Le ministre de l’Economie, du Plan et de la Coopération, Abdourahmane Sarr a présenté son rapport économique et financier du projet de loi des finances 2026.
Comme le veut la tradition, pour mieux appréhender les conditions d’élaboration du projet de LFI 2026, le propos du ministre a porté sur les performances économiques du Sénégal sur les dix dernières années ainsi que sur les développements économiques et les perspectives économiques et financières aux niveaux national et mondial pour les années 2025 et 2026.
Le REF annexé au projet de loi de finances initiale de l’année 2026 a été élaboré dans un contexte marqué par un ralentissement de l’activité économique mondiale, a-t-il déclaré. Selon le Fonds monétaire international (FMI), la croissance mondiale devrait s’établir à 3,2% en 2025 et 3,1% en 2026, contre 3,3% en 2024, a noté M. Sarr. Ce ralentissement est le résultat de la persistance des incertitudes et de la montée du protectionnisme.
« Face à la complexité de la situation extérieure, aux contraintes budgétaires nationales et internationales, et à la nécessité de changer de paradigme, notre pays a fait le choix d’une croissance résiliente et inclusive, portée par un secteur privé compétitif dans des pôles de développement attractifs, sur fond de stabilité du cadre macroéconomique et de consolidation du capital humain », fait remarquer le ministre.
PLAN DE REDRESEMENT ECONOMIQUE
Le contexte intérieur est marqué par la mise en œuvre de l’Agenda national de Transformation et du Plan de Redressement économique et social (PRES), la finalisation des Lettres de Politique sectorielle dans tous les départements ministériels et l’élaboration de la Stratégie nationale de Développement du Secteur privé et de Promotion de l’Investissement (SNDSPI), a-t-il rappelé.
« Cette tendance lourde reflète les problèmes structurels de compétitivité de l’économie et exige un redressement économique avec, notamment, le développement du secteur privé et l’assainissement de nos finances publiques, tout en protégeant les couches sociales les plus vulnérables. Il s’agira également de donner un signal positif aux marchés financiers internationaux et de mobiliser à nouveau des financements extérieurs à des conditions plus favorables », selon M. Sarr.
Il a fait une analyse rétrospective de la situation économique de notre pays sur la période 2014-2024. « Sur cette période, l’activité économique a crû de 5,5% en moyenne annuelle contre 3,3% entre 2000 et 2013. Plus précisément, la croissance du PIB non agricole a entamé une décélération depuis 2018 (avant la Covid 19) passant de 5,8 % en 2017 à 3,5% en 2024. Depuis 2022, la croissance du PIB non agricole s’est inscrite dans une fourchette comprise entre 3% et 4%, soit légèrement supérieure au taux de croissance démographique. Cette décélération de la croissance a principalement résulté d’une productivité en baisse ».
Du côté de l’offre, il a expliqué que l’activité a été marquée par un secteur manufacturier qui s’est inscrit sur une tendance baissière, avec un recul progressif du poids du tissu industriel dans le PIB. Il est passé de 21% du PIB en 2004 à 13,8% du PIB en 2024. Cette situation témoigne de l’échec de la transformation structurelle de l’économie et d’une désindustrialisation progressive et précoce.
Relativement à la demande, la croissance a été portée par les investissements qui ont crû de 12,2% sur la période, à la faveur notamment des projets d’infrastructures de transport et d’énergie. Ces investissements massifs n’ont cependant pas permis de générer suffisamment de croissance économique puisqu’ils sont intensifs en importations. Cette faible croissance reflète également un problème d’inefficacité, comme en atteste un ICOR (Le taux d’investissement par unité de croissance) de 5,4 au Sénégal contre 3,9 pour la Côte d’Ivoire.
BON COMPORTEMENT DES BIENS ET SERVICES
Toutefois, remarque-t-il, les exportations de biens et services se sont bien comportées avec une croissance moyenne annuelle de 5,5% sur la période en liaison avec le dynamisme des ventes d’or et des produits halieutiques. Cette évolution est atténuée par une progression moindre des produits manufacturés qui n’ont crû que de 3,6% sur la période. Cette faible performance reflète des problèmes de compétitivité de l’économie.
Ce faible niveau de compétitivité conjugué à une dégradation des équilibres budgétaires a conduit à un déficit extérieur courant supérieur à 10% du PIB en moyenne sur la période. A cela s’ajoute une demande intérieure soutenue par le secteur public qui a enregistré sur la période des déficits budgétaires très élevés et une accumulation rapide de la dette publique (119% en 2024), réduisant les marges de manœuvre budgétaires.
Cette transformation systémique portée par le Président de la République exige le recentrage de l’action publique pour donner plus d’espace au Secteur privé, aux citoyens et aux collectivités locales, a-t-il annoncé. « Elle s’appuiera sur la réforme de la gouvernance des services publics. C’est pourquoi, la Stratégie nationale de Développement du Secteur privé et de Promotion de l’Investissement (SNDSPI) qui opérationnalise la Stratégie nationale de développement a été élaborée ». La SNDSPI se décline en trois (3) piliers : la compétitivité des pôles territoires ; la facilitation des affaires et de l’investissement privé ; et l’appui à l’entreprise.
CROISSANCE ECONOMIQUE A 7,8 %
Avant de revenir sur les chiffres clés de 2026, je dois signaler que la croissance économique en 2025 est estimée à 7,8% contre 6,1% en 2024. Cette situation résulterait d’une forte progression de la production d’hydrocarbures malgré le ralentissement de l’activité économique hors agriculture et hydrocarbures, observé depuis 2017.
Le début de l’exploitation du gaz et la production de pétrole en année pleine ont conduit à une hausse de la production d’hydrocarbures de 110,6%, consacrant définitivement l’entrée du Sénégal dans le cercle des pays exportateurs de pétrole et de gaz (OPEP).
S’agissant du sous-secteur agricole, il devrait enregistrer une performance avec un taux de croissance attendu à 8,2%, à la faveur de bonnes conditions climatiques et de l’efficacité dans la mise en œuvre du Programme agricole qui a été porté à 130 milliards FCFA.
En revanche, hors agriculture et hydrocarbures, l’activité économique n’a progressé que de 3,7% contre 3,5% en 2024, soit une légère amélioration de 0,2 point de PIB imputable à l’accélération du secteur secondaire hors hydrocarbures de 4% contre 2,9% en 2024.
En 2026, l’environnement international devrait être marqué par la poursuite de la baisse des cours des matières premières énergétiques (- 4,5%).
Sur le plan interne, la bonne campagne agricole de 2025 devrait générer des effets induits positifs en matière de distribution de revenus et de soutien à la demande privée, notamment au profit du secteur agroalimentaire et celui de la construction.
Par ailleurs, l’année 2026 devrait marquer l’organisation pour la première fois en Afrique des Jeux Olympiques de la Jeunesse (JOJ) en novembre 2026.
Son organisation nécessite un programme d’investissement qui sera finalisé au courant de l’année 2026.
Cet évènement constituera un levier majeur, stimulant la demande dans les secteurs de l’hébergement, de la restauration, du transport ainsi que de l’agroalimentaire, de l’avis du ministre du Plan.
Selon lui, l’exécution du Plan de Redressement économique et social devrait restaurer les marges de manœuvre budgétaire à l’Etat et renforcer la demande intérieure. Celle-ci bénéficierait également de la baisse des cours des matières premières devant soutenir le pouvoir d’achat des ménages.
Globalement, la croissance du PIB réel est projetée à 5% en 2026 contre une prévision de 7,8% en 2025. Cette croissance serait portée par le primaire (+6,1%), le tertiaire (+5,4%) et, dans une moindre mesure, par le secondaire (+2,9%). La croissance hors agriculture et hydrocarbures est attendue à 5,5% en 2026 contre 3,7% en 2025.
Au titre de la gestion budgétaire de 2025, la situation est marquée par l’accélération du processus de consolidation et d’assainissement des finances publiques. Le déficit budgétaire est estimé à 7,8% du PIB contre 13,4%, soit une consolidation budgétaire de 5,6% du PIB, reflétant une forte mobilisation des recettes budgétaires conjuguée à une gestion prudente des dépenses publiques. Cet ajustement s’est fait sans effet préjudiciable sur la croissance économique. En réalité, il s’est opéré sur les dépenses improductives de l’Etat.
Concernant le projet de loi de finances initiale de l’année 2026, l’option retenue porte sur la poursuite de la consolidation entamée depuis 2025. Les années 2025 et 2026 sont charnières dans ce processus. Il s’agit d’avoir un cadre macroéconomique solide à travers un ajustement pour ramener le déficit à 3% du PIB en 2027 et par ricochet restaurer les marges de manœuvre budgétaire. « Notre ambition est d’imprimer une transformation systémique de la conduite de la politique économique et sociale aux fins d’inscrire le pays sur la trajectoire de souveraineté, de justice et de prospérité à l’horizon 2050.
Au total, la Loi de finances 2026 prévoit un déficit budgétaire de 5,4% du PIB contre une prévision de déficit de 7,8% dans la LFR 2025, soit une amélioration substantielle de 2,4 points de pourcentage : une consolidation budgétaire moins intense en 2026 qu’en 2025.
L’accompagnement du FMI dans la mise en œuvre du cadre macroéconomique crédible permettra de renforcer la confiance des partenaires internationaux qui continueront d’avoir un rôle à jouer dans le financement de notre économie. C’est tout le sens de nos négociations avec le Fonds Monétaire International, a-t-il conclu.
Par Amadou WADE

