SOCIÉTÉ CIVILE – APRÈS SON INTERPELLATION LORS DE LA MANIFESTATION DEVANT L’ASSEMBLÉE NATIONALE
Coordonnatrice du mouvement citoyen Rappel à l’ordre, Fambeye Antigone Diop a été interpellée lundi aux abords de l’Assemblée nationale alors qu’elle participait à une manifestation contre la révision constitutionnelle. Relâchée quelques instants plus tard, la militante revient sur les circonstances de son interpellation, livre sa lecture de la réforme adoptée par les députés et réaffirme son attachement au dialogue, aux libertés publiques et à la souveraineté populaire.
Entretien.
Question : Vous avez été interpellée lundi lors de la manifestation organisée devant l’Assemblée nationale. Que s’est-il exactement passé ?
Fambeye Antigone Diop : Lundi, nous avons pris part à une mobilisation pacifique devant l’Assemblée nationale pour exprimer notre opposition à la révision constitutionnelle. Il s’agissait d’un rassemblement citoyen, sans violence, visant à interpeller les autorités sur la nécessité d’un débat inclusif.
Mon interpellation s’est faite sans résistance de ma part et sans incident. Après avoir échangé avec Babacar Bâ, j’ai décidé de rejoindre le groupe des travailleurs licenciés, avec lesquels nous avions déjà défini une stratégie en cas d’arrestation. C’est à ce moment-là que des hommes en civil ont commencé à me suivre avant de m’interpeller, à proximité d’un hôtel situé derrière l’autre porte de l’Assemblée nationale. Ils m’ont demandé de les suivre, ce à quoi j’ai répondu en exigeant qu’ils s’identifient. L’un d’eux a finalement décliné son identité, et j’ai accepté de les accompagner.
Cependant, une fois arrivés aux abords de Sorano, ils m’ont demandé de descendre du véhicule, en me déclarant : «Nous vous avons à l’œil. Nous savons que vous êtes le cerveau de la bande. Mais allez-y, occupez-vous de vos camarades arrêtés.»
Question : Dans quelles conditions avez-vous été arrêtée puis relâchée ?
Fambeye Antigone Diop : Comme je l’ai expliqué, mon interpellation s’est déroulée sans violence ni résistance. J’ai été brièvement retenue dans un véhicule avant d’être relâchée sans poursuites. Cette situation reste toutefois préoccupante, car elle montre que des citoyens peuvent être interpellés alors même qu’ils exercent pacifiquement leurs droits. Le fait d’être relâchée sans suite confirme d’ailleurs qu’aucune infraction réelle ne pouvait m’être reprochée.
Question : Quel message vouliez-vous faire passer en participant à cette mobilisation ?
Fambeye Antigone Diop : Le message était simple : la Constitution appartient au peuple. Une réforme d’une telle importance ne peut pas se faire uniquement par voie parlementaire, sans une large consultation des citoyens. Nous demandions un dialogue inclusif, impliquant la société civile et les forces vives de la nation, ainsi que l’organisation d’un référendum pour permettre au peuple de se prononcer directement.
Question : Selon vous, que révèle cette interpellation sur l’état des libertés publiques au Sénégal ?
Fambeye Antigone Diop : Cette interpellation soulève des préoccupations sur l’état des libertés publiques. Le droit de manifester pacifiquement est un pilier fondamental de toute démocratie. Lorsque des citoyens sont interpellés pour avoir exprimé une opinion de manière non violente, cela envoie un signal inquiétant. Cela montre qu’il est urgent de renforcer les garanties démocratiques et de préserver les espaces d’expression citoyenne.
Question : La proposition de révision constitutionnelle a finalement été adoptée. Quelle est votre lecture de ce vote?
Fambeye Antigone Diop : L’adoption de cette révision par voie parlementaire appelle, selon moi, à une lecture nuancée. Si elle reflète une majorité institutionnelle, elle ne saurait suffire à conférer une pleine légitimité populaire à une réforme aussi fondamentale.
Nous saluons toutefois l’engagement du Président de soumettre cette révision par voie référendaire. La Constitution, charte fondamentale de la nation, ne saurait être modifiée au gré des intérêts d’une majorité sans un débat national approfondi ni la recherche du consensus indispensable. C’est dans cet esprit que nous continuerons à plaider pour une démarche inclusive, respectueuse de la souveraineté du peuple.
(À suivre dans notre prochaine édition.)

