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Éditorial – Jub, Jubal, Jubanti: Le grand écart entre les promesses et les actes

De l’ASER à l’ONAS, en passant par les fonds destinés aux sinistrés de Bakel et l’affaire des «5 milliards des victimes», plusieurs dossiers continuent d’alimenter les interrogations de l’opinion. Pour un pouvoir qui avait fait de la transparence et de la reddition des comptes son principal fonds de commerce politique, le contraste devient de plus en plus difficile à ignorer.

L’exercice du pouvoir est souvent le moment de vérité des projets politiques. Les slogans séduisent, les promesses mobilisent, les discours enflamment les foules. Mais au bout du compte, seuls les actes résistent à l’épreuve du temps.

Ousmane Sonko et son camp avaient bâti leur ascension sur une critique permanente de la gouvernance de leurs prédécesseurs. Ils promettaient une rupture radicale avec les pratiques qu’ils dénonçaient : opacité dans la gestion publique, absence de reddition des comptes, favoritisme dans l’attribution des marchés et gestion peu rigoureuse des deniers publics.

Deux ans après leur accession aux responsabilités, les Sénégalais sont désormais en mesure de juger sur pièces.

Et le constat est loin de correspondre aux espoirs suscités.

Les affaires qui s’accumulent depuis plusieurs mois jettent une ombre sur le discours de vertu qui a accompagné l’arrivée au pouvoir du régime. Les interrogations autour des 37 milliards de francs CFA évoqués dans le dossier de l’ASER continuent de nourrir les débats. Les Sénégalais attendent toujours des explications suffisamment détaillées pour dissiper les doutes et rétablir la confiance.

Le même constat peut être fait concernant les fonds destinés aux sinistrés de Bakel. Dans un contexte où les populations touchées par les catastrophes naturelles espèrent un accompagnement rapide et efficace de l’État, les zones d’ombre entourant la gestion de ces ressources suscitent incompréhension et frustration.

L’affaire des marchés attribués de gré à gré à l’ONAS renforce davantage le malaise. Comment comprendre que ceux qui dénonçaient hier certaines pratiques administratives se retrouvent aujourd’hui confrontés aux mêmes critiques ? La question mérite d’être posée, non par esprit partisan, mais au nom de l’exigence de cohérence que tout pouvoir doit à ses citoyens.

À cela s’ajoute l’affaire dite des « 5 milliards des victimes », autre dossier qui continue de susciter de nombreuses interrogations. Là encore, les demandes d’éclaircissement peinent à trouver des réponses capables de convaincre une opinion de plus en plus sceptique.

Au-delà de ces dossiers particuliers, c’est un problème plus profond qui apparaît. Celui du décalage entre le discours et la pratique.

Pendant des années, Ousmane Sonko a incarné une alternative politique fondée sur une promesse simple : faire mieux, faire plus proprement, faire différemment. Cette promesse lui a valu une adhésion populaire exceptionnelle et une confiance rarement accordée à un dirigeant dès son arrivée aux responsabilités.

Cette confiance s’accompagnait pourtant d’une exigence. Celle des résultats.

Or, nombreux sont aujourd’hui les Sénégalais qui peinent à identifier la rupture annoncée. Les difficultés économiques persistent, les attentes sociales demeurent fortes et les controverses se multiplient. Plus préoccupant encore, la communication gouvernementale donne parfois le sentiment de chercher davantage à justifier qu’à expliquer.

Le pouvoir ne peut éternellement invoquer l’héritage du passé pour répondre aux critiques du présent. Il dispose d’une majorité confortable, d’une légitimité électorale forte et d’institutions largement acquises à son projet. Les marges de manœuvre existent. Les responsabilités aussi.

C’est précisément parce que les attentes étaient immenses que les déceptions sont aujourd’hui plus visibles. Les Sénégalais n’ont pas élu un pouvoir pour entendre les mêmes explications qu’hier. Ils l’ont élu pour constater une différence.

Le slogan « Jub, Jubal, Jubanti » ne peut rester un simple outil de communication politique. Il doit devenir une pratique quotidienne de gouvernement. La transparence ne se proclame pas ; elle se démontre. La reddition des comptes ne s’exige pas seulement des adversaires; elle commence par soi-même.

C’est là que se joue désormais la crédibilité du pouvoir. Car la véritable rupture n’est pas celle que l’on promet dans l’opposition. C’est celle que l’on prouve lorsqu’on exerce les responsabilités de l’État.

Par Abdou Latif NDIAYE 

 

 

 

 

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