De l’Agenda 2030 à l’après 2030 : le Sénégal et l’Afrique misent sur la localisation pour accélérer la transformation durable
Dans un monde confronté à des défis complexes et interconnectés — changement climatique, perte de la biodiversité, inégalités sociales, insécurité alimentaire, pauvreté persistante – les Objectifs de Développement Durable (ODD) apparaissent comme une réponse collective aux enjeux mondiaux.
Adoptés en 2015 par les États membres des Nations Unies, les 17 ODD de l’Agenda 2030 représentent un cadre universel pour promouvoir un développement économique, social et environnemental durable, en s’appuyant sur le principe fondamental de « ne laisser personne de côté » (LNOB – Leave No One Behind).
Pour rappel, les Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD), adoptés en 2000, avaient laissé des lacunes : extrême pauvreté et faim touchant respectivement 800 millions et 795 millions de personnes, 57 millions d’enfants non scolarisés, inégalités de genre persistantes et écarts économiques.
Un contexte africain porteur, mais vulnérable
L’Afrique, bien que confrontée à des vulnérabilités structurelles, dispose de potentiels considérables : ressources naturelles abondantes, jeunesse démographique, potentiel agricole, richesse culturelle. Ces atouts peuvent permettre d’atteindre les ODD au-delà de 2030, à condition de mettre en œuvre des politiques inclusives, participatives et intégrées.
Cette ambition repose sur plusieurs dynamiques continentales : la montée en puissance des collectivités territoriales, la vitalité des innovations sociales et l’émergence de solutions de financement alternatives portées par des partenariats hybrides et multi-acteurs. Elle est renforcée par des cadres régionaux comme l’Agenda 2063 de l’Union Africaine, qui converge avec l’Agenda 2030 sur l’éradication de la pauvreté, la bonne gouvernance, l’inclusion sociale et l’autonomisation économique.
Au plan normatif, de nombreux pays africains ont adopté des réformes favorisant l’alignement de leurs politiques publiques avec les ODD : mécanismes de suivi-évaluation, systèmes statistiques renforcés, dialogues multi-acteurs. Les Revues Nationales Volontaires (RNV), les budgets sensibles aux ODD, les Plans Nationaux d’Adaptation (PNA), les Contributions Nationales Déterminées (CDN), les Plans Locaux de Développement Durable (PDC-D) et les Plans Climat Territoriaux (PCT) contribuent à l’ancrage des ODD dans les territoires.
Car les ODD exigent une approche territorialisée. Comme l’affirmait Ban Ki-Moon, Secrétaire général des Nations Unies en 2012 : « Notre lutte pour la durabilité globale sera gagnée ou perdue dans les villes ». Le rapport du SG des Nations Unies sur l’Agenda 2030 (2020) le confirme : « Une grande partie des investissements pour réaliser les Objectifs de Développement Durable prendront place au niveau local et seront menés par les autorités locales. »
Le Sénégal en éclaireur de la localisation
Parmi les autres avancées : la redynamisation de la Commission Nationale du Développement Durable (CNDD), la création d’un comité national de pilotage des ODD regroupant acteurs publics, privés, société civile et collectivités territoriales, la mise en place d’un Cadre harmonisé de Suivi-Évaluation (CASE) complété par les Revues annuelles conjointes (RAC) et les Revues nationales volontaires (RNV) présentées en 2018 et 2022 au Forum Politique de Haut Niveau des Nations Unies.
À cela s’ajoutent l’adoption en avril 2022 de la loi d’orientation sur le Système National de Planification, qui a institué les Commissions Territoriales de Planification et de Suivi-Évaluation (CTPSE) et introduit le Schéma de Cohérence Territoriale (SCOT), le Cadre National de Financement Intégré (INFF) et l’adoption de la Charte des données inclusives (2022–2025).
Résultat : le taux de réalisation des ODD au Sénégal s’élevait à 37 % en 2023, avec une projection à 74 % d’ici 2030 selon les scénarii de financement. L’indice mondial de performance du pays est de 58,43 %, supérieur au score médian des pays africains.
Des limites objectives à l’échelle mondiale
Malgré ces efforts, la mise en œuvre des ODD se heurte à des limites. Le rapport de 2023 sur les ODD au niveau mondial est sans appel : « À mi-parcours de la mise en œuvre de l’Agenda 2030, une triste réalité se dégage : le monde n’est pas en voie d’atteindre la plupart des objectifs d’ici à 2030. » Sur environ 140 cibles avec données de tendances, la moitié accusent un retard modéré ou sérieux. Pour plus de 30 %, il n’y a eu aucune évolution ou la situation a régressé par rapport à 2015.
Pour l’Afrique, le rapport révèle des contraintes financières, institutionnelles, technologiques et structurelles. Ce constat impose une refondation méthodologique : le développement durable devra être plus ancré localement, plus inclusif, plus pluraliste et mieux réflexif.
Enda ECOPOP : l’expérience de la territorialisation
Ancrée dans sa vision de bâtir des villes et territoires durables, Enda ECOPOP, forte de 35 ans d’expérience, s’est investie dans l’approfondissement des logiques du développement durable. Avec un positionnement sur l’ODD 16, l’organisation travaille sur l’ensemble des autres ODD à travers ses projets.
Son approche : formations, accompagnement des processus multi-acteurs, recherches-actions, plaidoyers, campagnes de sensibilisation. Elle en tire plusieurs recommandations pour une meilleure territorialisation : intensifier la sensibilisation sur les ODD pour favoriser l’appropriation, rechercher l’engagement des parties prenantes à toutes les échelles, renforcer les dialogues pluri-acteurs, promouvoir le pacte social entre autorités, associations, ONG et secteur privé local, allier savoirs locaux endogènes et savoirs scientifiques, et valoriser la culture et la langue locale comme moteur de transformation.
Perspectives 2026-2030 et après
D’ici 2030 et au-delà, l’enjeu central reste la création de cadres de gouvernance adaptatifs et inclusifs, capables de mobiliser l’intelligence collective pour des résultats tangibles. Tous les acteurs sont interpellés : l’État doit intégrer les ODD dans son action et faciliter les données désagrégées ; les collectivités territoriales doivent promouvoir la localisation ; les parlementaires renforcer l’alerte et le plaidoyer ; le secteur privé prendre en compte les ODD dans ses stratégies ; la jeunesse, les établissements d’enseignement, les ONG, les syndicats, les citoyens et les Nations Unies jouer leur rôle.
Pour Enda ECOPOP, la localisation des ODD, fondée sur l’ancrage territorial et la co-construction avec les acteurs locaux, constitue un socle pour penser l’échéance 2025-2030 et anticiper l’après 2030.
Synthèse : Ch. Seck NDONG

