Palmarin: Président de l’ONG AMAY (Association malienne d’appui aux initiatives locales), Issa Guindo a profité d’une visite dans le Delta du Saloum pour alerter sur les effets du changement climatique, visibles aussi bien au Sénégal qu’au Mali.
À Palmarin où nous l’avons rencontré, en marge d’un forum sur comment: « Repenser la préservation de la biodiversité à partir du Delta du Saloum : entre enracinement humain et héritage ancestral », Issa Guindo en appelle à une mobilisation concertée et à des solutions enracinées dans les réalités locales.
«Le changement climatique n’est plus une menace abstraite, c’est une réalité vécue par nos communautés, du Mali au Delta du Saloum», a d’emblée affirmé le Président de l’ONG AMAY.
Une érosion visible et inquiétante
Sur les côtes du Saloum, la montée des eaux laisse des traces irréversibles. « Ce qui frappe immédiatement, c’est la réalité de l’érosion côtière », observe Issa Guindo. « Les terres agricoles disparaissent, les habitations sont menacées. Tout cela résulte directement du réchauffement global : les glaciers fondent, le niveau de la mer monte, et ce sont les populations locales, pourtant peu responsables des émissions de gaz à effet de serre, qui en paient le prix fort », souligne-t-il.
Il dit avoir noté des initiatives locales mais qui encore fragiles. Et face à la progression de la mer, plusieurs actions communautaires ont vu le jour, comme les piquetages pour freiner l’avancée des vagues. Mais ces efforts restent limités.
« Donc, il faut aller plus loin », plaide-t-il tout en insistant sur le fait, « que les réponses doivent être durables, coordonnées et centrées sur l’humain. Le phénomène dépasse les frontières, il exige alors des actions communes entre pays et communautés. »
Mali–Saloum : deux contextes, une même urgence
Originaire du Mali, Issa Guindo compare les deux réalités climatiques : « Chez nous, les effets se traduisent surtout par la désertification, la sécheresse et la dégradation des terres. Mais nous subissons aussi d’autres conséquences : l’évaporation du Niger et du fleuve Sénégal, l’ensablement, et même des inondations dues aux pluies intenses ».
Ainsi pour Issa Guindo, « ces situations se rejoignent. Les habitants du Mali comme ceux du Saloum font face au même défi. C’est la survie de leurs territoires et il faut reconnaître que l’expérience du Delta peut inspirer des actions au Mali, et inversement ».
Des solutions endogènes à valoriser
Pour autant Issa Guindo est convaincu que les communautés détiennent une partie des solutions. «Le changement climatique est un problème mondial, mais les réponses doivent aussi venir des populations elles-mêmes. Elles possèdent un savoir-faire, une capacité d’adaptation qu’il faut reconnaître et soutenir », souligne-t-il.
Il appelle à une approche combinée entre science, politique et traditions locales, tout en admettant la difficulté du combat. « Et qui plus est, les équilibres géopolitiques sont fragiles et certains décideurs continuent de nier la réalité climatique. Mais, en connaissance de cause pour avoir visité certaines zones, allez dire cela aux habitants de Sangomar, de Dionewar ou de Marlodj, qui voient leurs terres englouties ! Ces gens vivent le changement climatique chaque jour ».
Un appel à la solidarité internationale
Enfin, le président d’AMAY en appelle à l’action collective. Et selon lui, « il faut agir maintenant. Multiplier les plaidoyers, unir nos stratégies et faire entendre nos voix jusqu’au plus haut niveau. Nous devons défendre nos territoires, nos moyens de subsistance et surtout préparer un avenir viable pour nos enfants. »
C’est dire que son message est clair. La lutte contre le dérèglement climatique ne se gagnera que dans la solidarité. « La solution ne viendra pas d’un seul pays, mais d’un engagement commun pour la planète », conclut Issa Guindo.
Entretien réalisé par Mohamadou SAGNE

