Fatick. Le Groupe pour l’étude et l’enseignement de la population (GEEP), a lancé hier un nouveau programme d’accompagnement des jeunes filles-mères dans l’Académie de Fatick, pour leur maintien à l’école.
Placé dans son contexte, Mademba Ndoye, le coordonnateur national des Clubs d’éducation à la vie familiale (CEVF), a indiqué que, « quand une jeune fille quitte l’école à cause d’une grossesse, ce n’est pas seulement son avenir qui s’assombrit, mais aussi celui de toute une communauté ».
D’où, a-t-il souligné, « une réflexion profonde s’impose sur un sujet tabou qui plombe l’avenir de nos filles. Surtout que ces grossesses précoces en milieu scolaire désignent pour la plupart des élèves, principalement des adolescentes âgées de 12-19 ans, qui tombent enceintes durant leur parcours scolaire ».
Un phénomène qui compromet l’avenir éducatif
« Et elles sont nombreuses, ces filles qui ont abandonné l’école à cause de ce phénomène pour lequel, il est important également de souligner les tabous autour de la sexualité, car, dans de nombreuses familles et même au niveau des écoles, l’absence d’éducation sexuelle crée un vide informationnel sur la santé reproductive », a souligné Mademba Ndoye.
Suffisant pour le coordonnateur régional de Fatick du GEEP
Serigne SARR, qui a présenté les enquêtes sur les grossesses précoces réalisées au niveau des établissements (collèges et lycées) de l’Académie de Fatick de décrire une situation catastrophique de l’ensemble de la région qui compte quatre (4) inspections de l’éducation et de la formation que sont : Dioffior, Fatick, Foundiougne et Gossas.
Selon Mr Serigne Sarr, « on a eu pour les non mariées, 94 cas de grossesses répartis comme suit : pour l’intervalle d’âge 12 – 15 ans, nous avons 27 cas, pour les 16 – 18 ans 41 cas, 13 cas pour les élèves âgées de 19 ans, 13 cas identifiés pour les plus de 19 ans ».
S’agissant des mariées Serigne Sarr nous signale, « 111 cas de grossesses recensés répartis comme suit : pour la tranche d’âge 12–15 ans, nous avons 10 cas, 43 cas pour 16–18 ans. Pour les élèves âgées de 19 ans, nous avons 23 cas et 35 cas chez les plus de 19 ans ».
Sur les causes profondes dans la région de Fatick, les facteurs favorisant les grossesses précoces sont liés à la pauvreté des ménages, le travail domestique en zone urbaine, les évènements culturels : séances de lutte traditionnelle, « nguél : », cérémonies familiales, l’adolescence: âge critique ou le jeune cherche à découvrir son corps.
Mais, les auteurs identifiés de ces grossesses en milieu scolaire sont divers. Il s’agit surtout selon le responsable du GEEP à Fatick, « d’élèves (souvent des jeunes hommes plus âgés), de membres du personnel enseignant, et dans certains cas, de personnes extérieures à l’école. Donc, des grossesses qui résultent d’une combinaison de facteurs tels que le manque d’éducation sexuelle, la pression sociale, la pauvreté, les violences sexuelles, l’exploitation et des situations de contrainte et coercition dues à une relation de pouvoir déséquilibrée, entre autres ».
C’est pourquoi, comme l’a souligné l’inspecteur Mbacké Thioune, secrétaire général de l’Inspection d’académie de Fatick, « cette initiative du GEEP visant les jeunes filles mères est salutaire en ce sens que cela devrait leur offrir une chance pour qu’elles soient réintégrées à l’école, pour qu’elles puissent aussi participer au nom de la vision 2050 qui a tracé les grandes lignes d’une école inclusive, équitable et efficace. Et pour cela, nos filles qui sont éprouvées par ce fléau-là de grossesse précoce ne doivent pas être jetées en pâture ».
L’inspecteur Mbacké Thioune souligne, « qu’il faudrait qu’on trouve des stratégies pour les récupérer et leur offrir une seconde chance ».
Des kits scolaires et un soutien financier offerts
Le choix des élèves mères a été fait selon Mademba Ndoye, « dans quatre (4) établissements du département de Fatick et que sont: les lycées: Coumba Ndoffene Diouf et mixe Amadou Latyr Ndiaye, les Cem de Mbetite Ngouye et Khar Ndoffene Diouf. Toutes les principales cibles de cette campagne sont les élèves, les jeunes filles des différents établissements et les cibles secondaires que les autorités scolaires, les parents d’élèves et membres de la communauté, entre autres. « Leur mobilisation permet ainsi de créer un environnement favorable dans la prévention des grossesses », a souligné Mademba Ndoye.
La sensibilisation va se poursuivre dans les différents établissements ciblés devant les élèves et les membres de la communauté autour des questions relatives à la santé de la reproduction des adolescents (SRA) et des grossesses précoces et les mariages d’enfants.
Par Mohamadou SAGNE

