La politique est souvent le royaume des passions. La diplomatie, elle, est celui des intérêts. Lorsqu’un État choisit sa stratégie internationale, les ressentiments personnels et les rivalités partisanes doivent s’effacer devant une seule exigence: défendre le prestige et les intérêts supérieurs de la Nation.
Le soutien (éventuel) du Président Bassirou Diomaye Faye à la candidature de l’ancien Président Macky Sall au poste de Secrétaire général des Nations Unies marque un tournant majeur dans la diplomatie sénégalaise. Au-delà des clivages politiques, cette démarche traduit une volonté de placer l’intérêt supérieur de la Nation au-dessus des rivalités partisanes.
Ce choix envoie un message fort : la République est plus grande que les femmes et les hommes qui l’incarnent. Les divergences politiques, aussi profondes soient-elles, ne doivent jamais empêcher le Sénégal de défendre ses intérêts stratégiques lorsqu’une opportunité historique se présente.
Pendant des années, les relations entre les deux camps ont été marquées par une confrontation politique intense. Les blessures restent présentes dans les mémoires. Pourtant, l’histoire enseigne que les grandes nations savent dépasser leurs divisions lorsque leur crédibilité internationale est en jeu.
L’accession d’un Sénégalais à la tête de la plus importante organisation internationale constituerait un accomplissement qui dépasserait les appartenances politiques. Ce serait une victoire pour le Sénégal, une fierté pour l’Afrique et un signal fort en faveur d’une meilleure représentation du continent dans la gouvernance mondiale.
Cette évolution traduit également une nouvelle conception de l’exercice du pouvoir. Gouverner, ce n’est pas prolonger indéfiniment les affrontements électoraux. Gouverner, c’est savoir distinguer les intérêts permanents de l’État des intérêts passagers des partis.
Une interrogation demeure néanmoins. Qu’est-ce qui a changé pour rendre aujourd’hui possible ce qui semblait, hier encore, politiquement inconcevable ? Les réponses appartiennent sans doute aux acteurs de cette nouvelle séquence politique. Mais, une chose apparaît déjà : certains obstacles ont disparu, ouvrant la voie à des rapprochements que beaucoup jugeaient impossibles.
En politique, certains départs ferment des portes ; d’autres ouvrent des perspectives inédites. Les recompositions sont parfois silencieuses, mais leurs conséquences peuvent être profondes. Elles redessinent les équilibres, modifient les rapports de force et créent les conditions de nouvelles ambitions nationales.
Si cette dynamique se confirme dans la durée, elle pourrait marquer l’entrée du Sénégal dans une nouvelle ère diplomatique : celle d’un État capable de mobiliser toutes ses compétences et toutes ses expériences au service de son rayonnement international, indépendamment des appartenances politiques.
Au fond, ce ne serait ni une victoire de Macky Sall, ni une victoire de Bassirou Diomaye Faye.
Ce serait, avant tout, une victoire du Sénégal.
Babou Biram Faye (BBF)

