnene Ould Cheikhna Cheikh Saadbouh, et fasse de lui un Khalife rassembleur au service de l’unité de la Khadriya et de l’héritage spirituel de Cheikhna Cheikh Saadbouh.
Allahoumma Amine.
Par A. L. NDIAYE (avec En Relief)

