Le Sénégal traverse une crise politique que certains avaient pourtant annoncée. Bougane Guèye avait mis en garde contre les risques d’une majorité parlementaire entièrement acquise à Ousmane Sonko. Il alertait sur la possibilité de voir l’Assemblée nationale devenir un instrument de pression politique plutôt qu’un véritable contre-pouvoir.
À l’époque, ses avertissements avaient été balayés. Aujourd’hui, les événements leur donnent une résonance particulière.
Le rejet de la Loi de finances rectificative 2026 en est une nouvelle illustration. Par 109 voix contre 20 et 3 abstentions, les députés ont adopté une question préalable qui a mis fin à l’examen du texte sans débat au fond. La majorité invoque notamment le manque d’informations sur les prévisions budgétaires et leur sincérité.
Ces préoccupations méritent des réponses. Mais comment justifier qu’un désaccord aussi important ne puisse déboucher sur un compromis ? Entre le président Bassirou Diomaye Faye et une majorité parlementaire dominée par Pastef, le conflit politique semble désormais prendre le pas sur les exigences de fonctionnement de l’État.
Les chiffres devraient pourtant imposer d’autres priorités. Les recettes attendues du PRES passent de 762,9 à 311,5 milliards FCFA, soit une baisse de 451,4 milliards. La croissance est ramenée à 2,7 % et le déficit budgétaire porté à 7,6 % du PIB. Quand la situation économique exige des décisions urgentes, le pays ne peut se permettre une confrontation permanente entre ses deux pouvoirs.
Et pendant que les responsables politiques se disputent les leviers de l’État, la situation sociale se dégrade. La vie chère, le chômage, les difficultés des entreprises et les retards de paiement continuent de peser sur les ménages. Plus préoccupant encore, les départs clandestins par pirogue reprennent de l’ampleur. En octobre, des opérations de la gendarmerie dans la région de Fatick ont permis d’interpeller 378 candidats à l’émigration irrégulière en trois jours.
Ces chiffres sont révélateurs d’un malaise qui ne peut être traité uniquement par des opérations d’interception. Derrière chaque départ, il y a souvent un jeune qui ne croit plus trouver son avenir chez lui, une famille qui s’endette et un espoir qui prend le large au péril de sa vie. Les autorités ne peuvent pas se contenter de communiquer sur les interceptions tout en laissant au second plan la question fondamentale des perspectives offertes à cette jeunesse.
Cette situation contraste avec l’ambition affichée à travers les Jeux olympiques de la Jeunesse. Alors que le Sénégal accueille le monde et cherche à valoriser son image, les querelles au sommet de l’État donnent un signal préoccupant sur la stabilité de nos institutions. Les Jeux doivent être une vitrine pour notre jeunesse, notre économie et notre capacité à attirer des partenaires, pas l’occasion de détourner le regard des difficultés nationales.
Le président Bassirou Diomaye Faye doit mesurer la portée de ses responsabilités. L’article 42 de la Constitution lui confie notamment la garantie du fonctionnement régulier des institutions. Le dialogue avec l’Assemblée est indispensable, mais il faut sortir de cette situation de blocage. Si aucune issue durable n’est trouvée, les voies institutionnelles prévues par la Constitution devront être examinées, y compris la question d’une dissolution lorsque les conditions de l’article 87 seront réunies.
C’est précisément sur la question de l’équilibre des pouvoirs que Bougane Guèye et Guem Sa Bopp avaient construit leur mise en garde. Nous défendions une Assemblée capable de contrôler l’Exécutif sans devenir un instrument de confrontation, ainsi qu’un pouvoir exécutif qui assume ses responsabilités sans se soustraire au contrôle parlementaire.
Guem Sa Bopp entend porter cette autre conception de la gouvernance. Le Sénégal a besoin d’une alternative qui place la compétence, la responsabilité et les résultats au centre de l’action publique. Il ne suffit plus de dénoncer les rivalités entre Diomaye et Sonko. Il faut proposer une autre manière de gouverner et répondre aux urgences économiques, sociales et institutionnelles.
Bougane avait alerté sur les risques d’une majorité sans contrepoids. La crise actuelle remet cette question au centre du débat national. Pendant que les deux pouvoirs s’affrontent, les Sénégalais attendent toujours des réponses sur leur quotidien et sur l’avenir de leurs enfants.
Moussa Niang
Délégué National à la Vie Politique de Guem Sa Bopp

